Maroc–Royaume-Uni : Commerce agricole et enjeux politiques au cœur d’un partenariat stratégique
Les entraves tarifaires et réglementaires qui pèsent sur les échanges de produits alimentaires entre le Royaume-Uni et le Maroc se sont récemment imposées dans le débat politique à Londres. Au Parlement britannique, le député conservateur Andrew Morrison a interpellé la ministre d’État chargée de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales, Angela Eagle, sur les obstacles douaniers et non douaniers freinant le commerce avec le Royaume du Maroc. Il a plaidé pour leur assouplissement, estimant qu’une telle évolution permettrait de dynamiser les échanges bilatéraux et de soutenir le secteur agroalimentaire des deux pays.
Dans sa réponse écrite, la ministre a rappelé que les relations commerciales entre Londres et Rabat reposent sur l’accord de partenariat conclu en 2019. Ce cadre juridique régit des échanges annuels évalués à environ 4,6 milliards de livres sterling, couvrant notamment les produits agricoles et halieutiques. Angela Eagle a souligné que l’article 18 de cet accord prévoit l’organisation de réunions régulières afin de discuter de la libéralisation progressive des droits de douane. Trois cycles de négociations ont déjà eu lieu, le plus récent datant d’octobre 2025.
La responsable britannique a insisté sur la recherche d’un équilibre entre ouverture commerciale et protection des intérêts nationaux. Toute évolution future des arrangements commerciaux, a-t-elle précisé, devra soutenir les producteurs britanniques, renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement alimentaire et garantir aux consommateurs un accès durable à des produits de qualité à des prix compétitifs.
Au-delà du Maroc, le gouvernement britannique souhaite inscrire cette dynamique dans une approche régionale plus large. Londres travaille ainsi à la modernisation de ses relations commerciales agricoles avec d’autres pays d’Afrique du Nord, comme l’Égypte et la Tunisie, dans une logique de diversification des partenariats et de sécurisation des approvisionnements.
Un partenariat économique à forte portée politique
Pour Cheikh Boussaid, chercheur en droit public et spécialiste du dossier du Sahara marocain, l’initiative d’Andrew Morrison s’inscrit dans une ligne politique assumée. Le député conservateur figure parmi les parlementaires britanniques les plus favorables à l’initiative marocaine d’autonomie. Selon l’analyste, cette position dépasse le seul cadre commercial et reflète une volonté de renforcer un partenariat stratégique avec Rabat.
Boussaid rappelle que Morrison a déjà qualifié le plan d’autonomie marocain de solution la plus crédible au différend autour du Sahara, appelant le Royaume-Uni à s’aligner sur ses alliés, notamment les États-Unis et la France. Cette convergence politique, estime-t-il, contribue à consolider des relations historiques et à encourager les investissements bilatéraux, en particulier dans des secteurs porteurs comme les énergies renouvelables et la coopération économique post-Brexit.
L’accord de partenariat signé entre Londres et Rabat en octobre 2025 constitue, selon lui, un levier central pour renforcer la coopération économique. Il ouvre de nouvelles perspectives aux entreprises britanniques, notamment dans les projets liés à la transition énergétique, et traduit un infléchissement positif de la position britannique observé depuis le milieu de l’année 2025.
Une convergence stratégique assumée
Cette lecture est partagée par Mohammed Fadel Bekkada, président du Centre d’études politiques et stratégiques du mouvement Sahraouis pour la paix. Il souligne que les relations entre le Maroc et le Royaume-Uni connaissent un essor notable, porté par une convergence de vues sur plusieurs dossiers politiques et sécuritaires.
Au-delà du commerce, Bekkada met en avant le développement de partenariats dans les énergies renouvelables, l’intensification des échanges agricoles et halieutiques, ainsi qu’une coopération sécuritaire renforcée face aux menaces liées à l’extrémisme et au terrorisme. Il rappelle que la visite du ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, à Rabat en juin 2025 a marqué un tournant, Londres ayant alors exprimé son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie, jugée « la plus pragmatique et la plus crédible » pour un règlement durable.
Pour l’analyste, la question du Sahara marocain demeure le baromètre central de la profondeur des relations du Royaume avec ses partenaires. Elle conditionne l’orientation des investissements, des coopérations économiques et des partenariats stratégiques. Dans ce contexte, les discussions sur la levée des obstacles techniques au commerce des produits alimentaires apparaissent comme un prolongement naturel d’un rapprochement plus large entre les deux Royaumes, ouvrant la voie à une intégration accrue des échanges et à un renforcement durable de la coopération bilatérale.
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