Maroc : malgré un attachement au vote, la défiance envers les institutions électorales persiste
À quelques mois des élections législatives de 2026, une enquête menée par l’association « Les Citoyens » met en lumière un paradoxe persistant au sein de la société marocaine : si le vote demeure largement perçu comme un devoir civique, la confiance envers les acteurs politiques et le processus électoral continue de s’éroder.
Réalisée entre janvier et avril 2026 auprès de 2 992 participants, cette étude souligne l’ampleur du défi auquel seront confrontés les partis politiques dans leur tentative de remobilisation de l’électorat avant le prochain scrutin.
Un attachement au vote qui résiste à la défiance
Selon les résultats de l’enquête, 66,6 % des répondants considèrent toujours la participation électorale comme une responsabilité citoyenne. Pourtant, seuls 13,6 % estiment que les résultats des précédentes élections sont crédibles.
Cette dissociation entre l’importance accordée au vote et le manque de confiance dans son efficacité traduit une relation complexe entre les citoyens et les institutions représentatives.
L’étude révèle également une faible intégration des citoyens dans la vie partisane. Près de 80 % des personnes interrogées affirment n’entretenir aucun contact avec une formation politique, tandis que 89,5 % considèrent que les partis ne répondent pas aux préoccupations réelles de la population.
Un échantillon engagé mais non représentatif
Les auteurs du rapport rappellent que l’enquête ne prétend pas refléter l’ensemble du corps électoral marocain. Les données ont été collectées à travers des cafés citoyens, des rencontres participatives organisées dans plusieurs régions du Royaume, ainsi qu’au moyen d’une plateforme numérique destinée aux Marocains résidant à l’étranger.
L’échantillon se compose majoritairement de citoyens urbains, diplômés et impliqués dans la vie publique. Les hommes représentent 79,7 % des participants, contre 20,3 % de femmes.
Les régions de Casablanca-Settat et de Rabat-Salé-Kénitra concentrent à elles seules près de 45 % des réponses recueillies. Les Marocains résidant à l’étranger représentent, quant à eux, 3,4 % de l’échantillon.
Par ailleurs, plus de 87 % des répondants disposent d’un niveau d’études supérieur à Bac+2 et près des deux tiers déclarent percevoir un revenu mensuel supérieur à 5 000 dirhams.
L’inscription électorale freinée par le manque de confiance
L’enquête révèle qu’un peu plus de la moitié des participants, soit 53,1 %, déclarent être inscrits sur les listes électorales.
À l’inverse, près de 47 % affirment ne pas être inscrits ou ignorent leur situation administrative. Le déficit de confiance apparaît comme le principal facteur explicatif de cette abstention potentielle : 53,4 % des non-inscrits invoquent leur défiance envers le système politique.
Les obstacles administratifs ou le manque d’information sont relégués au second plan, confirmant que les freins à la participation relèvent davantage d’enjeux de crédibilité et de représentation.
Les réseaux sociaux, nouveaux espaces de mobilisation
Le rapport souligne également la transformation des modes d’accès à l’information politique. Les réseaux sociaux s’imposent désormais comme la première source d’information pour 74 % des répondants, loin devant les médias traditionnels.
Cette évolution traduit une recomposition des canaux de communication entre les citoyens et les institutions, mais pose également la question de la qualité de l’information diffusée et de son influence sur la participation électorale.
À l’approche du scrutin de 2026, les intentions de vote demeurent ouvertes : 42,3 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à participer aux élections, 19,1 % restent indécises et 38,6 % n’envisagent pas de voter.
Pour les auteurs de l’étude, cette situation met en évidence une rupture progressive de la chaîne de mobilisation électorale, depuis l’inscription sur les listes jusqu’au passage à l’acte de vote.
Le renouvellement de l’offre politique comme levier
Face à ce constat, le rapport recommande le renforcement des mécanismes de transparence et d’observation électorale, à travers une coopération accrue entre les institutions publiques et les organisations de la société civile.
Les auteurs plaident également pour une plus grande place accordée aux jeunes dans les instances représentatives. Plus de 86 % des répondants jugent leur représentation insuffisante, tandis que 40,6 % considèrent que l’émergence de nouveaux profils politiques constitue un facteur susceptible de favoriser la participation.
À quelques mois des législatives, cette enquête rappelle que le principal défi ne réside pas uniquement dans la mobilisation des électeurs, mais aussi dans la reconstruction du lien de confiance entre les citoyens et les institutions politiques.
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