Maroc : la pauvreté recule, mais les inégalités sociales et territoriales persistent
Le Maroc a enregistré des progrès significatifs dans la réduction de la pauvreté au cours des deux dernières décennies. Toutefois, ces avancées ne se traduisent pas encore par une amélioration équitable des conditions de vie pour l’ensemble de la population. Dans une note publiée le 9 octobre 2026, la Banque mondiale souligne que les difficultés du marché du travail, les disparités entre villes et campagnes et la faible participation des femmes à l’activité économique continuent de freiner la réduction durable de la précarité.
La création d’emplois, un défi central pour réduire la précarité
La récente amélioration des indicateurs économiques a contribué au recul de la pauvreté entre 2023 et 2025. La progression des revenus du travail en milieu urbain, la croissance du produit intérieur brut par habitant et le ralentissement de l’inflation, notamment sur les produits alimentaires, ont soutenu cette évolution.
Ces résultats restent néanmoins fragiles face aux difficultés structurelles du marché du travail. En 2025, le taux d’activité s’établissait autour de 43 %, soit dix points de moins qu’en 2000. La situation est particulièrement préoccupante dans les zones rurales, où les possibilités d’emploi demeurent limitées.
Pour la Banque mondiale, la consolidation des progrès sociaux dépendra donc de la capacité de l’économie à générer davantage d’emplois productifs et durables. Les aides sociales peuvent soutenir les ménages vulnérables, mais leur effet à long terme reste lié à l’existence de possibilités concrètes d’insertion professionnelle.
Les femmes restent largement à l’écart du marché du travail
Les écarts entre les femmes et les hommes constituent l’un des principaux obstacles à une croissance plus inclusive. Selon les données citées par la Banque mondiale, le taux de participation des femmes à la population active atteignait 19,7 % en 2025, contre 68,1 % pour les hommes.
Cette différence traduit la persistance de barrières à l’accès des femmes à l’emploi. Elle limite également la capacité du pays à mobiliser pleinement ses ressources humaines et à répartir plus largement les bénéfices de la croissance économique.
Face à cette situation, le gouvernement marocain a fait de la création d’emplois et de l’amélioration de l’accès au marché du travail des priorités. Les mesures annoncées portent notamment sur le soutien à l’emploi rural, la stimulation de l’investissement et le développement des politiques publiques liées au travail.
Des écarts persistants entre les villes et les campagnes
Sur le long terme, les progrès restent visibles. Selon le seuil national de pauvreté, le taux est passé de 15,5 % en 2001 à 4,8 % en 2013. La croissance économique et les politiques sociales ont contribué à cette amélioration, notamment à travers un meilleur accès aux services essentiels.
Cependant, les bénéfices de cette évolution demeurent inégalement répartis. La consommation moyenne des ménages urbains reste proche du double de celle des ménages ruraux, illustrant des différences importantes de niveau de vie et de pouvoir d’achat.
Les inégalités ont, pour leur part, diminué lentement. Le coefficient de Gini, qui mesure les écarts dans la distribution des revenus ou de la consommation, est resté proche de 0,4 depuis 2000. Il s’est établi à 0,385 dans le cadre d’une enquête expérimentale de portée limitée réalisée par le Haut-Commissariat au plan en 2019.
La pandémie et les chocs économiques ont fragilisé les ménages
La trajectoire de réduction de la pauvreté a connu un recul entre 2019 et 2022. Selon les estimations rapportées dans une précédente note de la Banque mondiale, le taux de pauvreté calculé selon le seuil national est passé de 1,7 % à 3,9 % sur cette période, soit environ 1,456 million de personnes en 2022.
Cette détérioration s’inscrit dans un contexte marqué par les conséquences de la pandémie de Covid-19, plusieurs années successives de sécheresse et la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Les ménages disposant des ressources les plus limitées ont été particulièrement exposés à ces chocs.
En milieu rural, le taux de pauvreté est néanmoins passé de 9,5 % en 2019 à 6,9 % en 2022, selon les données citées dans la précédente publication. Cette amélioration ne suffit pas à effacer les écarts qui séparent encore les territoires.
Les enfants davantage exposés à la pauvreté
Les données de 2013 mettent également en évidence la vulnérabilité particulière des enfants. Selon les chiffres présentés, le taux de pauvreté atteignait alors 15,4 % chez les moins de 15 ans, contre 10,2 % parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans et 9 % chez les personnes de 65 ans et plus.
Les écarts apparaissent aussi selon les seuils internationaux utilisés pour mesurer la pauvreté. En 2013, 3,7 % de la population vivait avec moins de 3 dollars par personne et par jour, contre 11,6 % au seuil de 4,20 dollars et 49 % à celui de 8,30 dollars. Ces montants sont exprimés en parité de pouvoir d’achat aux prix de 2021 et ne correspondent pas à une conversion directe aux taux de change courants.
Ces indicateurs montrent que la pauvreté recouvre des réalités différentes selon l’âge, le territoire et les ressources des ménages. Ils soulignent la nécessité de compléter les progrès enregistrés au niveau national par des politiques mieux adaptées aux catégories les plus vulnérables.
L’enjeu : transformer la croissance en progrès partagés
Pour la Banque mondiale, la réduction durable de la pauvreté passe par une action coordonnée sur plusieurs fronts : renforcer la protection sociale, stimuler l’investissement, développer l’emploi rural et accroître la participation des femmes à l’activité économique.
Les aides sociales directes constituent un instrument de soutien important, mais elles ne peuvent, à elles seules, corriger les déséquilibres structurels du marché du travail. Leur impact dépend aussi de la capacité des ménages à accéder à des revenus réguliers et à des perspectives professionnelles.
Le défi pour le Maroc consiste désormais à faire en sorte que la croissance économique profite plus largement à la population. La réduction des disparités territoriales, l’amélioration du pouvoir d’achat et la création d’emplois productifs apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour consolider les acquis sociaux et réduire les inégalités persistantes.
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