Maroc–Chine : dix ans de partenariat stratégique et de nouvelles ambitions économiques
La célébration du 77e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine a été l’occasion, jeudi 17 septembre 2026, de mettre en lumière la dynamique qui marque les relations entre le Maroc et la Chine. Organisée au Palais des Congrès de Salé, la cérémonie a réuni plusieurs responsables marocains et chinois, dont le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, et l’ambassadrice de Chine au Maroc, Yu Jinsong.
Au-delà de la dimension commémorative, la rencontre a permis de dresser les contours d’un partenariat qui, dix ans après son élévation au rang stratégique, s’étend désormais à de nombreux secteurs : industrie, infrastructures, énergie, santé, éducation, tourisme et culture.
Une relation diplomatique entrée dans une nouvelle phase
L’année 2026 constitue une séquence particulière dans les relations sino-marocaines. Elle marque le dixième anniversaire du partenariat stratégique établi en 2016, ainsi que le 68e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays.
La Déclaration conjointe de partenariat stratégique signée à Pékin en mai 2016 avait posé les bases d’un approfondissement des relations bilatérales. Depuis, les contacts politiques de haut niveau se sont multipliés et les domaines de coopération se sont progressivement élargis.
Cette dynamique s’est notamment poursuivie avec la visite du président chinois Xi Jinping à Casablanca, les 21 et 22 novembre 2024, où il avait été reçu par le Prince Héritier Moulay El Hassan sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Cette séquence avait été présentée comme une nouvelle étape dans la volonté des deux pays d’approfondir leurs relations.
Un autre jalon institutionnel a été franchi en septembre 2025. Nasser Bourita et Wang Yi ont signé à Pékin un mémorandum d’entente instituant un mécanisme de dialogue stratégique entre les deux ministères des Affaires étrangères. L’objectif est notamment de renforcer la coordination diplomatique et les échanges sur les questions d’intérêt commun.
Des convergences sur les grands dossiers internationaux
Lors de la cérémonie du 17 septembre, l’ambassadrice Yu Jinsong a replacé la relation sino-marocaine dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques.
Les positions exprimées par les deux parties mettent notamment en avant des principes tels que la souveraineté des États, l’intégrité territoriale, la non-ingérence et le recours au multilatéralisme. Ces éléments avaient également été mis en avant lors des échanges entre Nasser Bourita et Wang Yi en 2025.
La diplomatie chinoise défend par ailleurs une conception d’un ordre international davantage multipolaire et met l’accent sur la coopération avec les pays du Sud global. Dans ce contexte, le partenariat avec le Maroc s’inscrit dans une relation qui dépasse progressivement le seul cadre bilatéral.
Tanger Tech, vitrine de la coopération industrielle
Sur le terrain économique, la coopération sino-marocaine évolue également vers des projets davantage orientés vers la production et l’investissement.
La cité Mohammed VI Tanger Tech constitue l’un des principaux points d’ancrage de cette présence industrielle chinoise. Le développement de cette plateforme traduit l’ambition du Maroc d'attirer des investissements à forte valeur ajoutée et de renforcer son intégration dans les chaînes de production internationales.
Cette orientation intervient alors que les deux pays cherchent à accompagner la progression des investissements directs et des échanges commerciaux par un environnement juridique et institutionnel plus structuré. Lors des discussions bilatérales de 2025, Rabat et Pékin avaient notamment souligné la nécessité de renforcer les conditions favorables aux investissements et aux projets d’envergure.
Pour le Maroc, l'enjeu consiste désormais à transformer les investissements en capacités industrielles durables, en emplois, en transfert de compétences et en intégration locale. Pour les entreprises chinoises, le Royaume constitue également une plateforme permettant d'accéder à plusieurs marchés, notamment africains et européens.
La santé et l’éducation au cœur des échanges humains
La coopération ne se limite pas aux infrastructures et à l’industrie. La santé demeure un domaine historique des relations entre les deux pays. Les équipes médicales chinoises envoyées au Maroc depuis les années 1970 ont contribué à inscrire ce secteur parmi les axes les plus visibles de la coopération bilatérale.
Le volet éducatif et universitaire prend également une place croissante. Les échanges d’étudiants, les programmes de formation et la mobilité académique participent à la constitution de réseaux humains appelés à soutenir les relations économiques et diplomatiques sur le long terme.
La culture complète ce dispositif. En 2026, la présence du cinéma marocain au Festival international du film de Shanghai a notamment illustré la progression des échanges culturels. Le film marocain Halima, réalisé par Yassine El Idrissi, figurait dans la compétition principale du festival.
Le tourisme, autre levier de rapprochement
Le tourisme constitue également un secteur à potentiel dans la relation Maroc–Chine. La reprise des liaisons aériennes directes entre les deux pays avait été identifiée comme un facteur important pour accroître les flux touristiques chinois vers le Royaume.
Les estimations avancées par les professionnels du secteur tablaient sur environ 150 000 arrivées chinoises en 2025, avec des ambitions plus élevées à moyen terme.
Cette évolution s'inscrit dans la stratégie marocaine de diversification des marchés touristiques internationaux, alors que la clientèle asiatique représente un potentiel de croissance pour la destination.
Une dimension africaine de plus en plus visible
La dimension africaine constitue enfin l’un des principaux points de convergence des intérêts marocains et chinois.
Le Maroc dispose d’une expérience et de réseaux économiques développés sur le continent, tandis que la Chine a considérablement renforcé ses relations commerciales et ses programmes de coopération avec les pays africains. Cette complémentarité ouvre la voie à des projets associant expertise marocaine, capacités industrielles chinoises et besoins des marchés africains.
Le Forum sur la coopération sino-africaine constitue à cet égard l’un des cadres majeurs du dialogue entre Pékin et les pays du continent. Pour Rabat comme pour Pékin, l’Afrique apparaît ainsi comme un espace où les partenariats économiques, industriels, infrastructurels et humains peuvent encore se développer.
Dix ans après l’établissement de leur partenariat stratégique, le Maroc et la Chine disposent donc d’un cadre institutionnel plus dense et d’un éventail de coopération plus large. La prochaine étape se jouera notamment dans la capacité à transformer cette relation politique en davantage de projets productifs, de transferts de compétences et de partenariats tournés vers les marchés africains.
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