Maroc : 8.500 diplômés infirmiers et techniciens de santé en attente d’emploi
Le décalage entre la formation des professionnels de santé et les capacités de recrutement du secteur public s’invite désormais au Parlement. Selon des chiffres avancés par une députée de l’opposition, près de 8.500 diplômés des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé (ISPITS) seraient actuellement en attente d’une insertion professionnelle.
La situation concerne à la fois les nouvelles promotions et des lauréats issus des années précédentes. Près de 7.000 étudiants devraient ainsi achever leur formation cette année, auxquels s’ajouteraient environ 1.500 diplômés toujours sans emploi.
Face à cet effectif, quelque 5.000 postes budgétaires seraient attendus cette année pour les infirmiers et techniciens de santé. Si ces estimations se confirment, un écart de plus de 3.000 candidats pourrait ainsi subsister.
Une tension entre formation et recrutement
Cette situation soulève une question plus large sur l’adéquation entre les capacités de formation et les besoins réels du système de santé marocain.
Dans une question écrite adressée au ministre de la Santé et de la Protection sociale, la députée Aouicha Zelfa, du Groupe socialiste-Opposition ittihadie à la Chambre des représentants, demande notamment des éclaircissements sur la stratégie de recrutement et de planification des ressources humaines.
L’enjeu est particulièrement sensible dans un contexte où la réforme du système de santé repose sur la disponibilité de personnels qualifiés et sur le renforcement des effectifs dans différentes structures sanitaires.
Des spécialités confrontées à des débouchés limités
Le problème ne concernerait pas uniquement le volume global des recrutements. Certaines spécialités récemment introduites dans les formations des ISPITS seraient également confrontées à des perspectives d’emploi jugées insuffisantes.
Parmi les cursus cités figurent notamment les soins infirmiers au bloc opératoire, la néphrologie et la dialyse ainsi que la gériatrie. Ces formations ont été développées afin de répondre à des besoins spécifiques du système de santé.
Pour la parlementaire, le décalage entre le nombre de professionnels formés dans ces domaines et les possibilités de recrutement pose donc la question de la planification des besoins. Former des profils spécialisés sans visibilité suffisante sur leurs débouchés pourrait, selon elle, conduire à une perte de compétences et de ressources consacrées à leur formation.
Un stock de diplômés à résorber
Au-delà des lauréats qui arrivent cette année sur le marché du travail, le gouvernement doit également apporter une réponse aux diplômés des promotions précédentes toujours en attente d’un emploi.
La députée demande ainsi si le ministère envisage un dispositif exceptionnel pour réduire progressivement ce stock. Parmi les pistes évoquées figure l’organisation d’un concours national exceptionnel ou la création d’un mécanisme spécifique permettant l’intégration de diplômés issus des anciennes promotions.
Une telle mesure viserait à éviter que l’attente ne se prolonge d’une année sur l’autre, alors que de nouvelles promotions viennent régulièrement alimenter le nombre de candidats.
Des données détaillées réclamées au ministère
Aouicha Zelfa souhaite également obtenir une photographie précise des recrutements prévus cette année. Elle demande notamment au ministère de communiquer le nombre de postes budgétaires destinés aux infirmiers et techniciens de santé, ainsi que leur répartition par spécialité et par organisme.
Les données demandées doivent notamment couvrir les groupements sanitaires territoriaux, l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé ainsi que les autres établissements publics relevant du secteur.
Cette ventilation permettrait, selon la démarche parlementaire, de mesurer plus précisément l’adéquation entre les profils formés et les besoins des différentes structures sanitaires.
Le secteur privé appelé à jouer un rôle plus important
Le recours au secteur privé constitue une autre piste évoquée pour améliorer l’insertion professionnelle. Mais la députée estime que les établissements privés ne disposent pas, à eux seuls, d’une capacité suffisante pour absorber l’ensemble des diplômés concernés.
Elle soulève également la question des niveaux de rémunération et des conditions de travail dans une partie du secteur. L’objectif serait donc de mettre en place des mécanismes de coopération permettant aux structures privées de contribuer davantage à l’emploi des infirmiers et techniciens de santé, tout en garantissant leurs droits professionnels.
Une question de planification à long terme
Au-delà du débat sur le nombre de postes à ouvrir en 2026, la situation met en évidence un enjeu structurel pour le système de santé marocain : faire coïncider les capacités de formation avec les besoins prévisionnels en personnel.
L’augmentation du nombre de diplômés ne garantit pas automatiquement un renforcement des effectifs sanitaires si les recrutements ne suivent pas au même rythme et si les postes ne sont pas répartis en fonction des spécialités et des besoins territoriaux.
La réponse du ministère de la Santé et de la Protection sociale est désormais attendue sur deux fronts : les volumes de recrutement prévus cette année et les solutions susceptibles d’être mises en place pour les diplômés des anciennes promotions. Derrière ces chiffres se joue ainsi une question centrale pour la réforme du système de santé : disposer des compétences nécessaires, au bon endroit et au bon moment.
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