Pénurie de RAM : HP, Asus et Acer misent sur la mémoire chinoise de CXMT
La crise mondiale des semi-conducteurs de mémoire franchit une nouvelle étape. Alors que l’essor des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle absorbe une part croissante des capacités de production, les fabricants d’ordinateurs cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement. HP, Asus et Acer auraient ainsi commencé à intégrer, sur certains modèles destinés principalement à des marchés hors États-Unis, des composants DRAM fabriqués par le chinois ChangXin Memory Technologies (CXMT).
Cette évolution illustre la pression croissante qui s’exerce sur l’industrie du PC. Les constructeurs doivent désormais composer avec des composants plus coûteux, une disponibilité limitée et une concurrence accrue entre les besoins de l’IA, des serveurs et ceux de l’électronique grand public.
L’IA bouleverse l’équilibre du marché de la mémoire
La forte progression des investissements dans l’intelligence artificielle modifie profondément la demande mondiale de mémoire. Les fabricants de semi-conducteurs consacrent notamment davantage de capacités aux produits destinés aux infrastructures d’IA, parmi lesquels la mémoire à large bande passante, ou HBM, ainsi qu’aux mémoires utilisées dans les serveurs.
Cette réallocation de la production réduit mécaniquement la marge disponible pour certains segments traditionnels. Les fabricants de PC se retrouvent ainsi en concurrence avec les acteurs des centres de données pour sécuriser leurs approvisionnements.
Les données publiées au deuxième trimestre 2026 illustrent l’ampleur du mouvement : selon des estimations de SigmaIntell rapportées par le Seoul Economic Daily, le prix de certaines mémoires LPDDR5X de 12 Go aurait progressé de 89 % sur un trimestre.
Cette flambée ne concerne pas uniquement les ordinateurs. Elle touche également plusieurs catégories d’appareils électroniques, alors que la capacité industrielle demeure fortement sollicitée.
CXMT profite d’un marché sous tension
Dans ce contexte, ChangXin Memory Technologies gagne progressivement en importance. Fondée en 2016, l’entreprise chinoise produit différentes générations de DRAM, notamment de la DDR4, de la DDR5 et de la LPDDR5X destinées aux ordinateurs portables, aux serveurs, aux smartphones et à d’autres appareils électroniques.
Son développement constitue un changement notable dans un secteur longtemps dominé par Samsung Electronics, SK hynix et Micron. CXMT reste toutefois nettement plus petite que ces trois groupes, qui représentent ensemble près de 90 % du marché mondial de la DRAM selon des estimations citées par Reuters.
Les constructeurs de PC avaient déjà commencé à étudier cette alternative au début de l’année. Des informations publiées en février faisaient état de démarches de qualification de composants CXMT chez certains fabricants, tandis qu’Acer et Asus exploraient également des solutions d’approvisionnement en mémoire chinoise auprès de leurs partenaires.
Quelques mois plus tard, cette tendance semble se concrétiser davantage. Selon des informations rapportées par Nikkei Asia et relayées par Tom’s Hardware, HP, Asus et Acer auraient franchi les étapes de qualification et utilisent désormais de petites quantités de mémoire CXMT dans certains ordinateurs portables destinés à des marchés non américains.
Une diversification davantage dictée par la disponibilité que par le prix
Le recours à la DRAM chinoise ne signifie pas nécessairement que les fabricants cherchent uniquement à réduire leurs coûts. Dans un marché marqué par les pénuries, la priorité est également de sécuriser des volumes suffisants pour maintenir les chaînes de production.
Cette nuance est importante. CXMT devient surtout une source supplémentaire dans une industrie qui cherche à réduire sa dépendance à un nombre très limité de fournisseurs.
Pour les fabricants de PC, diversifier les approvisionnements peut permettre de limiter les interruptions de production et de mieux gérer les fluctuations du marché. Pour CXMT, l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement de grandes marques internationales représente, à l’inverse, une étape stratégique vers une reconnaissance plus large de ses technologies.
Une montée en puissance industrielle accélérée
La progression de CXMT s’accompagne d’un important effort d’expansion. Reuters rapportait début août que le groupe envisageait la construction d’une deuxième usine de DRAM de 12 pouces à Pékin, dans le district de Yizhuang. L’entreprise exploite actuellement plusieurs sites de production et prévoit d’augmenter fortement ses capacités.
Des estimations sectorielles suggèrent même que la capacité de production de CXMT pourrait se rapprocher de celle de Micron au cours de 2026. Selon une analyse citée par Tom’s Hardware, l’entreprise pourrait atteindre environ 350 000 démarrages de wafers par mois à la fin de l’année, contre environ 375 000 pour Micron selon cette même estimation.
Une telle progression ne bouleverserait pas immédiatement la hiérarchie mondiale, mais elle pourrait renforcer la concurrence sur le marché de la mémoire conventionnelle.
Un enjeu aussi géopolitique
L’arrivée de composants CXMT dans certains produits de grandes marques occidentales intervient toutefois dans un environnement géopolitique sensible. Les semi-conducteurs sont devenus un secteur stratégique dans les relations entre la Chine, les États-Unis et leurs alliés.
Cette dimension explique notamment pourquoi les produits équipés de mémoire CXMT semblent, à ce stade, principalement destinés à des marchés situés en dehors des États-Unis. La question de l’accès aux technologies chinoises demeure particulièrement surveillée dans le secteur des semi-conducteurs.
Pour les industriels, le défi consiste donc à trouver un équilibre entre sécurité d’approvisionnement, contraintes réglementaires, exigences techniques et compétitivité.
Les consommateurs encore exposés à la hausse des coûts
À court terme, la progression de CXMT ne devrait pas suffire à résoudre à elle seule la pénurie mondiale de mémoire. L’entreprise peut contribuer à élargir l’offre, mais l’équilibre entre capacités de production et demande reste fortement influencé par les investissements massifs dans l’intelligence artificielle.
Le marché du PC pourrait ainsi continuer à subir la pression des coûts de la mémoire. Pour les constructeurs, plusieurs stratégies sont possibles : modifier les configurations, réduire temporairement certaines capacités, absorber une partie de l’augmentation des composants ou répercuter celle-ci sur les prix.
La montée de CXMT apporte néanmoins un nouvel élément à l’équation. Si le fabricant chinois poursuit l’augmentation de ses capacités et parvient à élargir la présence de ses produits auprès des grands constructeurs internationaux, le marché mondial de la DRAM pourrait progressivement devenir plus concurrentiel.
La crise actuelle pourrait donc avoir une conséquence durable : accélérer la diversification d’une industrie qui dépend encore largement d’un petit nombre de producteurs asiatiques. Pour les fabricants de PC comme pour les consommateurs, l’évolution de CXMT sera désormais l’un des indicateurs à surveiller dans un marché de la mémoire profondément transformé par l’essor de l’IA.
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