Marché de l'emploi : les inégalités territoriales restent un défi majeur pour le Maroc
Le marché du travail marocain continue de mettre en lumière de profondes disparités entre les régions. Si certains territoires bénéficient d'une activité économique soutenue et d'un afflux d'investissements, d'autres peinent encore à créer des emplois durables et à retenir leur population active. Les derniers indicateurs publiés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) illustrent un paysage économique à plusieurs vitesses, où la répartition de l'emploi demeure fortement concentrée.
Des niveaux d'activité très contrastés selon les régions
Les données du HCP relatives au premier trimestre 2026 montrent que le taux d'activité national s'établit à 41,8 %. Toutefois, cette moyenne masque des écarts importants entre les différentes régions du Royaume.
Dakhla-Oued Ed-Dahab enregistre le taux d'activité le plus élevé avec 63,9 %, devant Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (46,4 %) et Casablanca-Settat (45,6 %). À l'opposé, Drâa-Tafilalet affiche un taux de seulement 31,1 %, tandis que l'Oriental et Guelmim-Oued Noun figurent également parmi les régions les moins dynamiques.
Ces différences se retrouvent également dans les niveaux de chômage, révélant des réalités économiques très variables selon les territoires.
Des modèles de développement profondément différents
Pour l'économiste Mehdi Lahlou, professeur à l'Institut national de la statistique et d'économie appliquée (INSEA) à Rabat, ces écarts reflètent des déséquilibres structurels qui dépassent les seuls indicateurs du marché du travail.
Certaines régions profitent d'une forte intégration dans les échanges nationaux et internationaux grâce à des secteurs à forte valeur ajoutée, tandis que d'autres restent dépendantes d'activités plus vulnérables, notamment agricoles, avec une faible diversification économique.
Le dynamisme de Dakhla-Oued Ed-Dahab s'explique notamment par le développement de la pêche maritime, des industries halieutiques, des infrastructures logistiques et des filières agricoles orientées vers l'exportation. Cette attractivité favorise également les mouvements de population active provenant d'autres régions.
À l'inverse, Drâa-Tafilalet demeure confrontée à une économie reposant principalement sur une agriculture peu génératrice d'emplois permanents, un tissu industriel limité et un déficit d'infrastructures capables de stimuler l'investissement privé.
Une concentration persistante des emplois
Le développement économique marocain reste largement organisé autour de quelques grands pôles.
L'axe Casablanca-Rabat-Tanger concentre une part importante des activités industrielles, financières, administratives et logistiques du pays. Casablanca conserve son rôle de principal centre économique, Rabat demeure le cœur institutionnel, tandis que Tanger s'est imposée comme une plateforme industrielle majeure grâce au développement du complexe portuaire Tanger Med et de ses zones industrielles.
Cette concentration historique continue d'orienter les investissements et la création d'emplois vers les régions déjà les plus attractives, accentuant les écarts avec les territoires moins intégrés aux grands circuits économiques.
Des investissements importants, mais des retombées inégales
Le Maroc figure parmi les pays ayant consenti d'importants efforts d'investissement public au cours des dernières années. Toutefois, ces investissements ne produisent pas toujours des effets homogènes sur l'emploi.
Une part significative des ressources publiques est consacrée à de grands projets d'infrastructures, tels que les autoroutes, les lignes ferroviaires à grande vitesse, les ports, les zones industrielles ou les équipements sportifs. Si ces réalisations renforcent la compétitivité du pays, leur capacité à générer des emplois pérennes reste plus limitée une fois les travaux terminés.
Parallèlement, plusieurs secteurs industriels performants, notamment ceux tournés vers l'exportation, reposent sur des procédés fortement automatisés, limitant leur impact sur les créations d'emplois.
Les petites et moyennes entreprises, pourtant considérées comme un moteur essentiel de l'emploi, continuent de faire face à des difficultés d'accès au financement, au foncier économique et aux marchés.
Les jeunes et les femmes toujours confrontés à des difficultés d'insertion
Au-delà des disparités territoriales, le marché du travail marocain demeure marqué par plusieurs fragilités structurelles.
Selon les données du HCP, le chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans atteint 29,2 % au premier trimestre 2026. La participation des femmes au marché du travail reste également particulièrement faible, avec un taux d'activité de 14,7 %.
Cette situation constitue un enjeu économique majeur, puisqu'une partie importante du potentiel humain demeure insuffisamment mobilisée, notamment dans plusieurs régions rurales où les obstacles sociaux, économiques et culturels continuent de limiter l'accès des femmes à l'emploi formel.
Le sous-emploi représente également un défi croissant. Le HCP estime que le taux composite de sous-utilisation de la main-d'œuvre atteint 22,5 %, traduisant l'importance des emplois précaires, du travail insuffisamment rémunéré ou de l'activité réduite.
Une régionalisation économique appelée à produire davantage de résultats
La persistance de ces écarts remet au premier plan la question de l'efficacité de la régionalisation avancée.
Pour de nombreux spécialistes, la réduction des inégalités territoriales passe par une meilleure valorisation des économies locales, un soutien renforcé aux PME, le développement de l'innovation régionale ainsi qu'un accompagnement plus important des secteurs créateurs d'emplois durables.
Au-delà du volume des investissements, leur répartition géographique et leur impact sur l'emploi apparaissent désormais comme des critères déterminants pour construire une croissance plus équilibrée.
Le défi consiste aujourd'hui à favoriser une dynamique économique capable d'intégrer l'ensemble des territoires, tout en offrant davantage d'opportunités aux jeunes, aux femmes et aux populations des régions les moins développées. Derrière les statistiques du marché du travail se dessine ainsi un enjeu plus large : celui du renforcement de la cohésion économique, territoriale et sociale du Royaume.
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