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Pain subventionné : quand un quart de la production quotidienne finit à la poubelle
Le gaspillage alimentaire lié au pain et aux céréales s’impose comme l’un des paradoxes les plus marquants du système de subvention au Maroc. Conçu pour garantir un accès équitable à un produit de première nécessité, ce mécanisme contribue indirectement à une surconsommation et à des volumes importants de pain jeté chaque jour, avec des conséquences économiques et environnementales notables.
D’après les estimations de la Fédération nationale des boulangeries et pâtisseries du Maroc, près de 30 millions d’unités de pain sont gaspillées quotidiennement. Cela représente environ un quart de la production nationale, évaluée entre 110 et 120 millions d’unités par jour. Sur une année, les associations de protection des consommateurs estiment ce gaspillage à près de 11 milliards d’unités, un chiffre qui alimente les appels à l’adoption d’une loi nationale dédiée à la lutte contre le gaspillage alimentaire et à l’encadrement des habitudes de consommation.
Dans plusieurs analyses, le Conseil de la concurrence pointe le rôle du système de subvention dans cette situation. En maintenant le prix du pain à un niveau artificiellement bas, sans lien direct avec son coût réel, le dispositif favorise des achats supérieurs aux besoins réels. Cette dynamique est accentuée par un déficit de sensibilisation à la gestion responsable des denrées alimentaires, tant au niveau des ménages que des acteurs professionnels.
Un gaspillage à chaque maillon de la chaîne
Le phénomène ne se limite pas à la consommation finale. Il commence dès la production agricole, où les pertes de céréales peuvent atteindre 20 %, en raison des conditions climatiques difficiles et du manque d’infrastructures de stockage adaptées. Lors de la collecte et du stockage, les pertes oscillent entre 5 et 7 %, tandis qu’elles avoisinent 5 % au stade de la distribution.
Le recours au stockage traditionnel, notamment dans les silos en terre ou les espaces non aménagés, aggrave ces pertes, qui peuvent atteindre jusqu’à 20 % par an sous l’effet de l’humidité et des nuisibles. À l’inverse, le stockage moderne permettrait de limiter les pertes à 1 ou 2 %, mais reste encore marginal au Maroc. Certaines minoteries enregistrent également des pertes supplémentaires, liées à l’utilisation de technologies de production obsolètes et à une logistique peu performante.
La phase de consommation demeure toutefois la plus critique. Selon des estimations de la FAO, entre 32 et 34 % du pain acheté finit à la poubelle, aussi bien dans les foyers que dans les établissements de restauration. À cela s’ajoutent des pratiques sociales ancrées, marquées par l’achat excessif de pain lors des fêtes, cérémonies et rassemblements familiaux.
Un impact économique et environnemental lourd
Pour le Conseil de la concurrence, le gaspillage du pain et des céréales constitue une charge financière considérable pour les finances publiques. Lorsque des produits subventionnés ne sont pas consommés, les ressources mobilisées perdent leur finalité sociale, exerçant une pression accrue sur le budget de compensation et réduisant l’efficacité des politiques de soutien destinées aux ménages les plus vulnérables.
Les effets environnementaux sont tout aussi préoccupants. La production céréalière mobilise d’importantes quantités d’eau et d’énergie. Jeter du pain revient donc à gaspiller indirectement des ressources hydriques précieuses, dans un contexte marqué par une pénurie chronique d’eau. À cela s’ajoutent les coûts liés à la gestion des déchets alimentaires et l’alourdissement de l’empreinte écologique du secteur agricole.
Face à ce constat, experts et professionnels plaident pour une réforme globale : ajustement du système de soutien aux céréales, modernisation des infrastructures de stockage et renforcement des campagnes de sensibilisation auprès des consommateurs. Autant de leviers jugés essentiels pour réduire le gaspillage et optimiser l’utilisation des ressources financières et naturelles.
Le Conseil de la concurrence souligne également que les mesures de soutien au blé tendre ont des effets sur la concurrence au sein du marché de la minoterie. Le maintien de prix bas oriente la demande vers le blé tendre, au détriment d’autres céréales locales, limitant ainsi les possibilités de diversification. Malgré l’augmentation du soutien à la production nationale, passée de 5 à 30 dirhams pour encourager les agriculteurs, les minoteries industrielles continuent de privilégier le blé importé. Cette préférence s’explique par la qualité constante et le caractère structuré des céréales importées, notamment de pays comme la France, la Russie ou le Canada, contrairement au blé local, fortement dépendant des aléas climatiques et de l’irrégularité des récoltes.