Médecine légale au Maroc : un secteur confronté au manque de spécialistes et aux disparités régionales
La médecine légale occupe une place essentielle dans le système judiciaire marocain, en contribuant à l’établissement des causes des décès, à la recherche de la vérité judiciaire et à la protection des droits fondamentaux. Toutefois, malgré plusieurs actions engagées pour moderniser ce domaine, le secteur continue de faire face à des difficultés majeures, notamment un déficit de spécialistes, des infrastructures inégalement réparties et une activité en constante progression.
C’est ce que révèle le rapport de la mission exploratoire temporaire consacré à la situation de la médecine légale au Maroc, élaboré par la Commission de la justice, de la législation, des droits de l’Homme et des libertés de la Chambre des représentants et présenté lors de la session parlementaire d’avril 2026.
Un nombre limité de spécialistes
À la fin de l’année 2024, le Royaume comptait seulement 28 médecins spécialistes en médecine légale. Parmi eux, 12 exerçaient en tant que professeurs universitaires dans les centres hospitaliers universitaires (CHU), tandis que 16 étaient affectés aux établissements hospitaliers régionaux et provinciaux.
Le rapport précise toutefois que les missions médico-légales sont également assurées par 172 médecins, dont 147 praticiens non spécialisés intervenant dans les bureaux communaux d’hygiène ou au sein des établissements de santé, conformément aux dispositions légales en vigueur.
Malgré cette mobilisation, les besoins restent largement supérieurs aux ressources disponibles. Le Maroc ne dispose que de 4,7 médecins exerçant la médecine légale par million d’habitants, un ratio considéré comme insuffisant pour répondre à la demande croissante.
De fortes inégalités entre les régions
L’étude met également en évidence d’importantes disparités territoriales. Certaines circonscriptions judiciaires ne disposent d’aucun médecin spécialiste en médecine légale, ce qui complique le traitement des dossiers judiciaires et allonge les délais d’expertise.
Afin d’améliorer les compétences nationales, des programmes de formation ont été mis en œuvre en 2024. Au total, 28 médecins ont bénéficié d’une formation consacrée aux expertises médico-légales sur les personnes vivantes, tandis que 29 autres ont été formés aux techniques d’autopsie. Ces initiatives sont jugées positives, mais encore insuffisantes pour combler le déficit de spécialistes.
Des infrastructures encore insuffisantes
Les activités de médecine légale reposent actuellement sur un réseau comprenant sept centres hospitaliers universitaires, cinq centres hospitaliers régionaux et quatre centres hospitaliers provinciaux relevant du ministère de la Santé et de la Protection sociale.
Les bureaux communaux d’hygiène, gérés par les collectivités territoriales, participent également au dispositif en assurant la conservation des corps ainsi que certaines procédures médico-légales.
Le ministère dispose par ailleurs de 108 morgues, dont plusieurs ont été rénovées et modernisées ces dernières années afin d'améliorer les conditions de travail des professionnels et l’accueil des familles. Malgré ces investissements, le rapport estime que les écarts entre les régions restent importants et que plusieurs territoires demeurent insuffisamment équipés.
Une activité médico-légale en hausse
L’année 2024 a été marquée par une forte activité des services médico-légaux. Les parquets ont reçu 24 455 rapports concernant des décès, portant sur un total de 25 483 personnes décédées.
Durant cette même période, les autorités judiciaires ont délivré 14 830 réquisitions d’autopsie médico-légale et 10 653 réquisitions d’examen externe des corps, confirmant le rôle central de cette discipline dans les enquêtes judiciaires.
Les statistiques recensent également 1 801 autopsies médico-légales obligatoires. Les cas de suicide ou de suspicion de suicide représentent la majorité des dossiers avec 1 076 affaires. S’y ajoutent 376 dossiers liés à des agressions physiques ou sexuelles, 249 décès survenus dans des lieux de privation de liberté, 100 cas d’intoxication ainsi qu’un cas de suspicion de torture.
Le rapport fait également état de 382 examens médicaux réalisés afin de vérifier des allégations de torture ou de mauvais traitements, dont 379 à la demande des parquets et trois sur décision de juges d’instruction.
Une réforme jugée indispensable
Pour les auteurs du rapport, ces données démontrent l’importance croissante de la médecine légale dans le fonctionnement de la justice marocaine. Cette spécialité constitue un outil essentiel pour déterminer les circonstances des décès, produire des expertises fiables et garantir le respect des droits des citoyens.
La mission parlementaire estime néanmoins qu’une réforme globale demeure nécessaire. Celle-ci devrait permettre de renforcer les effectifs spécialisés, réduire les disparités territoriales, moderniser les infrastructures et améliorer la qualité des expertises afin de consolider la confiance des magistrats, des enquêteurs et des justiciables dans les services de médecine légale.
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