Maroc : Mohamed Chouki défend le bilan du gouvernement et détaille les chantiers à venir
Le président du Rassemblement national des indépendants (RNI), Mohamed Chouki, a appelé à une lecture factuelle de l’action gouvernementale, tout en reconnaissant la persistance de plusieurs difficultés sociales et économiques. Invité de la Fondation Lafqui Titouani à Rabat, il est revenu sur les principales réformes engagées, mais aussi sur des dossiers encore ouverts, notamment la migration des jeunes et la réforme des retraites.
Son intervention s’inscrit dans un contexte où le bilan de l’Exécutif fait l’objet de débats politiques, alors que les questions liées au pouvoir d’achat, à l’emploi et aux perspectives offertes à la jeunesse restent au centre des préoccupations.
Un bilan gouvernemental à mesurer à l’aune des effets sociaux
Pour Mohamed Chouki, l’évaluation de l’action du gouvernement ne peut se limiter à des appréciations générales. Il estime que les politiques publiques doivent être jugées à partir de leurs réalisations concrètes et de leurs répercussions sur la vie quotidienne.
Le président du RNI a notamment cité la généralisation de la couverture médicale, le développement des aides sociales directes, la mise en œuvre de la Charte de l’investissement, le renforcement des infrastructures sanitaires et les revalorisations salariales.
Selon lui, les aides sociales directes touchent désormais plusieurs millions de familles et produisent également des effets sur l’activité économique locale. Il a particulièrement insisté sur leur impact dans les zones rurales, où les transferts peuvent contribuer à soutenir la consommation et les échanges au niveau des marchés locaux.
Santé et pouvoir d’achat parmi les priorités
Le responsable politique a également mis en avant les transformations engagées dans le secteur de la santé. Il a évoqué la réhabilitation de structures de proximité ainsi que le développement des infrastructures hospitalières, estimant que ces investissements ont permis d’améliorer l’accueil et certains services proposés aux patients.
Sur le plan salarial, Mohamed Chouki a rappelé les revalorisations accordées aux enseignants et aux fonctionnaires. Il considère que ces mesures ont contribué à soutenir les revenus des ménages dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie.
Il a également cité plusieurs dispositifs destinés à limiter l’impact de l’inflation, notamment les aides accordées aux professionnels du transport, le maintien du coût de certains produits énergétiques et la réduction de la TVA appliquée à certains produits de première nécessité.
Le président du RNI reconnaît toutefois que ces mesures n’ont pas fait disparaître les difficultés liées à la vie chère. Il estime que les dispositifs existants devront encore évoluer pour répondre à la pression persistante exercée sur les ménages.
La migration des jeunes : un phénomène aux causes multiples
Autre dossier abordé lors de cette rencontre : l’émigration des jeunes Marocains. Mohamed Chouki a appelé à éviter une lecture exclusivement politique du phénomène, qu’il considère comme le résultat de plusieurs facteurs sociaux et économiques.
Selon lui, l’attrait exercé par les perspectives professionnelles à l’étranger s’ajoute à l’action de réseaux qui exploitent les aspirations de certains jeunes à quitter le pays.
Le responsable du RNI estime également que cette question ne peut être imputée à un seul gouvernement ou à une formation politique. Les phénomènes migratoires s’inscrivent, selon son analyse, dans une évolution plus longue, liée notamment aux écarts entre les opportunités disponibles au Maroc et celles que les jeunes imaginent pouvoir trouver à l’étranger.
Faire de l’émigration un choix et non une contrainte
Mohamed Chouki distingue par ailleurs la mobilité internationale volontaire de l’émigration motivée par un sentiment d’absence de perspectives.
Pour illustrer son propos, il s’est appuyé sur son propre parcours en tant que Marocain du monde. Il a expliqué avoir bénéficié de l’enseignement public marocain avant de poursuivre une expérience professionnelle à l’étranger, notamment au sein d’une institution internationale, puis de revenir au Maroc pour investir et créer des emplois.
À ses yeux, ce parcours illustre l’importance de deux leviers : la croissance économique et l’investissement dans le capital humain.
L’enjeu consiste ainsi à créer davantage de perspectives professionnelles et économiques pour les jeunes afin que la décision de partir à l’étranger relève davantage d’un choix personnel que d’un sentiment de nécessité.
Les retraites, un chantier qui nécessite du temps
La réforme des régimes de retraite constitue également, selon Mohamed Chouki, l’un des dossiers sociaux majeurs encore à traiter.
Le président du RNI estime que cette réforme doit être construite sur une base technique et financière solide afin de garantir simultanément la viabilité des caisses et la protection des droits des bénéficiaires.
Il a indiqué que le dossier restait inscrit à l’agenda gouvernemental, mais que les travaux des commissions techniques se poursuivaient afin d’étudier les différents scénarios possibles.
Les marges créées par les revalorisations salariales
Mohamed Chouki a notamment établi un lien entre les augmentations salariales accordées aux fonctionnaires et la situation financière de la Caisse marocaine des retraites.
Selon lui, la progression des rémunérations a entraîné une augmentation des cotisations et amélioré les perspectives financières de la caisse. Cette évolution offrirait davantage de marge pour examiner les différentes options de réforme.
Le président du RNI défend ainsi une réforme globale plutôt qu’une intervention limitée au rééquilibrage financier des régimes. Il plaide pour un modèle capable de tenir compte des mutations économiques et sociales du Maroc et de garantir la pérennité du système à long terme.
Une réforme présentée comme indépendante du calendrier électoral
Mohamed Chouki a également rejeté l’idée selon laquelle le calendrier de la réforme serait dicté par des considérations électorales.
Il considère que la complexité du dossier impose une analyse approfondie avant toute décision, afin d’éviter une réforme partielle ou insuffisamment adaptée aux enjeux futurs.
Dans cette perspective, la question des retraites est présentée comme un chantier de long terme nécessitant un équilibre entre soutenabilité financière, protection sociale et droits des bénéficiaires.
Le RNI propose une évolution des aides sociales
Dans le prolongement de cette réflexion sur le pouvoir d’achat, Mohamed Chouki a également évoqué une proposition portée par son parti : l’indexation des aides sociales directes sur l’inflation.
L’idée serait d’adapter le niveau des aides lorsque la hausse des prix franchit certains seuils, afin de préserver davantage leur pouvoir d’achat réel.
Cette proposition s’inscrit dans la volonté affichée par le RNI de faire de la protection du revenu des ménages un axe durable de son action politique.
Entre réalisations et défis persistants
À travers ces différents dossiers, Mohamed Chouki défend une lecture du bilan gouvernemental qui combine réalisations et reconnaissance des difficultés encore présentes.
Il met en avant les réformes déjà engagées dans les domaines social, sanitaire et économique, tout en reconnaissant que la vie chère, l’emploi, la migration des jeunes et la pérennité des retraites restent des défis majeurs.
Son message repose ainsi sur l’idée qu’un bilan politique doit être évalué à partir de ses effets concrets, mais également de sa capacité à répondre aux problématiques qui demeurent sans solution définitive.
Le président du RNI assure enfin que le gouvernement entend poursuivre la mise en œuvre de ses engagements jusqu’à la fin de son mandat, tout en préparant les dossiers appelés à constituer les priorités de la prochaine étape.
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