Nouvelle-Zélande : une loi limite les recours climatiques contre les entreprises
Le Parlement néo-zélandais a adopté une réforme controversée destinée à empêcher certains recours civils contre les entreprises au nom des dommages climatiques. Défendu par le gouvernement de droite, le texte entend faire primer la politique climatique définie par l’État sur les actions judiciaires susceptibles de viser des sociétés. L’opposition dénonce une atteinte au droit de saisir la justice.
Un vote qui redessine les possibilités de recours
Les députés néo-zélandais ont adopté mardi 18 août un projet de loi présenté par le gouvernement comme une mesure destinée à clarifier les responsabilités respectives de l’État et des entreprises face au changement climatique.
Le texte a été approuvé par 67 voix contre 53, ouvrant la voie à une limitation des procédures civiles susceptibles de remettre en cause la politique climatique nationale.
Selon l’exécutif, les tribunaux ne doivent pas pouvoir imposer, à travers des litiges privés, des obligations qui dépasseraient les orientations fixées par les pouvoirs publics.
Le gouvernement justifie également la réforme par la nécessité de préserver la confiance des entreprises et de donner davantage de prévisibilité au cadre juridique dans lequel elles évoluent.
Une affaire judiciaire à l’origine de la réforme
Le projet de loi est directement lié à une procédure engagée par Michael Smith, militant maori, contre six entreprises néo-zélandaises.
Le requérant reprochait à ces sociétés de contribuer au réchauffement climatique et estimait que leur activité pouvait justifier une action en justice visant les conséquences environnementales qui en découlent.
La procédure constituait un exemple emblématique de l’évolution des contentieux climatiques à travers le monde : au-delà des gouvernements, des citoyens et des associations cherchent de plus en plus à mettre en cause la responsabilité de sociétés privées dans l’aggravation du changement climatique.
L’adoption du nouveau texte met un terme à cette procédure dans le cadre juridique concerné.
Le gouvernement veut éviter que les tribunaux dictent la politique climatique
Pour les autorités néo-zélandaises, le changement climatique doit être traité dans le cadre des politiques publiques définies par les institutions démocratiquement élues.
Le gouvernement considère que permettre à des actions civiles de modifier indirectement les obligations imposées aux entreprises reviendrait à transférer une partie du pouvoir de décision vers les tribunaux.
La réforme cherche donc à établir une frontière plus nette entre la responsabilité politique de l’État et les litiges pouvant opposer des citoyens ou des organisations à des entreprises.
Cette approche est particulièrement sensible dans un contexte où les contentieux climatiques prennent de l’ampleur dans plusieurs pays.
L’opposition dénonce une restriction du droit à la justice
Le texte a suscité une vive opposition au Parlement.
Ses détracteurs estiment que la réforme prive les citoyens d’un outil permettant de demander des comptes aux entreprises dont les activités ont des conséquences environnementales. Ils contestent également l’idée selon laquelle les tribunaux pourraient indûment se substituer au législateur.
Michael Smith a qualifié l’adoption du texte de « jour sombre pour la démocratie », selon le diffuseur public RNZ.
Pour ses opposants, le problème dépasse donc la seule question climatique : il concerne également la possibilité pour les citoyens d’utiliser le droit civil pour contester les conséquences d’activités économiques.
Un précédent suivi de près
La décision néo-zélandaise intervient alors que la justice climatique devient un terrain de confrontation croissant entre États, entreprises et organisations de la société civile.
Dans plusieurs juridictions, des requérants cherchent à obtenir des décisions contraignant les gouvernements ou les entreprises à réduire leurs émissions, à réparer certains dommages ou à modifier leurs pratiques.
La Nouvelle-Zélande fait désormais un choix différent en limitant explicitement la capacité de certains litiges civils à dépasser les orientations climatiques arrêtées par l’État.
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