République tchèque : Andrej Babiš essuie un revers électoral au Sénat
Le parti ANO du Premier ministre tchèque Andrej Babiš n’a remporté aucun des sièges qu’il convoitait lors des élections sénatoriales du 17 octobre. Un résultat qualifié de « catastrophique » par le chef du gouvernement, qui ne devrait toutefois pas remettre en cause la stabilité de sa coalition, alors que l’opposition conserve une position dominante à la chambre haute.
Le scrutin sénatorial constitue un premier test électoral majeur pour le gouvernement d’Andrej Babiš depuis son arrivée au pouvoir l’année précédente. Samedi, les principales formations de l’opposition ont obtenu les meilleurs résultats, tandis que le mouvement ANO, dirigé par le Premier ministre, n’est parvenu à décrocher aucun des sièges pour lesquels il était en compétition.
Le revers est d’autant plus notable que le parti espérait renforcer sa présence au Sénat, une institution composée de 81 membres dont un tiers des sièges était renouvelé à l’occasion de cette élection. À l’issue du vote, Andrej Babiš n’a pas caché sa déception, qualifiant le résultat de « catastrophique ».
L’opposition pro-européenne en position de force
Parmi les formations les plus performantes figure le parti des Maires et indépendants, une force politique pro-européenne qui a remporté dix des quatorze sièges qu’elle disputait, dont deux dès le premier tour. Les Démocrates civiques ont, de leur côté, obtenu sept sièges.
Ces résultats confortent les positions de l’opposition dans une chambre où elle dispose déjà de la majorité. Ils soulignent également les difficultés rencontrées par ANO pour traduire sa présence au pouvoir en gains électoraux dans les scrutins intermédiaires.
La participation est toutefois restée faible lors du second tour organisé vendredi et samedi, après un premier tour tenu le week-end précédent. Le système électoral tchèque prévoit un duel entre les deux candidats arrivés en tête lorsque personne n’obtient plus de 50 % des suffrages au premier tour.
Un Sénat influent, mais aux pouvoirs limités
Malgré la portée politique de ce revers, ses conséquences institutionnelles devraient rester contenues. En République tchèque, la Chambre des députés constitue le principal centre du pouvoir législatif. Elle peut notamment passer outre certains veto du Sénat, ce qui limite la capacité de la chambre haute à bloquer les initiatives gouvernementales.
Le Sénat conserve néanmoins des prérogatives importantes. Il intervient dans l’adoption des révisions constitutionnelles, participe à la confirmation des nominations présidentielles à la Cour constitutionnelle et élit son propre président, une fonction qui occupe le deuxième rang protocolaire de l’État après celle du président de la République.
La nouvelle configuration politique de la chambre haute pourrait ainsi compliquer certaines démarches institutionnelles du gouvernement, sans pour autant menacer directement son maintien au pouvoir.
Une coalition contestée sur ses choix politiques
Depuis son retour aux responsabilités, Andrej Babiš conduit une coalition eurosceptique comprenant des formations de droite et d’extrême droite. Son gouvernement a notamment mis fin au soutien militaire direct de l’État ukrainien et contesté plusieurs orientations climatiques de l’Union européenne.
Sur le plan économique, l’exécutif a également assoupli sa politique budgétaire afin de soutenir les salaires, les pensions et les investissements dans les transports. Ces choix suscitent des critiques dans un pays traditionnellement attaché à la discipline des finances publiques.
Le résultat des élections sénatoriales intervient après les élections municipales du week-end précédent. Le mouvement ANO y avait remporté six des treize capitales régionales du pays, contre huit quatre ans auparavant.
Malgré ces résultats moins favorables, la formation d’Andrej Babiš demeure en tête des intentions de vote au niveau national, selon les sondages cités par Reuters. Le scrutin sénatorial apparaît donc davantage comme un avertissement politique que comme un bouleversement immédiat des rapports de force nationaux.
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