Maroc : l’ADFM alerte sur les obstacles à la représentation politique des femmes
La progression de la présence des femmes dans les compétitions électorales ne garantit pas, à elle seule, un accès équitable aux responsabilités politiques. C’est le principal enseignement des résultats préliminaires du « Baromètre de la représentativité politique des femmes », réalisé par l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). L’étude met en évidence plusieurs insuffisances dans les pratiques partisanes, notamment en matière de transparence des investitures, d’accès aux ressources et de protection contre les violences politiques.
Fondée sur l’analyse de douze formations politiques et de quinze indicateurs, cette évaluation examine les différentes étapes du parcours électoral des candidates. Elle porte notamment sur les procédures de sélection, les moyens financiers et organisationnels, la visibilité dans l’espace public ainsi que les dispositifs de prévention et de traitement des violences.
La transparence des investitures reste un enjeu majeur
L’accès aux candidatures demeure marqué par un manque d’informations permettant d’apprécier les conditions de sélection des femmes. Selon le baromètre, 41,7 % des partis étudiés ne disposent pas de données suffisantes pour évaluer la transparence des critères d’investiture dans les circonscriptions régionales.
La situation est encore plus préoccupante concernant les moyens financiers accordés aux candidates. Pour cet indicateur, 91,7 % des formations politiques ne fournissent pas de données exploitables. Cette lacune empêche de déterminer dans quelle mesure les candidates bénéficient d’un soutien financier et selon quelles modalités.
L’ADFM souligne que l’absence d’informations ne signifie pas nécessairement que les ressources font défaut. Elle empêche toutefois de vérifier leur disponibilité, leur répartition et l’équité des conditions dans lesquelles les femmes se présentent aux élections.
Concernant la transparence des critères de sélection dans les circonscriptions régionales, 33,3 % des partis atteignent un niveau jugé bon. En revanche, 16,7 % sont classés au niveau faible et un seul parti au niveau moyen, tandis que 41,7 % restent impossibles à évaluer faute de données.
L’association indique également que certaines observations laissent entrevoir une possible influence de considérations financières dans des procédures d’investiture. Elle précise néanmoins que les éléments recueillis ne permettent ni de généraliser ces situations ni de les attribuer à l’ensemble des formations politiques.
Des engagements en faveur de la parité encore inégalement appliqués
L’étude relève un écart entre les engagements affichés par les partis et leur traduction dans les pratiques. Sur la question de l’accumulation de l’expérience des candidatures féminines, 58,3 % des formations évaluées obtiennent un niveau faible. Seuls 25 % atteignent un niveau bon, tandis que 16,7 % se situent à un niveau moyen.
La promotion de la participation politique des femmes dans les politiques partisanes présente des résultats similaires. La moitié des partis sont classés au niveau faible, contre 33,3 % au niveau moyen et 16,7 % à un niveau satisfaisant.
Les positions des formations politiques concernant la réforme électorale et l’intégration des principes d’égalité et de parité restent également contrastées. Sur cet indicateur, 41,7 % des partis sont classés au niveau faible, 25 % au niveau moyen et 16,7 % au niveau bon. Les 16,7 % restants n’ont pas pu être évalués en raison de données insuffisantes.
Ces résultats mettent en lumière les limites d’une approche reposant uniquement sur l’augmentation du nombre de candidates, sans examiner les conditions concrètes de leur participation à la compétition électorale.
Le nombre de candidates ne suffit pas à mesurer l’égalité des chances
La place occupée sur une liste électorale, la nature de la circonscription, sa compétitivité ou encore la présidence de la liste peuvent peser sur les perspectives des candidates. Le baromètre invite ainsi à dépasser le seul décompte des candidatures pour apprécier les possibilités réelles d’accès aux mandats.
Dans les circonscriptions législatives locales, 16,7 % des partis obtiennent un niveau bon concernant la présence féminine. Un tiers des formations se situent au niveau moyen et un autre tiers au niveau faible. Les données de 16,7 % des partis ne permettent pas d’établir une évaluation.
