Maroc : des barrages pleins, mais une inégalité hydrique persist
Au Maroc, la situation hydrique connaît un net redressement après plusieurs années marquées par le stress hydrique. Grâce à des précipitations abondantes et mieux réparties, les barrages du royaume affichent, au 21 mars 2026, un taux de remplissage global de 72,1 %, contre 36,6 % à la même période en 2025. Le volume total stocké atteint désormais 12,38 milliards de mètres cubes, soit une progression de plus de 100 % en un an.
Cette amélioration spectaculaire traduit avant tout un redressement conjoncturel. Elle offre une bouffée d’oxygène à plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’agriculture, fortement dépendante des ressources en eau, ainsi qu’aux activités industrielles et à l’approvisionnement domestique.
Selon le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, cette recharge des barrages contribue à soutenir la dynamique économique nationale. Toutefois, il appelle à la vigilance, notamment face aux risques d’inondation dans certaines zones où les niveaux de remplissage frôlent la saturation.
Dans plusieurs bassins hydrauliques, les indicateurs sont en effet particulièrement élevés. Les bassins du Loukkos, du Bouregreg et du Tensift dépassent les 90 % de remplissage, traduisant une situation hydrique très favorable. Le bassin du Sebou affiche également une performance solide avec un taux de 84,7 % et plus de 4,5 milliards de mètres cubes stockés, confirmant la reconstitution des grandes retenues comme les barrages Al Wahda et Idriss Ier.
Cependant, cette embellie ne doit pas masquer des disparités régionales importantes. Certains bassins restent en retrait, révélant les limites structurelles du système hydrique national. La Moulouya atteint 69,8 %, tandis que l’Oum Er-Rbia se situe à 55,9 %, avec des écarts notables entre ses différents ouvrages.
Plus préoccupant encore, les régions du Souss-Massa et de Drâa-Oued Noun continuent d’afficher des niveaux modestes, respectivement de 54,5 % et 36,5 %. Ces chiffres illustrent une réalité persistante : la répartition des ressources hydriques demeure inégale et étroitement liée aux conditions climatiques locales.
Face à cette situation contrastée, les experts insistent sur la nécessité d’adopter une approche durable et intégrée de la gestion de l’eau. Si la hausse actuelle offre une marge de manœuvre précieuse, elle ne saurait occulter les défis structurels. La variabilité climatique, la pression croissante sur les ressources et l’augmentation continue des besoins imposent une transformation en profondeur des politiques hydriques.
Parmi les solutions envisagées figurent l’optimisation des systèmes d’irrigation, le renforcement de la gestion intégrée des ressources et le développement du dessalement de l’eau de mer. Autant de leviers jugés essentiels pour sécuriser l’approvisionnement à long terme et réduire les écarts entre les régions.
En définitive, si le Maroc enregistre une progression exceptionnelle de ses réserves d’eau, cette amélioration reste fragile. Elle rappelle l’urgence d’une gestion plus équilibrée et durable pour faire face aux défis hydriques de demain.
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