Prix de l’or au Maroc : pourquoi les acheteurs restent prudents malgré la baisse
Après avoir atteint des sommets au printemps 2026, le prix de l’or a connu une correction importante sur le marché marocain, avant de reprendre progressivement de la hauteur. Cette volatilité attire de nouveau l’attention des consommateurs, notamment ceux qui envisagent l’achat de bijoux. Mais la baisse observée suffit-elle à provoquer un véritable redémarrage de la demande ?
Sur le terrain, les professionnels de la bijouterie décrivent plutôt un regain d’intérêt qu’une reprise franche des achats. Les consommateurs suivent davantage les cours, comparent les tarifs et retardent leur décision dans l’espoir de bénéficier d’un nouveau recul.
Un marché toujours marqué par l’attentisme
Après avoir atteint environ 1 420 dirhams le gramme pour l’or 18 carats au cours de l’année 2026, le prix s’est nettement replié. Des professionnels du secteur rapportaient en juillet un niveau proche de 1 020 dirhams le gramme, soit une correction de près de 30 % par rapport au sommet enregistré quelques mois auparavant.
Cette baisse aurait pu favoriser un retour massif des acheteurs. Pourtant, les professionnels constatent surtout une multiplication des consultations et des demandes de prix. Beaucoup de consommateurs surveillent le marché sans passer immédiatement à l’achat.
Selon Ban Kodad Es Saoudy, bijoutier cité par Hespress FR, certains clients continuent d’espérer une baisse plus importante avant de se décider. Une partie d’entre eux vise notamment un niveau compris entre 800 et 900 dirhams le gramme.
Cette attitude traduit une évolution du comportement des consommateurs : lorsque les prix progressent rapidement, ils préfèrent attendre une accalmie plutôt que d’acheter au sommet. Et lorsque les prix baissent, certains choisissent encore d’attendre, anticipant une correction supplémentaire.
Les achats nécessaires résistent mieux
Tous les clients ne réagissent toutefois pas de la même manière aux fluctuations du marché. Ceux qui recherchent un modèle précis ou qui ont un achat lié à un événement familial restent davantage susceptibles de concrétiser leur projet.
Le bijoutier estime ainsi qu’environ 30 à 40 % de sa clientèle continue à acheter malgré les variations du cours. Pour ces consommateurs, le besoin ou le choix du modèle prime sur la perspective de réaliser une économie supplémentaire.
Pour les autres, le facteur financier reste déterminant. Le niveau élevé du prix de l’or, combiné aux contraintes pesant sur le budget des ménages, limite la capacité à acheter des pièces plus importantes.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau. Dès le printemps, des professionnels du secteur expliquaient que le recul des cours n’entraînait pas automatiquement une hausse des ventes, les ménages privilégiant souvent l’attente face à l’incertitude et à l’évolution du coût de la vie.
Le système des avances perd du terrain
La volatilité du marché modifie également certaines pratiques commerciales traditionnelles. Le système des avances, connu sous le nom de « dafou’at », est devenu plus difficile à appliquer lorsque les prix évoluent fortement entre la commande et le paiement final.
Traditionnellement, un client pouvait verser progressivement des sommes d’argent afin de financer l’achat d’un bijou avant de le récupérer une fois la totalité du montant réglée. Or, dans un contexte de forte variation du cours, le bijoutier peut difficilement garantir durablement le même prix pour une pièce dont la fabrication ou la livraison intervient plusieurs semaines plus tard.
Cette incertitude réduit donc les possibilités d’achat progressif et pousse certains professionnels à privilégier des transactions plus immédiates.
Smartphones et applications changent le rapport au prix
Autre évolution notable : les consommateurs disposent désormais d’un accès instantané aux cours internationaux de l’or. En quelques secondes, ils peuvent consulter le prix de l’once, convertir sa valeur en dirhams et la comparer au tarif affiché chez un bijoutier.
Cette transparence accrue peut toutefois créer des incompréhensions.
Le prix d’un bijou ne correspond pas simplement à la valeur de l’or qu’il contient. Il intègre notamment la quantité de métal précieux, son titre, le travail artisanal, la fabrication, les charges liées à l’activité commerciale et les autres coûts supportés par le professionnel.
Au Maroc, plusieurs bijoutiers ont d’ailleurs commencé en 2026 à afficher les prix de l’or afin de rendre davantage visible la référence utilisée dans leurs boutiques. Cette évolution répond notamment aux demandes de clients qui souhaitent mieux comprendre les écarts entre le cours international et le prix pratiqué localement.
La comparaison directe avec une application ou avec le prix d’un lingot reste donc insuffisante pour déterminer le coût réel d’un bijou fini.
Une baisse qui ne garantit pas une reprise
À l’échelle internationale, le marché reste lui-même particulièrement volatil. Après plusieurs mouvements de correction, l’or a retrouvé une dynamique haussière début août. Le 7 août, le cours spot atteignait environ 4 336 dollars l’once, porté notamment par des données américaines sur l’emploi ayant renforcé les anticipations d’une politique monétaire moins restrictive.
Le 11 août, l’or poursuivait encore sa progression, avec des contrats à terme autour de 4 383 dollars l’once. Les investisseurs restent notamment attentifs aux décisions de la Réserve fédérale américaine, aux taux d’intérêt, aux tensions géopolitiques et aux achats des banques centrales.
Ces mouvements internationaux finissent par se répercuter sur le marché marocain et compliquent les anticipations des consommateurs.
La récente correction des prix a donc créé une fenêtre d’opportunité pour certains acheteurs, mais elle n’a pas suffi à effacer les effets du niveau élevé atteint précédemment. Entre l’espoir d’une nouvelle baisse, la volatilité des cours et les contraintes de pouvoir d’achat, une grande partie des consommateurs préfère encore observer le marché.
Pour les bijoutiers marocains, le véritable redémarrage de la demande dépendra moins d’une baisse ponctuelle que de la capacité du prix de l’or à se stabiliser à un niveau jugé acceptable par les ménages. Tant que les consommateurs anticiperont de nouvelles variations, l’intérêt pour l’or pourra progresser sans nécessairement se transformer en achats.
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