Mobilité au Maroc : le système des agréments des taxis à l’épreuve du changement
Le débat sur l’avenir du transport urbain et semi-urbain au Maroc s’est à nouveau imposé au cœur de l’actualité parlementaire le mercredi 4 février 2026. Cette relance intervient dans un contexte marqué par une pression croissante pour moderniser un secteur stratégique, longtemps régi par des textes jugés dépassés. Au centre des discussions figurent deux enjeux majeurs : la remise en cause du système des agréments, souvent associé à une logique de rente, et l’intégration encadrée des applications de mobilité dans le cadre légal national.
Le cadre juridique actuel, hérité pour l’essentiel des années 1960, apparaît largement inadapté aux transformations profondes qu’a connues la mobilité ces dernières décennies. L’essor des plateformes numériques, la diversification des besoins des usagers et l’évolution des pratiques professionnelles ont mis en lumière les limites d’une réglementation obsolète. Ce décalage normatif a favorisé l’émergence d’un vide juridique, source de tensions récurrentes sur le terrain, notamment entre les taxis traditionnels et les chauffeurs collaborant avec des applications de mobilité.
En l’absence de règles claires, ces derniers se retrouvent exposés à des sanctions sévères, allant de la saisie des véhicules aux amendes, voire à des poursuites pour transport non autorisé. Une situation paradoxale, alors même que la demande des citoyens pour des services plus flexibles, traçables et accessibles ne cesse de croître.
Réformer les agréments pour assainir le secteur
Face à ce constat, plusieurs voix au Parlement plaident pour une refonte globale du dispositif législatif encadrant le transport par taxi. L’objectif affiché est de rompre avec l’opacité du système des agréments et d’instaurer un modèle fondé sur la transparence, l’équité et la concurrence loyale. Le président du groupe du Progrès et du Socialisme à la Chambre des représentants, Rachid Hamouni, a ainsi interpellé le ministère de l’Intérieur, soulignant l’inadéquation du dahir de 1963 avec les réalités socio-économiques actuelles.
Parmi les pistes avancées figure une réforme en profondeur du régime des agréments, visant à encadrer juridiquement leur transmission et à simplifier les procédures de transfert entre provinces, sur la base de critères objectifs liés à la mobilité et à la démographie. Il est également question de clarifier le statut des agréments exploités dans le cadre de contrats de longue durée et de permettre, sous conditions strictes, leur transmission aux ayants droit ou aux exploitants en cas d’incapacité du bénéficiaire initial.
La structuration de l’exploitation constitue un autre pilier de cette réforme. Elle passerait par la généralisation de contrats d’exploitation à durée indéterminée, avec une fixation administrative des loyers. Les détenteurs de plusieurs contrats seraient encouragés à se constituer en sociétés, garantissant aux chauffeurs une couverture sociale et médicale conforme au droit du travail.
Numérisation et professionnalisation : un tournant incontournable
Sur le volet numérique, l’une des propositions les plus marquantes consiste à créer une application nationale unifiée, dédiée exclusivement aux taxis de première et de deuxième catégories. Placée sous la supervision d’une autorité publique ou d’un partenariat strictement encadré, cette plateforme viserait à organiser l’offre, améliorer la traçabilité des courses et interdire l’usage d’applications non autorisées. Un système de numérotation spécifique des véhicules affiliés permettrait un meilleur suivi, tandis que la réglementation de la « course retour » des grands taxis viendrait corriger certaines distorsions actuelles.
La professionnalisation du métier est également au cœur des réflexions. L’accès à une « licence de confiance » pourrait être conditionné à un niveau de formation minimal, complété par des programmes de formation initiale et continue. Des sanctions plus fermes, allant jusqu’au retrait définitif de l’autorisation, seraient prévues en cas de manquements graves à l’éthique professionnelle. Par ailleurs, des incitations financières sont envisagées pour encourager le renouvellement du parc automobile, avec un accent particulier sur les véhicules électriques ou hybrides, en phase avec les engagements environnementaux du Royaume.
Pour de nombreux observateurs, seule une réforme législative ambitieuse permettra de sortir durablement le secteur des taxis de l’impasse. À l’heure où le Maroc se prépare à accueillir des échéances internationales majeures, la modernisation du transport public apparaît comme un impératif stratégique. Au-delà de l’image du pays, c’est le droit des citoyens à une mobilité sûre, organisée et équitable qui est en jeu.
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