Maroc : les créances en souffrance des ménages atteignent 44,7 milliards de dirhams
Les impayés bancaires des particuliers progressent plus rapidement que les crédits qui leur sont accordés. À fin août 2026, les créances en souffrance des ménages ont atteint 44,7 milliards de dirhams, en hausse de 6,7 % sur un an, selon les dernières données de Bank Al-Maghrib (BAM). Cette évolution intervient dans un contexte marqué par des contraintes persistantes sur les budgets familiaux et des disparités importantes sur le marché du travail.
Dans son bulletin mensuel de conjoncture économique, monétaire et financière publié en octobre, la banque centrale fait état d’une augmentation de 1,9 % des créances en souffrance des particuliers au cours du seul mois d’août. À l’échelle du système bancaire, leur montant total s’est établi à 106,5 milliards de dirhams, en progression de 3,7 % sur un an.
Les ménages occupent ainsi une place importante dans les impayés bancaires. Ils représentent près de 42 % des créances en souffrance, alors que leur part dans l’encours total des crédits bancaires ne dépasse pas un tiers. Le taux de créances en souffrance associé aux financements qui leur sont accordés atteint 11 %, contre 8,2 % pour l’ensemble du système bancaire.
Des impayés qui progressent plus vite que les crédits
En un an, les créances en souffrance des ménages ont augmenté d’environ 2,8 milliards de dirhams, selon les calculs fondés sur les statistiques de BAM. Cette hausse représente près des trois quarts de l’augmentation globale des impayés bancaires, estimée à 3,8 milliards de dirhams.
Dans le même temps, les crédits accordés aux particuliers n’ont progressé que de 3,4 %, pour atteindre 404,4 milliards de dirhams. L’écart entre ces deux évolutions met en évidence une accumulation des impayés plus rapide que la croissance des financements accordés aux ménages.
Cette tendance invite à examiner de près la capacité de remboursement des particuliers, notamment lorsque les dépenses courantes réduisent la part des revenus disponible pour honorer les échéances bancaires.
Le coût de la vie pèse sur les budgets familiaux
La progression des impayés intervient alors que les ménages restent confrontés à des contraintes budgétaires. L’indice général des prix à la consommation a reculé de 0,3 % en août, après une baisse de 0,6 % en juillet. Cette évolution ne signifie toutefois pas que toutes les dépenses quotidiennes diminuent : certains produits essentiels et les carburants continuent d’enregistrer des hausses de prix.
Les prix des carburants ont ainsi augmenté de 9,9 % en août et de 24 % sur un an. Sur les marchés internationaux, le prix moyen du baril de Brent a bondi de 28,5 % en septembre, pour atteindre 116,8 dollars, son niveau le plus élevé depuis avril. Cette envolée s’inscrit dans un contexte de perturbations des approvisionnements pétroliers liées aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et en Russie.
Pour les ménages endettés, la hausse des carburants peut alourdir les dépenses de transport et de mobilité, mais aussi renchérir indirectement certains biens et services. Lorsque les revenus ne progressent pas au même rythme que les dépenses, le remboursement des crédits peut devenir plus difficile.
Les produits alimentaires contribuent également à ces tensions. En août, les prix des produits alimentaires à prix volatils ont augmenté de 2,1 %, notamment sous l’effet d’une hausse de 17,3 % du prix des œufs et de 6,2 % de celui de la viande de volaille. Ces augmentations peuvent réduire les marges de manœuvre des familles dans la gestion de leurs dépenses et de leurs engagements financiers.
Un marché du travail marqué par des disparités
La situation de l’emploi présente des évolutions contrastées. L’économie nationale a créé 406 000 emplois en un an, tandis que le taux de chômage a reculé à 9,5 % au deuxième trimestre 2026.
Cette amélioration globale masque néanmoins des disparités territoriales. Le taux de chômage atteint 11,9 % en milieu urbain, contre 5,4 % dans les zones rurales. Les jeunes citadins restent particulièrement exposés, avec un taux de chômage de 35,4 % chez les 15-24 ans. Chez les femmes en milieu urbain, cet indicateur s’établit à 18,3 %.
Ces difficultés d’accès à l’emploi peuvent fragiliser les revenus de certains ménages et compliquer la prise en charge de dépenses régulières, notamment les mensualités de crédit.
