Maroc : les créances en souffrance atteignent près de 106 milliards de dirhams
Le secteur bancaire marocain continue d'évoluer dans un environnement marqué par une progression des créances en souffrance, tout en consolidant ses dispositifs de gestion des risques. Les dernières données de Bank Al-Maghrib (BAM) montrent que, malgré une augmentation du volume des impayés, les établissements bancaires conservent des niveaux de couverture solides et une qualité globale des actifs en légère amélioration.
Cette évolution traduit un contexte économique contrasté, où certains secteurs d'activité et les ménages demeurent confrontés à des tensions financières persistantes, tandis que les banques renforcent leur capacité à absorber d'éventuels chocs.
Les créances en souffrance dépassent les 105 milliards de dirhams
Entre janvier et mai 2026, l'encours des créances en souffrance a atteint 105,97 milliards de dirhams, soit une progression annuelle de 4,9 %.
Cette hausse s'inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs années. Après une augmentation de 2,8 % en 2024, ces créances avaient déjà progressé de 5,2 % en 2025 pour atteindre 103 milliards de dirhams. Malgré cette évolution, le rythme de croissance reste inférieur à la moyenne annuelle enregistrée entre 2015 et 2023.
En parallèle, le taux de sinistralité du secteur bancaire affiche une légère amélioration. Il recule de 8,4 % à 8,3 %, marquant une deuxième baisse annuelle consécutive et traduisant une amélioration progressive de la qualité des portefeuilles de crédits.
Des disparités importantes selon les secteurs économiques
L'analyse sectorielle met en évidence des niveaux de risque variables selon les branches d'activité.
Le commerce demeure le secteur le plus exposé avec un taux de sinistralité de 15,6 %, suivi de l'industrie manufacturière à 15,3 %.
Le secteur de l'hôtellerie poursuit son amélioration progressive avec un taux de 14,3 %, nettement inférieur à la moyenne observée au cours de la dernière décennie.
Le BTP enregistre également un recul de son taux de sinistralité, qui s'établit à 14,1 %.
À l'inverse, l'agriculture et la pêche affichent une dégradation plus marquée. Leur taux progresse à 13,2 %, contre 10,4 % un an auparavant, reflétant notamment les effets des contraintes climatiques sur les capacités de remboursement des opérateurs.
Les ménages restent confrontés à des tensions financières
La situation des particuliers continue également de susciter l'attention.
Les créances en souffrance détenues sur les ménages atteignent désormais 36 milliards de dirhams, en hausse de 4,3 %.
Le taux de sinistralité des crédits aux ménages passe ainsi de 10,7 % à 10,9 %, confirmant que les difficultés de remboursement persistent dans un contexte marqué par les pressions sur le pouvoir d'achat et le coût du financement.
Les banques renforcent leurs dispositifs de couverture
Face à cette évolution des risques, les établissements bancaires poursuivent le renforcement de leurs provisions.
À fin 2025, celles-ci atteignent 70 milliards de dirhams, en progression de 3,8 %.
Le taux moyen de couverture des créances en souffrance s'élève à 68 %, avec des niveaux différenciés selon la nature des créances : 75 % pour les créances compromises, 47 % pour les créances douteuses et 12 % pour les créances pré-douteuses.
Les trois principales banques systémiques présentent un taux de couverture légèrement supérieur à la moyenne, à 68,9 %.
En complément, 18 milliards de dirhams de provisions générales ont été constitués afin de renforcer davantage la capacité du secteur bancaire à faire face à une éventuelle dégradation de la conjoncture.
Des tests de résistance rassurants malgré des scénarios plus défavorables
Dans son rapport sur la stabilité financière, Bank Al-Maghrib a également réalisé des exercices de résistance portant sur les huit principales banques marocaines.
Selon le scénario central, le taux moyen de créances en souffrance devrait se stabiliser autour de 9,8 % entre 2025 et 2027, avec des ratios de solvabilité demeurant conformes aux exigences réglementaires.
Les scénarios les plus défavorables anticipent toutefois une hausse de la sinistralité pouvant atteindre 11,1 %, voire 12,8 % en 2027. Une telle évolution nécessiterait un renforcement des provisions et exercerait une pression sur les fonds propres des banques.
Malgré ces hypothèses prudentes, les analyses de la Banque centrale concluent que le système bancaire marocain disposerait des capacités nécessaires pour continuer à respecter les seuils réglementaires, confirmant ainsi une résilience globale face à des conditions économiques plus contraignantes.
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