Pétrole : l’Opep+ relance l’offre pour reconquérir le marché, sur fond de tensions géopolitiques
Réunie dimanche, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, dite Opep+, a confirmé une nouvelle hausse de sa production à hauteur de 547.000 barils par jour dès septembre 2025, une décision attendue par les marchés, qui s’inscrit dans une stratégie claire : reprendre des parts de marché perdues durant les années de restriction.
Cette décision marque le retour anticipé d’une coupe de 2,2 millions de barils par jour, initialement prévue pour être levée plus tard. Les huit pays moteurs de cette stratégie – Arabie saoudite, Russie, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman – réinjectent ainsi progressivement leurs volumes dans un marché qu’ils ont longtemps restreint pour soutenir les prix.
Alors que le Brent évolue autour de 70 dollars, bien loin du pic de 120 dollars atteint en 2022, l’Opep+ semble changer de cap : moins de discipline sur les quotas, plus d’agressivité commerciale.
Un équilibre délicat à préserver
Cette décision survient à un moment critique. Malgré la réouverture progressive des vannes depuis avril, les prix du pétrole n’ont pas chuté aussi brutalement que certains le redoutaient. La demande estivale, conjuguée à un climat géopolitique tendu – notamment la guerre Iran-Israël et les craintes persistantes autour de l’Ukraine – a offert une stabilité relative aux cours.
Mais les experts restent prudents. Selon Warren Patterson (ING), le risque d’un excédent pétrolier dès le quatrième trimestre pourrait peser sur les prix si l’offre continue d’augmenter à ce rythme. L’Opep+ devra alors faire preuve de retenue pour éviter une chute brutale des revenus, surtout pour des pays comme l’Arabie saoudite, qui compte sur le pétrole pour financer ses ambitions de modernisation économique.
Une géopolitique explosive
La stratégie de l’Opep+ se dessine également en réaction aux pressions géopolitiques croissantes. Le président américain Donald Trump a intensifié ses menaces cette semaine, donnant dix jours à la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine, sous peine de nouvelles sanctions commerciales. Parmi elles : des surtaxes sur les produits russes et des droits de douane visant notamment les acheteurs majeurs de pétrole russe comme l’Inde, qui importe plus de 1,6 million de barils russes par jour.
Face à ces incertitudes, l’Opep+ reste en alerte. Elle pourrait renforcer son offensive pour sécuriser ses débouchés, mais ne réagira qu’en cas de véritable choc d’approvisionnement, prévient Giovanni Staunovo (UBS).
Et après ?
Une pause dans les hausses est envisagée après septembre, mais aucune décision ne sera prise avant la prochaine réunion ministérielle complète de l’Opep+ fin novembre. D’ici là, les huit pays moteurs de la hausse se retrouveront le 7 septembre 2025, pour faire le point sur l’évolution du marché.
Dans ce contexte mouvant, l’alliance pétrolière joue une partie serrée : restaurer son influence sans précipiter une chute des prix. Un jeu d’équilibriste sur un marché où l’économie et la géopolitique sont plus imbriquées que jamais.
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