D’autres indicateurs témoignent toutefois d’une certaine résistance de la demande intérieure. La consommation des ménages a progressé de 4,1 % au deuxième trimestre, selon les comptes nationaux. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont, pour leur part, augmenté de 9 % à fin août, pour atteindre 89,2 milliards de dirhams.
Ces ressources soutiennent les revenus des familles bénéficiaires, sans pour autant effacer les différences de revenus, de niveau d’endettement et de capacité de remboursement.
Les données disponibles ne permettent pas d’établir un lien direct entre la hausse des créances en souffrance et celle des prix des carburants ou le chômage. Leur rapprochement met néanmoins en lumière les contraintes auxquelles certains ménages peuvent être confrontés lorsque les dépenses essentielles s’ajoutent aux remboursements des crédits immobiliers et à la consommation.
Les crédits à la consommation progressent plus rapidement
À fin août, les crédits accordés aux particuliers avaient augmenté de 3,4 % sur un an. Cette progression reste inférieure à celle des financements destinés aux entreprises privées non financières, dont l’encours a atteint 498,2 milliards de dirhams, en hausse de 11,7 %.
Au sein des financements accordés aux ménages, les crédits à la consommation ont enregistré une progression annuelle de 5,1 %, portant leur encours à 63,5 milliards de dirhams. Les crédits à l’habitat ont évolué plus modérément, avec une hausse de 2,3 %, à 259,1 milliards de dirhams. L’encours total des crédits immobiliers s’est établi à 261,4 milliards de dirhams, en augmentation de 2,2 % sur un an.
La croissance plus rapide des crédits à la consommation intervient alors que les impayés des particuliers s’accélèrent. Ces financements peuvent peser sur le revenu mensuel disponible, en particulier lorsque plusieurs remboursements s’ajoutent aux dépenses courantes.
Les conditions de financement ont néanmoins évolué favorablement pour les particuliers au deuxième trimestre 2026. Selon BAM, le taux d’intérêt moyen appliqué à leurs crédits a diminué de 15 points de base, pour s’établir à 5,59 %. Le taux moyen des crédits à l’habitat a atteint 4,53 %, tandis que celui des crédits à la consommation s’est établi à 6,81 %.
Les taux appliqués aux comptes débiteurs et aux crédits de trésorerie destinés aux particuliers ont également reculé de 170 points de base, à 5,51 %. Cette détente relative du coût du crédit ne s’est toutefois pas accompagnée d’un ralentissement équivalent des créances en souffrance. La capacité de remboursement dépend aussi du niveau des revenus et de l’évolution des dépenses essentielles.
À l’échelle du système bancaire, le taux d’intérêt moyen global appliqué aux crédits a, à l’inverse, augmenté de 15 points de base au deuxième trimestre, pour atteindre 4,81 %. Celui des crédits accordés aux entreprises non financières s’est établi à 4,71 %.
Les impayés des particuliers augmentent plus rapidement
Les entreprises privées non financières restent également exposées aux créances en souffrance. À fin août, leur encours atteignait 61 milliards de dirhams, en hausse de 2 % sur un an, tandis que leur taux de créances en souffrance s’élevait à 12,3 %.
Chez les ménages, la progression annuelle était plus marquée, à 6,7 %, pour un taux de créances en souffrance de 11 %. Le risque reste donc important dans les deux catégories, mais les impayés augmentent plus rapidement chez les particuliers.
Selon les calculs établis à partir des données de la banque centrale, le taux de créances en souffrance des ménages est passé d’environ 10,7 % à 11 % en un an. L’écart entre la progression annuelle de ces créances et celle des crédits accordés aux particuliers a atteint 3,3 points de pourcentage à fin août, contre 0,9 point en septembre 2025.
Ces chiffres ne suffisent pas à conclure à une crise du recouvrement bancaire. Ils signalent toutefois une fragilisation plus rapide des remboursements chez les particuliers, qui justifie une attention particulière à l’évolution de leurs revenus disponibles, de leurs dépenses essentielles et de leur niveau d’endettement.
Les prochaines évolutions des prix de l’énergie, de l’emploi en milieu urbain et des conditions de financement contribueront à déterminer la trajectoire des impayés. Les statistiques monétaires relatives au mois de septembre permettront notamment de vérifier si la hausse observée depuis juin se poursuit ou tend à se stabiliser, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure pour les ménages marocains.
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