Maroc–États-Unis : la hausse du fret met la compétitivité logistique à l’épreuve
La nouvelle hausse annoncée par CMA CGM à destination des États-Unis alourdira, dès septembre 2026, la facture logistique des exportateurs marocains. Pour autant, cette pression sur le transport maritime ne remet pas en cause les principaux avantages compétitifs du Royaume : une plateforme portuaire de premier plan autour de Tanger Med, un accord de libre-échange avec Washington et une base industrielle de plus en plus intégrée aux chaînes de valeur internationales.
Une surcharge qui alourdit la facture des exportateurs
À partir du 15 septembre 2026, CMA CGM appliquera une « Rate Restoration Initiative » aux marchandises expédiées depuis la Méditerranée occidentale, dont le Maroc, vers les États-Unis. La surcharge annoncée s’élève à 250 dollars pour un conteneur de 20 pieds et à 500 dollars pour les formats de 40 pieds, 40 pieds High Cube et 45 pieds. Le transporteur précise que ces montants s’ajoutent au fret de base ainsi qu’à d’autres frais susceptibles de s’appliquer, notamment ceux liés au carburant, aux terminaux et à la sûreté.
Pour les entreprises marocaines, cette évolution intervient dans un contexte où la maîtrise des coûts logistiques devient un facteur déterminant de compétitivité. L’impact réel variera toutefois selon les marchandises, les volumes transportés, les contrats négociés avec les armateurs et la structure globale des coûts de chaque filière.
Cette hausse ne constitue donc pas, à elle seule, une remise en cause de la présence marocaine sur le marché américain. Elle rappelle plutôt une réalité propre au commerce international : même lorsqu'un produit est compétitif à la sortie de l'usine, son coût d'acheminement peut modifier sensiblement sa position face à la concurrence.
Les États-Unis, un marché qui reste stratégique
Le marché américain occupe une place importante dans la stratégie de diversification des exportations marocaines. Selon les données du U.S. Census Bureau, les échanges de marchandises entre les deux pays ont représenté environ 7,39 milliards de dollars en 2025. Les exportations américaines vers le Maroc ont atteint 5,53 milliards de dollars, tandis que les importations américaines en provenance du Maroc se sont élevées à 1,86 milliard de dollars.
Ces chiffres montrent également que la relation commerciale reste déséquilibrée en faveur des États-Unis. Pour Rabat, l'enjeu consiste donc à accroître la valeur et les volumes des exportations marocaines afin de mieux exploiter le potentiel du marché américain.
Dans cette perspective, le coût du transport devient un paramètre à surveiller de près, mais il ne doit pas être isolé des autres éléments qui déterminent l'accès au marché.
Tanger Med, un avantage logistique majeur
Le Maroc dispose précisément d'un atout de taille sur ce terrain : son infrastructure portuaire. Le complexe Tanger Med a traité 11 106 164 EVP en 2025, soit une progression de 8,4 % sur un an. L'activité des terminaux à conteneurs a notamment bénéficié de l'extension du terminal TC4.
Cette capacité donne au Royaume une position particulière dans les chaînes logistiques internationales. Tanger Med permet de concentrer des volumes importants, de connecter le Maroc à de nombreuses routes maritimes et de soutenir l'essor des industries exportatrices.
La performance portuaire ne supprime évidemment pas le pouvoir de marché des grands armateurs. Elle peut néanmoins renforcer la capacité des chargeurs marocains à rechercher des solutions plus compétitives, notamment grâce à la consolidation des volumes et à la négociation de contrats commerciaux de plus longue durée.
La question devient alors moins celle du montant d'une surcharge ponctuelle que celle de la capacité des entreprises à optimiser l'ensemble de leur chaîne d'approvisionnement.
L'accord de libre-échange avec Washington reste un avantage
Face à la hausse du fret, le Maroc conserve un autre levier : son accord de libre-échange avec les États-Unis, entré en vigueur le 1er janvier 2006.
Selon l'Office of the U.S. Trade Representative, l'accord avait prévu la suppression immédiate des droits de douane sur 95 % des produits de consommation et industriels éligibles, avec une élimination progressive des droits restants sur plusieurs années.
Cet avantage commercial reste essentiel. Une hausse du transport maritime peut réduire une partie de la marge dont bénéficient les exportateurs, mais elle ne fait pas disparaître les préférences tarifaires prévues par l'accord.
Pour les entreprises marocaines, la compétitivité sur le marché américain repose donc sur une combinaison de facteurs : accès tarifaire, qualité des produits, délais de livraison, fiabilité logistique, capacité industrielle et maîtrise des coûts.
La logistique devient un enjeu industriel
La progression de Tanger Med illustre une transformation plus large du modèle économique marocain. Le Royaume ne cherche plus seulement à attirer des activités industrielles ; il développe parallèlement les infrastructures nécessaires pour connecter ces activités aux grands marchés mondiaux.
Cette évolution concerne notamment les secteurs automobile, aéronautique, électronique, textile et agroalimentaire, dont les chaînes d'approvisionnement nécessitent des flux réguliers et prévisibles.
Dans ce contexte, chaque hausse du fret constitue un rappel de la dépendance des économies exportatrices aux conditions du transport maritime. Les entreprises peuvent toutefois réduire leur exposition en diversifiant leurs opérateurs, en regroupant leurs volumes, en améliorant la planification des expéditions et en développant des solutions multimodales.
Le renforcement des connexions terrestres participe également à cette logique. En août 2026, Maersk a notamment mis en avant une nouvelle solution ferroviaire reliant Tanger et Casablanca afin d'améliorer la fluidité et la prévisibilité des chaînes d'approvisionnement marocaines.
Un signal à prendre au sérieux, sans dramatiser
La surcharge annoncée par CMA CGM constitue donc davantage un signal de vigilance qu'un choc susceptible, à lui seul, de fragiliser la stratégie commerciale marocaine aux États-Unis.
Pour les exportateurs, l'enjeu immédiat sera de mesurer l'impact de ces 250 à 500 dollars supplémentaires sur chaque catégorie de marchandise. Pour les pouvoirs publics et les acteurs logistiques, le défi est plus structurel : continuer à réduire les coûts et les délais sur l'ensemble de la chaîne, tout en maintenant une connectivité maritime suffisamment diversifiée.
La puissance portuaire acquise par le Maroc constitue ici un avantage important. Les performances de Tanger Med montrent que le pays dispose déjà d'une masse critique capable de soutenir des flux industriels considérables.
Le véritable enjeu des prochaines années sera donc de transformer cette capacité en avantage économique encore plus large. À mesure que les entreprises marocaines montent en gamme et cherchent de nouveaux débouchés, la logistique ne peut plus être considérée comme une simple fonction de transport. Elle devient un élément central de la compétitivité industrielle.
La hausse du fret vers les États-Unis rappelle ainsi une évidence : dans une économie mondialisée, produire moins cher ne suffit plus. Il faut également pouvoir livrer vite, régulièrement et au meilleur coût. Sur ce terrain, le Maroc dispose déjà de plusieurs cartes. Reste à les jouer de manière suffisamment coordonnée pour que les tensions ponctuelles du transport maritime ne ralentissent pas sa progression sur le marché américain.
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