Paiements électroniques : le virement instantané progresse de 78 % en un an
Les habitudes de paiement évoluent rapidement au Maroc, portées par la progression des virements instantanés, des cartes bancaires et des portefeuilles mobiles. Selon le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement, les échanges scripturaux ont atteint 718 millions d’opérations, en hausse de 15 % sur un an, pour une valeur proche de 6 121 milliards de dirhams. Derrière cette dynamique, un défi demeure : transformer l’essor des paiements numériques en usages plus fréquents chez les commerçants.
Les virements instantanés accélèrent la transformation des paiements
Le nombre de transactions scripturales a progressé de 15 % en 2025, tandis que leur valeur a augmenté de 10 %. Le rapport estime ainsi la moyenne à 19,4 opérations par habitant sur l’année. Deux instruments se distinguent particulièrement : le virement instantané, dont le nombre d’opérations a bondi d’environ 78 %, et le paiement mobile, en hausse de 42 %.
Le virement conserve la première place dans les échanges en nombre, avec 47,6 % des opérations, contre 48,9 % en 2024. La carte bancaire arrive en deuxième position, avec 32 %, devant le prélèvement, qui représente 7,8 %.
La part du virement instantané est passée de 2,6 % à 4 % des opérations. Il devance désormais le chèque et le paiement mobile, qui représentent chacun 3,9 % du total. La lettre de change normalisée reste marginale, à 0,8 %.
En valeur, le virement domine également les échanges, avec 62,3 % des montants traités, contre 61,1 % un an auparavant. Le chèque recule de 23,8 % à 21,9 %, tandis que la lettre de change normalisée représente 6,6 % et le prélèvement 6,1 %. Le virement instantané et la carte atteignent chacun une part plus limitée des montants, respectivement de 1,8 % et 1,2 %. Le portefeuille mobile reste à 0,1 %.
Les transferts numériques progressent aussi dans le circuit interbancaire
Les opérations réalisées au sein d’un même établissement représentent encore 66 % des transactions en nombre et 54 % en valeur. Bank Al-Maghrib relie notamment cette prépondérance à la démocratisation des applications bancaires et à la gratuité des transferts entre comptes d’un même établissement.
Sur le circuit interbancaire du GSIMT, le nombre d’opérations a atteint 165 millions en 2025, contre 151 millions en 2024. Cette progression s’explique principalement par les virements, dont le volume est passé de 105 à 121 millions, parmi lesquels figurent 29 millions de virements instantanés.
À l’inverse, les chèques et les prélèvements ont enregistré chacun un recul de 5 %. Le virement instantané représente désormais 18 % des échanges interbancaires en nombre, tandis que la part du chèque est tombée à 14 %, contre 16 % en 2024 et 24 % en 2022.
Le montant moyen d’un virement instantané s’établit à 3 700 dirhams, pour un plafond unitaire de 20 000 dirhams. Celui d’un virement standard atteint 13 300 dirhams.
Les cartes bancaires et le commerce en ligne confirment leur progression
Les cartes bancaires ont généré 230,1 millions d’opérations en 2025, pour un montant de 70,8 milliards de dirhams. Le volume des transactions a progressé de 20 %, tandis que leur valeur a augmenté de 12 %.
Les paiements effectués sur les terminaux de paiement électronique ont atteint 184,5 millions d’opérations, contre 153,3 millions en 2024. Leur montant s’est élevé à 58,6 milliards de dirhams, contre 52,2 milliards un an auparavant.
Le sans-contact poursuit également sa progression, avec 113,1 millions d’opérations, contre 94,4 millions en 2024. Il représente désormais 30 % de la valeur des paiements sur terminal, contre 27 % l’année précédente.
Le commerce électronique conserve lui aussi une dynamique favorable. Le nombre de transactions a augmenté de 16 %, pour atteindre 44,8 millions d’opérations, représentant 12,1 milliards de dirhams. Le canal en ligne pèse ainsi 20 % des paiements par carte en nombre et 17 % en valeur.
Les cartes internationales utilisées au Maroc ont enregistré 55,5 millions d’opérations, pour une valeur de 55,7 milliards de dirhams, en hausse respective de 28 % et de 16 %. Sur le plan de la sécurité, le taux de conformité à la norme EMV atteignait 99,9 % à fin 2025.
Le paiement mobile gagne du terrain, mais reste peu utilisé chez les commerçants
Le paiement mobile poursuit son expansion, comme en témoigne la hausse du nombre de comptes de paiement. Leur stock est passé de 6,8 millions en 2022 à 10,3 millions en 2023, puis à 13,822 millions en 2024 et à 16,221 millions en 2025.
Ces comptes se répartissent en quatre catégories, avec des plafonds respectifs de 1 000, 4 000, 20 000 et 100 000 dirhams. Cette classification a été introduite par la circulaire 2/W/2024 du 20 décembre 2024.
Le marché compte 20 offres de portefeuilles mobiles, dont 13 émises par des établissements de paiement. Ces derniers concentrent 73 % de l’encours, avec 12 millions de portefeuilles sur un total de 16,4 millions, contre 13,7 millions un an auparavant.
Le nombre de transactions réalisées par portefeuille mobile est passé de 19,7 à 28 millions en un an. Leur valeur a progressé de 3,9 à 7,3 milliards de dirhams, une évolution principalement liée au versement des aides sociales directes sur les comptes de paiement.
