Réseaux sociaux au Maroc : les algorithmes redessinent la visibilité politique
Au Maroc, les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans la circulation des discours politiques. Une nouvelle étude de la HACA montre que la popularité numérique ne dépend pas uniquement du nombre d’abonnés : engagement, formats et algorithmes jouent un rôle déterminant dans la visibilité des formations politiques, tout en faisant émerger de nouveaux risques de manipulation et de désinformation.
Une vidéo qui devient virale, une publication massivement commentée ou une simple interaction peuvent désormais contribuer à modifier la visibilité d’un discours politique. Au Maroc, où l’usage des réseaux sociaux s’est largement généralisé, les plateformes numériques sont devenues un espace incontournable pour les partis souhaitant toucher l’opinion publique.
Cette évolution est analysée par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) dans une étude publiée le 5 octobre 2026, intitulée « Les réseaux sociaux et la communication politique : entre opportunité d’influence et risques de désinformation ».
Une société marocaine massivement connectée
Les chiffres présentés par l’étude témoignent de l’importance prise par les plateformes sociales dans les habitudes numériques des Marocains. En 2024, près de 99 % des Marocains utilisent les réseaux sociaux, tandis que 92 % des internautes déclarent s’y connecter quotidiennement.
Le smartphone occupe une place centrale dans ces usages. Quelque 94 % des internautes marocains accèdent aux réseaux sociaux depuis leur téléphone, alors qu’un utilisateur sur deux consulterait son appareil toutes les demi-heures.
Une telle intensité d’utilisation transforme nécessairement les réseaux sociaux en espace majeur de diffusion des informations, mais aussi des opinions et des messages politiques.
La HACA souligne ainsi le caractère ambivalent de ces plateformes. Elles peuvent favoriser l’expression, la mobilisation et la solidarité, tout en constituant des espaces particulièrement exposés aux mécanismes de manipulation et à la désinformation.
Le nombre d’abonnés ne fait pas tout
Cette nouvelle réalité se reflète dans la présence numérique des partis politiques marocains. Facebook reste l’une des principales plateformes utilisées par les formations politiques, avec des communautés importantes pour plusieurs partis.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) compte ainsi environ 1,4 million d’abonnés, contre 1,2 million pour le Parti de la justice et du développement (PJD).
Mais ces chiffres ne suffisent pas à mesurer l’influence réelle d’un compte. L’étude met en évidence un décalage entre la taille d’une communauté et sa capacité à interagir avec les contenus publiés.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal (PI) affichent notamment des taux d’engagement nettement plus élevés, respectivement de 69,52 % et 62,40 %. Autrement dit, une audience moins importante peut parfois générer davantage d’interactions et de visibilité qu’une communauté plus large.
TikTok change les règles du jeu
La dynamique apparaît encore plus clairement sur TikTok, plateforme particulièrement prisée par les jeunes. Le réseau est devenu un nouvel espace stratégique pour les formations politiques qui cherchent à toucher une audience différente et à adapter leur communication aux codes de la vidéo courte.
Dans l’échantillon étudié par la HACA, le PAM se distingue avec plus de 1,9 million de vues générées par seulement 52 vidéos. Avec un taux d’engagement de 2,65 %, le parti représente près de 80 % des vues cumulées des six comptes analysés.
À l’inverse, le RNI a publié 686 vidéos, soit un volume de contenu largement supérieur, mais affiche un taux d’engagement de 1,07 %. Ses vidéos ont généré un peu plus de 100.000 vues.
Le PPS arrive ensuite avec 241.042 vues, suivi du FGD avec 103.253 vues et du RNI avec 101.910 vues dans le détail des comptes analysés.
Quand l’algorithme devient un acteur de la communication politique
Ces écarts illustrent une transformation profonde de la communication politique. Sur les réseaux sociaux, la visibilité d’un parti ne dépend plus seulement de sa capacité à produire du contenu ou à rassembler des abonnés.
Les mécanismes de recommandation des plateformes favorisent certains contenus en fonction des interactions qu’ils suscitent, de leur format et des comportements des utilisateurs. La capacité à générer rapidement des réactions peut ainsi devenir aussi importante que la taille de la communauté.
Cette logique ouvre de nouvelles possibilités aux partis politiques, notamment pour toucher les jeunes générations. Mais elle soulève également des interrogations sur la circulation de contenus trompeurs, la polarisation des débats et la capacité des utilisateurs à distinguer information, opinion et manipulation.
Un nouvel enjeu pour le débat public
La progression des réseaux sociaux dans la vie quotidienne des Marocains oblige donc les acteurs politiques à repenser leurs stratégies de communication. La bataille de la visibilité se joue désormais autant sur les plateformes numériques que dans les espaces politiques traditionnels.
L’étude de la HACA met surtout en évidence la nécessité d’accompagner cette transformation par une meilleure compréhension des mécanismes numériques. Alors que les algorithmes déterminent en partie les contenus auxquels les utilisateurs sont exposés, la question de la qualité de l’information et de la résilience face à la désinformation devient centrale.
Au Maroc, les réseaux sociaux ne constituent ainsi plus seulement un outil de communication pour les partis. Ils sont devenus un véritable terrain de confrontation des discours, où l’engagement, la viralité et les algorithmes peuvent contribuer à redessiner la visibilité politique.
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