Nicolas Sarkozy face aux révélations de Guéant : Le procès libyen prend un nouveau tournant
Le procès en appel sur le financement libyen présumé de la campagne de 2007 vient de franchir un cap psychologique et judiciaire majeur. Ce mardi 28 avril 2026, l’unité de façade qui liait l'ancien chef de l'État à son ex-bras droit a définitivement cédé. À travers des attestations écrites transmises à la cour d’appel de Paris, Claude Guéant, l'homme de l'ombre de la présidence Sarkozy, a choisi de clarifier sa position, quitte à fragiliser la ligne de défense de son ancien mentor.
Des écrits qui redistribuent les responsabilités
Absent des audiences pour des raisons de santé, l'ancien secrétaire général de l’Élysée a fait parvenir des notes datées des 11 et 26 avril. Le message est subtil mais dévastateur : sans incriminer directement Nicolas Sarkozy, Claude Guéant souligne qu'il a agi en permanence sous ses « instructions ». En refusant de porter seul la responsabilité des réseaux libyens, il brise le serment tacite de solidarité qui prévalait depuis le début de l'instruction.
Le point de friction le plus saillant concerne le sort d'Abdallah Senoussi, dignitaire du régime de Mouammar Kadhafi condamné en France. Alors que Nicolas Sarkozy nie catégoriquement toute négociation à son sujet, Claude Guéant affirme que la question était incontournable lors des sommets diplomatiques à Tripoli. Selon l'ex-ministre, le président ne pouvait ignorer la teneur de ces échanges stratégiques.
Entre dénégations et "trous de mémoire"
Face aux juges, Nicolas Sarkozy maintient une posture de combat, opposant des démentis formels aux écrits de son collaborateur. Cependant, l’accusation s'appuie sur ces divergences pour pointer les incohérences de l'ex-président. Sur les nombreux voyages effectués par ses émissaires en Libye entre 2008 et 2010, Nicolas Sarkozy plaide une mémoire sélective, là où Claude Guéant décrit des missions ordonnées par le sommet de l'État.
Cette fracture ne se limite pas aux faits ; elle est aussi humaine. L’entourage de Claude Guéant ne cache plus l'amertume de ce dernier face aux récentes déclarations de l'ancien président, qui avait imputé certaines zones d'ombre à des « erreurs » de ses collaborateurs. Un désaveu que l'ancien préfet de police semble avoir reçu comme une rupture de confiance irréparable.
Un verdict attendu pour l'automne
Pour Nicolas Sarkozy, déjà condamné en première instance et ayant connu la détention, l'enjeu dépasse le cadre strictement juridique. Il s'agit de la défense de son héritage politique. L'effondrement de son premier cercle pourrait peser lourd dans la balance alors que les débats doivent se clore fin mai.
La cour, qui tente de déterminer si un pacte de corruption a réellement existé dès 2005, rendra son délibéré en novembre 2026. D'ici là, le face-à-face par procuration entre les deux anciens piliers du pouvoir continuera de hanter les couloirs du palais de justice.
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