Prix des viandes rouges : le ministre de l’Agriculture face à la colère des ménages
La question des prix des viandes rouges continue d’alimenter un malaise profond au Maroc. Interpellé au Parlement sur la hausse persistante des tarifs, le ministre de l’Agriculture Ahmed El Bouari a livré une explication essentiellement technique, laissant toutefois en suspens l’interrogation principale des citoyens : pourquoi les mesures concrètes tardent-elles à produire des effets visibles sur le panier des ménages ?
Si son intervention a permis d’éclairer certains mécanismes économiques, elle n’a pas dissipé l’impression d’un marché déséquilibré, où la régulation demeure insuffisante face à une flambée des prix qui s’installe dans la durée.
Une justification fondée sur des contraintes structurelles
Devant les députés, le ministre a mis en avant un ensemble de facteurs expliquant la tension actuelle sur le marché des viandes rouges. Il a évoqué le cycle biologique de l’élevage, les conséquences cumulées de plusieurs années de sécheresse, l’augmentation des coûts des aliments pour bétail et les délais nécessaires avant qu’une production accrue n’atteigne les étals.
À ces éléments s’ajoute, selon lui, l’impact du contexte international sur les intrants agricoles, qui pèse directement sur les coûts de revient. Ce diagnostic, centré sur des données techniques, tend à présenter la situation comme le résultat d’un enchaînement de contraintes difficiles à contourner à court terme.
Pourtant, cette analyse ne répond que partiellement aux attentes des consommateurs, confrontés à des prix toujours plus élevés sans perspective claire de baisse.
Le vrai problème se situe dans la distribution
L’un des points marquants de l’intervention ministérielle réside dans la distinction opérée entre le prix à la production et celui payé par le consommateur final. Ahmed El Bouari a affirmé que les tarifs à la sortie des abattoirs restent relativement stables, oscillant autour de 70 dirhams le kilogramme pour le bétail importé et 90 dirhams pour le bétail local.
Ces chiffres suggèrent que la hausse intervient principalement après la phase de production, au niveau des circuits de commercialisation. Autrement dit, la flambée des prix serait davantage liée aux marges et aux intermédiaires qu’aux coûts agricoles eux-mêmes.
Cette lecture met en lumière un dysfonctionnement majeur : l’écart croissant entre le prix payé aux éleveurs et celui supporté par les ménages.
Spéculation et intermédiaires, un débat encore éludé
Malgré les critiques répétées des parlementaires, notamment du groupe de la Justice et du développement, le ministre a évité de désigner frontalement les pratiques spéculatives comme responsables de la situation. Il a préféré évoquer des perturbations ponctuelles, liées aux conditions climatiques récentes et à une offre momentanément réduite.
Cette prudence politique a toutefois laissé un goût d’inachevé. Pour de nombreux observateurs, l’absence de mesures fermes contre les intermédiaires et les circuits opaques demeure l’un des angles morts de la politique publique dans ce dossier.
Une réforme annoncée, mais encore imprécise
Conscient des limites du système actuel, Ahmed El Bouari a reconnu la nécessité de moderniser en profondeur les mécanismes de commercialisation. Il a évoqué une future réforme des marchés de gros, des abattoirs et des infrastructures logistiques, en coordination avec les ministères de l’Intérieur et de l’Industrie et du Commerce.
L’objectif affiché est de réduire la multiplicité des intermédiaires et de rapprocher davantage les producteurs des consommateurs. Un nouveau cadre législatif serait en préparation pour renforcer la transparence et améliorer la gouvernance du secteur.
Cependant, aucun calendrier précis ni dispositif de contrôle concret n’ont été présentés, ce qui nourrit le scepticisme quant à la rapidité de mise en œuvre de ces changements.
Des programmes de soutien aux éleveurs
Le ministre a également rappelé l’existence de plusieurs actions publiques destinées à soutenir la filière. Des programmes de reconstitution du cheptel national, d’appui à l’accès aux aliments pour bétail et de surveillance des circuits de distribution sont en cours, dans le cadre de la stratégie Génération verte.
Ces mesures, engagées depuis plusieurs années, visent à stabiliser l’offre et à amortir les chocs climatiques. Mais leurs effets concrets tardent encore à se traduire par une baisse tangible des prix pour les consommateurs.
Une attente sociale toujours forte
En définitive, le discours ministériel a apporté des éléments d’analyse, mais peu de réponses immédiates à l’urgence sociale. Pour les familles marocaines, la question reste entière : comment freiner rapidement une cherté qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat ?
L’enjeu dépasse désormais le simple diagnostic économique. Il renvoie à la capacité des pouvoirs publics à imposer une régulation effective du marché, à lutter contre les dérives spéculatives et à rétablir un équilibre plus juste entre producteurs, intermédiaires et consommateurs.
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