La nature des opérations révèle toutefois des usages encore concentrés sur certains services. Pour les portefeuilles émis par des établissements de paiement, les règlements de factures représentent 69 % des transactions en nombre, contre 72 % en 2024. Les transferts de mobile à mobile atteignent 28 %, contre 26 % un an auparavant. Les retraits aux guichets automatiques bancaires représentent 2 %, tandis que les paiements chez les commerçants restent marginaux.
Pour les portefeuilles adossés à des comptes bancaires, les transferts de mobile à mobile sont devenus la première catégorie d’opérations, avec 51 % du total, contre 26 % en 2024. Les paiements de factures reculent parallèlement à 32 %, contre 53 %. Les retraits aux guichets automatiques représentent 10 % des opérations et les achats chez les commerçants 6 %.
En valeur, les paiements marchands ne dépassent pas 2 % pour les portefeuilles bancaires et restent quasiment inexistants pour ceux des établissements de paiement. L’enjeu ne consiste donc plus seulement à multiplier les comptes et les transactions, mais à faire du portefeuille mobile un moyen de règlement courant dans les commerces.
La stratégie 2024-2028 mise sur l’acceptation marchande
Cette difficulté constitue l’un des axes de la Stratégie de Développement des Paiements 2024-2028. L’objectif est de passer de la diversification des instruments à leur utilisation effective, notamment pour les paiements de proximité, les petits montants et les dépenses récurrentes.
Bank Al-Maghrib aborde ce chantier comme un marché à deux faces : les consommateurs ont besoin d’un réseau suffisamment étendu de commerçants acceptant les paiements numériques, tandis que les commerçants ont davantage intérêt à s’équiper lorsque le nombre d’utilisateurs augmente.
Pour suivre cette évolution, la Banque centrale prévoit notamment de s’appuyer sur la part des paiements marchands et sur l’évolution des retraits d’espèces. Un Comité de Place des Paiements, présidé par Bank Al-Maghrib et réunissant des établissements de crédit, des établissements de paiement et des gestionnaires d’infrastructures, a été mis en place en 2025.
La Banque centrale a également poursuivi l’ouverture du marché de l’acquisition à de nouveaux acteurs afin de favoriser la concurrence et de développer des offres adaptées aux petits commerces. Dans ce cadre, elle a plafonné à 0,65 % hors taxes les commissions d’interchange domestiques applicables aux cartes émises au niveau national.
Le Fonds de Développement de l’Acceptation, institué début 2026, doit également contribuer à élargir le réseau de commerçants acceptant les paiements électroniques. Les travaux préparatoires menés en 2025 ont porté sur sa gouvernance, son financement, ses modalités d’intervention et les critères de sélection des commerçants bénéficiaires.
L’efficacité de ce mécanisme devra être évaluée à partir du nombre de commerçants actifs, de la fréquence des paiements, des volumes traités et de la pérennité des usages après la période d’accompagnement, plutôt qu’au seul nombre de terminaux installés.
Interopérabilité et nouveaux moyens de paiement : les autres chantiers
Le développement des paiements numériques repose également sur une meilleure interopérabilité entre les solutions disponibles. Les travaux engagés en 2025 sur le Schéma National de Paiement couvrent les standards techniques, les règles d’interopérabilité et de qualité de service, l’harmonisation des formats de messages, la standardisation du QR Code et la création d’un annuaire central des alias de paiement.
En parallèle, un dispositif conventionnel d’Open Banking est en préparation avec le Groupement Professionnel des Banques du Maroc, dans la perspective d’une ouverture progressive vers l’Open Finance. Bank Al-Maghrib a également contribué aux travaux ayant abouti, en janvier 2026, à la loi n° 71-24 modifiant et complétant le Code de commerce.
À l’échelle internationale, la Banque centrale poursuit ses échanges avec BUNA, le système régional arabe de règlement des paiements transfrontaliers, en vue de permettre au dirham de devenir une monnaie de règlement. Elle a par ailleurs rejoint, en juin 2025, le système panafricain de paiement et de règlement PAPSS. À fin novembre 2025, ce dispositif couvrait 19 pays, plus de 160 banques commerciales et 15 systèmes de paiement.
Les bénéfices attendus pour les entreprises exportatrices restent néanmoins conditionnés à la maîtrise des risques de règlement, de change et de liquidité, ainsi qu’à la sécurité des opérations et à la coopération entre autorités.
Monnaie numérique et crypto-actifs : des travaux encore en cours
Les réflexions sur une monnaie numérique de banque centrale se poursuivent depuis 2021 avec l’appui du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ces travaux restent exploratoires et ne préjugent d’aucune décision d’émission. En 2025, une expérimentation de paiement transfrontalier entre particuliers dans un environnement multidevises a été conduite avec la Banque mondiale et la Banque centrale d’Égypte.
Sur le terrain des crypto-actifs, un avant-projet de loi n° 42-25, élaboré par un groupe de travail réunissant Bank Al-Maghrib, le ministère de l’Économie et des Finances et l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), a été soumis à consultation publique en octobre 2025. Ses textes d’application sont en cours d’élaboration avec l’appui de la Banque mondiale.
Au-delà de la progression des volumes, le rapport de Bank Al-Maghrib met ainsi en évidence un enjeu central pour le marché marocain : faire passer les paiements électroniques d’un usage en croissance à une pratique quotidienne, accessible et durable, notamment chez les commerçants de proximité.
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