La représentation des femmes issues des instances dirigeantes présente également des résultats hétérogènes : 25 % des formations atteignent un niveau bon et autant un niveau moyen, tandis que 33,3 % restent au niveau faible. Pour 16,7 % des partis, les informations disponibles sont insuffisantes.
Le renouvellement des anciennes parlementaires constitue un autre point de fragilité. Aucun des partis étudiés n’atteint le niveau bon sur cet indicateur. La moitié sont classés au niveau moyen, 33,3 % au niveau faible et 16,7 % ne peuvent être évalués.
Des moyens d’accompagnement difficiles à mesurer
Au-delà de l’investiture, l’accès aux ressources financières, à la formation et à l’encadrement peut influencer les conditions de participation des candidates. Or, les données relatives à l’accompagnement technique et organisationnel restent incomplètes.
Sur cet indicateur, 41,7 % des formations politiques n’ont pas pu être évaluées. Par ailleurs, 33,3 % obtiennent un niveau faible, 16,7 % un niveau bon et 8,3 % un niveau moyen.
Pour l’ADFM, l’obtention d’une investiture ne suffit donc pas à assurer une compétition équilibrée. La préparation des campagnes, les capacités organisationnelles et l’accès aux réseaux partisans font également partie des éléments à prendre en compte pour apprécier la participation effective des femmes.
Le manque de données sur les financements constitue, dans ce contexte, un obstacle supplémentaire à l’évaluation des pratiques. Le baromètre appelle ainsi à une meilleure documentation des soutiens accordés aux candidates et des critères qui en déterminent l’accès.
Une visibilité médiatique et politique encore limitée
La présence des candidates dans la communication des partis reste inégale. Selon les résultats préliminaires, 41,7 % des formations affichent un niveau faible dans la valorisation des candidates sur leurs plateformes nationales et territoriales. À l’inverse, 25 % obtiennent un niveau bon et autant un niveau moyen. Un parti n’a pas pu être évalué.
Le constat est proche concernant la participation des femmes aux activités électorales et partisanes. Là encore, 41,7 % des partis sont classés au niveau faible, tandis que 25 % atteignent respectivement les niveaux bon et moyen. Les données de 8,3 % des formations ne permettent pas de conclure.
Le discours politique sur l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un autre indicateur de fragilité. Près de 58,3 % des partis étudiés obtiennent un niveau faible sur ce volet, contre 25 % au niveau bon et 16,7 % au niveau moyen.
Ces résultats soulignent que la visibilité des candidates ne se limite pas à leur présence dans les supports de communication. Elle concerne également leur capacité à porter des propositions, à participer au débat public et à peser sur les orientations politiques de leur formation.
La prévention des violences politiques, un point faible généralisé
Le volet consacré aux violences politiques à l’égard des femmes fait ressortir des insuffisances particulièrement marquées. Trois quarts des partis, soit 75 %, obtiennent un niveau faible dans la gestion des plaintes liées à ces violences. Les 25 % restants atteignent un niveau bon.
Les résultats sont plus uniformes concernant la prévention ainsi que les mécanismes de signalement et de prise en charge. Pour ces deux indicateurs, les douze formations politiques évaluées sont toutes classées au niveau faible.
Ce constat met en évidence les limites des dispositifs de protection recensés par l’étude. Il soulève également la question des moyens dont disposent les candidates pour signaler les violences, obtenir une prise en charge et poursuivre leur engagement politique dans des conditions adaptées.
Cinq enseignements pour renforcer la participation politique des femmes
À travers ses résultats préliminaires, le baromètre de l’ADFM fait ressortir cinq enjeux majeurs : le décalage entre les engagements en faveur de l’égalité et les pratiques partisanes, les limites d’une représentation mesurée uniquement au nombre de candidates, le manque de transparence sur les ressources mobilisées, les insuffisances de la visibilité politique et la faiblesse des mécanismes de protection contre les violences.
L’étude met ainsi l’accent sur la nécessité d’examiner l’ensemble du parcours électoral, depuis la sélection des candidates jusqu’à leur capacité à prendre part au débat public et à accéder aux responsabilités. Elle montre que la représentativité politique ne dépend pas seulement de la présence des femmes sur les listes, mais aussi des conditions dans lesquelles elles peuvent exercer leur rôle.
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