Prix du pétrole : un choc énergétique majeur plane sur l’économie marocaine
La récente escalade géopolitique au Moyen-Orient, marquée par les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, bouleverse les marchés énergétiques mondiaux et menace l’économie marocaine. Le Royaume, fortement dépendant des importations d’énergie – près de 90% de ses besoins – se retrouve particulièrement vulnérable face à la flambée des prix du pétrole et du gaz.
Selon les estimations de Saham Research, chaque hausse de 10 dollars par baril au-dessus du prix prévu dans la Loi de Finances 2026, fixé à 65 dollars, entraîne un surcoût d’environ 15 milliards de dirhams, toutes choses égales par ailleurs. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique de 20 millions de barils de pétrole quotidiennement, connaît actuellement un trafic quasi nul, tandis que le Qatar a suspendu sa production de gaz naturel liquéfié (GNL), accentuant la tension sur les marchés.
Malgré la libération coordonnée de 400 millions de barils de stocks stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie, le Brent a dépassé les 100 dollars le baril, soit 55% de plus que l’hypothèse de la Loi de Finances 2026. Les prix du GNL ont quant à eux bondi de +100% en Asie et de +70% en Europe.
Dans ce contexte, le Maroc se rapproche du scénario d’un conflit prolongé de 6 à 12 mois, avec un baril stabilisé entre 90 et 110 dollars. Cela constituerait le troisième choc externe majeur en cinq ans, après la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Les répercussions sur les finances publiques seraient importantes : le prix du butane pourrait générer un surcoût de 5,5 à 7,5 milliards de dirhams, soit 0,3 à 0,4% du PIB. Les tensions sur les importations alimentaires, notamment le blé et le sucre, pourraient ajouter 3 milliards de dirhams supplémentaires.
La balance des paiements serait également affectée, avec un surcoût énergétique estimé entre 40 et 50 milliards de dirhams, soit 2,2 à 3,3% du PIB. La hausse des prix des intrants pour les engrais phosphatés pourrait creuser le déficit commercial de 15 à 20 milliards de dirhams, portant le déficit global à environ 430 milliards de dirhams.
Du côté macroéconomique, un conflit prolongé pourrait entraîner une inflation soutenue, un déficit budgétaire autour de 4%, une pression sur le dirham et une correction de -10 à -15% du MASI. À l’inverse, un scénario de résolution rapide limiterait les effets à des ajustements transitoires, tandis qu’un enlisement régional sur plus de 12 mois provoquerait un choc systémique majeur, avec une inflation atteignant 6%, une croissance ramenée à 3%, et des réserves de change réduites à 420 milliards de dirhams.
Pour amortir ces chocs, le Maroc dispose toutefois de leviers financiers, tels que la Ligne de crédit modulable (LCM) du FMI, les émissions d’Eurobonds et le soutien de partenaires internationaux, notamment les pays du Golfe.
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