Le Kazakhstan veut s’appuyer sur le Maroc pour exporter ses céréales vers l’Afrique
Le Maroc pourrait bientôt jouer un rôle inédit dans la stratégie d’exportation céréalière du Kazakhstan. Astana envisage d’y constituer un stock important de céréales destiné à alimenter le marché marocain, mais aussi à faciliter l’accès de ses produits aux marchés africains. Une ambition qui s’appuie sur les infrastructures portuaires et logistiques du Royaume.
Un stock céréalier au Maroc pour desservir plusieurs marchés
Le projet a été révélé par Mohammed Rachid Maaninou, ambassadeur du Maroc au Kazakhstan, dans un entretien accordé au média kazakh The Astana Times.
Selon le diplomate, un accord conclu entre les deux pays prévoit depuis deux ans la mise en place au Maroc d’un dispositif de stockage contrôlé par la partie kazakhe. L’objectif serait d’acheminer des quantités croissantes de blé vers le Royaume, de les conserver dans une infrastructure portuaire, puis de les réexpédier vers plusieurs destinations africaines.
Les contours opérationnels du projet restent toutefois à préciser. Le site qui pourrait accueillir les céréales, les capacités envisagées et la date de démarrage du dispositif n’ont pas encore été communiqués.
Le retour du blé kazakh sur le marché marocain
Cette initiative intervient alors que les exportations de blé kazakh vers le Maroc ont repris après une interruption de 17 ans.
En 2025, deux cargaisons représentant chacune environ 30.000 tonnes ont été livrées au Royaume. Les volumes pourraient augmenter sensiblement en 2026, selon les déclarations de l’ambassadeur.
Pour Astana, le Maroc constitue donc un marché à la fois stratégique et potentiellement plus large que la seule demande intérieure. Le Royaume importe une part importante de ses besoins céréaliers et se retrouve régulièrement au centre de la concurrence entre grands pays exportateurs, parmi lesquels figurent notamment la France, la Russie et le Canada.
L’avantage stratégique de la façade atlantique
Le projet répond surtout à une contrainte géographique majeure pour le Kazakhstan : son absence d’accès direct à la mer.
Pour acheminer ses céréales vers les marchés internationaux, le pays d’Asie centrale doit actuellement recourir à des itinéraires terrestres et à des infrastructures portuaires situées hors de son territoire. L’utilisation d’une plateforme de stockage au Maroc pourrait lui offrir une nouvelle solution pour organiser ses flux vers l’Afrique.
Le principe serait de regrouper les cargaisons sur la façade atlantique marocaine avant leur redistribution vers différentes destinations du continent. Une telle organisation permettrait au Royaume de renforcer son rôle de carrefour logistique entre les producteurs d’Asie centrale et les marchés africains.
Un partenariat économique qui prend de l’ampleur
La coopération céréalière s’inscrit dans une relation économique plus large entre Rabat et Astana. Les échanges commerciaux entre le Maroc et le Kazakhstan ont atteint 461,5 millions de dollars en 2025, en progression de 68 % sur un an.
La balance commerciale reste toutefois largement favorable au Kazakhstan. Les exportations kazakhes vers le Maroc se sont élevées à 434 millions de dollars, tandis que les ventes marocaines à destination du Kazakhstan ont représenté environ 27,5 millions de dollars.
Les deux pays cherchent désormais à diversifier et à structurer davantage leurs échanges. La création d’un Conseil d’affaires Maroc-Kazakhstan doit notamment contribuer à rapprocher les entreprises des deux marchés.
Une délégation d’une trentaine d’entrepreneurs kazakhs s’est récemment rendue au Maroc. Une mission marocaine est, de son côté, attendue à Astana avant la fin de l’année pour poursuivre les discussions et explorer de nouveaux domaines de coopération.
Le Maroc comme porte d’entrée vers les marchés africains
Pour le Kazakhstan, l’enjeu dépasse donc largement la vente de blé au Maroc. Le pays cherche à transformer les infrastructures du Royaume en point d’appui pour renforcer sa présence commerciale sur le continent africain.
Si le projet de stockage se concrétise, le Maroc pourrait ainsi intervenir à plusieurs niveaux de la chaîne : réception des céréales, stockage, transit et redistribution. Une évolution qui renforcerait la vocation du Royaume comme plateforme logistique au service des échanges entre l’Afrique et des partenaires situés sur d’autres continents.
Pour Rabat, cette perspective illustre également l’attractivité croissante de ses infrastructures portuaires et de ses réseaux logistiques auprès de partenaires internationaux souhaitant accéder aux marchés africains.
Le projet kazakh pourrait ainsi donner une nouvelle profondeur au partenariat entre les deux pays, en faisant du Maroc non seulement un débouché pour les céréales d’Asie centrale, mais aussi un potentiel hub de redistribution vers l’Afrique.
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