Prix et stocks : le ministère de l’Économie renforce sa veille sur les marchés
Le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) renforce son dispositif de suivi des marchés marocains. Un nouvel arrêté vient réorganiser les structures chargées de la concurrence, des prix et de la compensation, avec la création de deux nouvelles entités dédiées à l’observation des prix et à la surveillance de l’approvisionnement du marché national.
L’arrêté n° 1626.26, signé le 23 juillet 2026 et publié au Bulletin officiel n° 7532 du 6 août, introduit ainsi un observatoire des prix et de la concurrence, ainsi qu’une division du marché national et des réserves de sécurité au sein de la Direction de la concurrence, des prix et de la compensation.
Un observatoire axé sur les données et les prix
Le nouvel observatoire constitue l’une des principales évolutions de l’organisation interne de la direction. Sa mission repose notamment sur l’exploitation des statistiques et des données relatives aux marchés, ainsi que sur l’évaluation et le suivi de l’évolution des prix.
La structure est organisée autour de deux services. Le premier est chargé des statistiques et des données, tandis que le second se concentre sur l’évaluation et le contrôle des prix.
Cette organisation doit permettre au ministère de disposer d’une lecture plus précise des évolutions du marché et d’améliorer sa capacité d’anticipation face aux variations de prix ou aux éventuelles tensions sur certains produits.
Il convient toutefois de préciser que cet observatoire ne constitue pas une nouvelle autorité indépendante. Il demeure intégré à la Direction de la concurrence, des prix et de la compensation et relève directement de l’administration du ministère de l’Économie et des Finances. L’arrêté ne lui attribue ni personnalité morale propre ni autonomie institutionnelle.
Les modalités concrètes de diffusion des données, la publication éventuelle de rapports ou encore les procédures précises de contrôle devront être déterminées dans le cadre du fonctionnement de cette nouvelle structure.
Un suivi renforcé de l’approvisionnement
L’autre changement important concerne la sécurité de l’approvisionnement. La nouvelle division du marché national et des réserves de sécurité aura pour mission de renforcer la veille sur les conditions d’approvisionnement et d’assurer la coordination ainsi que le suivi des réserves stratégiques.
Elle comprend deux services : l’un consacré à la surveillance de l’approvisionnement du marché national et l’autre à la coordination et au suivi des réserves de sécurité.
Cette évolution intervient dans un contexte international marqué par plusieurs crises ayant montré la fragilité des chaînes d’approvisionnement. La pandémie de Covid-19, les perturbations liées au conflit en Ukraine et les tensions affectant les marchés des céréales, de l’énergie ou des matières premières ont placé la sécurité des stocks au cœur des politiques économiques.
Pour le Maroc, la question revêt une importance particulière pour plusieurs produits essentiels dont l’approvisionnement dépend en partie des marchés internationaux, notamment les céréales, les huiles alimentaires, le sucre et les produits énergétiques.
La nouvelle division n’a pas pour vocation de gérer directement les stocks. Elle doit plutôt améliorer la remontée d’informations, coordonner le suivi des réserves et fournir au ministère une vision consolidée de la situation du marché intérieur.
Un outil d’aide à la décision économique
Le renforcement de la veille peut également servir à éclairer les décisions publiques concernant les mécanismes de soutien, les droits de douane ou encore les mesures destinées à préserver l’équilibre du marché national.
L’objectif est notamment de disposer d’informations plus régulières sur les disponibilités, les tensions éventuelles sur l’offre et l’évolution des prix. Une meilleure circulation de ces données peut contribuer à accélérer la réaction des pouvoirs publics en cas de perturbation de l’approvisionnement.
La création de l’observatoire intervient par ailleurs dans un environnement institutionnel où plusieurs organismes disposent déjà de compétences liées au fonctionnement des marchés. Le Conseil de la concurrence avait notamment annoncé, en 2022, son intention de mettre en place un observatoire consacré aux prix et à la concentration.
Les deux dispositifs ne répondent toutefois pas au même cadre institutionnel. Celui du Conseil de la concurrence s’inscrit dans les missions d’une autorité indépendante, tandis que le nouvel observatoire du MEF constitue un instrument administratif de suivi, d’analyse et d’évaluation.
La coordination entre ces différentes structures pourrait donc devenir un enjeu important afin d’éviter les chevauchements et de favoriser une meilleure circulation de l’information économique.
Une réorganisation dans la continuité
Le nouvel organigramme maintient les principales divisions historiques de la Direction de la concurrence, des prix et de la compensation.
La division chargée de la réglementation des prix et de la compensation continue notamment de suivre les prix réglementés, la tarification, l’homologation des prix ainsi que les mécanismes liés aux produits subventionnés.
De son côté, la division consacrée à l’organisation de la concurrence conserve ses missions relatives au suivi des pratiques anticoncurrentielles, aux opérations de concentration économique et à la veille concurrentielle. Elle assure également les relations avec les différentes autorités de régulation sectorielles.
Deux services sont par ailleurs directement rattachés au directeur : les affaires générales et l’informatique, désormais organisés séparément.
Cette réorganisation intervient quatre ans après la mise en place de la Direction de la concurrence, des prix et de la compensation dans sa configuration actuelle. Créée dans le cadre de la réorganisation du ministère en 2022, cette direction avait notamment intégré des missions liées au fonctionnement des commissions prévues par la législation marocaine sur la liberté des prix et de la concurrence.
Avec ce nouvel organigramme, le ministère cherche ainsi à renforcer son dispositif d’observation économique. La priorité affichée est double : améliorer la connaissance des prix et des marchés tout en consolidant le suivi de l’approvisionnement et des réserves de sécurité.
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