La fraude coûte plus de 1,8 milliard de dollars par an au système de santé sud-africain
La corruption et les pratiques frauduleuses continuent de peser lourdement sur le système de santé en Afrique du Sud. Selon les dernières estimations présentées lors de la conférence annuelle du Board of Healthcare Funders (BHF), près de 15 % des dépenses de santé disparaissent chaque année en raison de la fraude, du gaspillage et des abus, représentant un manque à gagner évalué à environ 30 milliards de rands, soit plus de 1,84 milliard de dollars.
S'exprimant lors de cet événement organisé au Cap, le directeur par intérim de l'Unité spéciale d'enquête (SIU), Leonard Lekgetho, a alerté sur les conséquences directes de ces pratiques, qui fragilisent aussi bien les structures publiques que privées. Selon lui, ces dérives entraînent une augmentation des coûts supportés par les patients et les assurés tout en privant les établissements de santé de ressources essentielles.
Les investigations menées par la SIU mettent en évidence plusieurs formes de fraude récurrentes. Parmi elles figurent les irrégularités dans les marchés publics, la circulation de médicaments contrefaits, les ententes illicites sur les prix, les remboursements médicaux effectués en double, les prestations surfacturées ainsi que les facturations frauduleuses.
Les autorités indiquent avoir finalisé 25 enquêtes dans le secteur de la santé. Ces investigations ont débouché sur 306 recommandations de sanctions disciplinaires, 377 renvois devant la justice pénale et permis de récupérer près de 3,9 milliards de rands au profit des finances publiques.
Les difficultés du système ne se limitent toutefois pas aux questions de gouvernance. Les spécialistes soulignent également une érosion progressive de la couverture par les assurances maladie privées. Paula Armstrong, du cabinet FTI Consulting, a expliqué que la proportion de Sud-Africains affiliés à un régime d'assurance maladie est passée de 16 % en 2014 à 14,5 % en 2024, malgré la croissance démographique.
Selon cette analyse, si le nombre d'adhérents avait progressé au même rythme que la population, près de 1,24 million de personnes supplémentaires bénéficieraient aujourd'hui d'une couverture médicale privée.
Cette évolution s'explique en grande partie par un contexte économique difficile. La croissance économique reste limitée à un peu plus de 1 % par an, tandis que le chômage élargi dépasse 40 %. La situation est encore plus préoccupante chez les jeunes de 15 à 24 ans, dont le taux de chômage avoisine 60 %.
Dans ce contexte, près de 8 millions de Sud-Africains ayant recours aux soins privés ne disposent plus des ressources financières nécessaires pour cotiser à un régime d'assurance maladie classique, accentuant les inégalités d'accès aux soins et les défis auxquels fait face le système de santé du pays.
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