Russie : pénuries de carburant et baisse du pétrole fragilisent le secteur énergétique
La crise énergétique ne se limite plus aux statistiques pétrolières en Russie. Depuis plusieurs semaines, les difficultés d'approvisionnement en carburant commencent à se faire sentir dans le quotidien des automobilistes, avec des files d'attente devant certaines stations-service et des mesures de restriction adoptées dans plusieurs régions.
La situation intervient alors que les infrastructures pétrolières russes sont régulièrement visées par des frappes de drones ukrainiens. Plusieurs raffineries ont réduit leur activité ou interrompu temporairement leur production après des attaques. À cela s'ajoutent les effets des sanctions occidentales et les difficultés croissantes du secteur énergétique russe.
Les raffineries sous pression
Les attaques contre les installations pétrolières se sont multipliées au cours du mois de septembre. La raffinerie de Moscou, exploitée par Gazprom Neft, a notamment interrompu le traitement du pétrole après une attaque de drones le 20 septembre. Selon des sources industrielles citées par Reuters, les deux principales unités de distillation avaient été touchées par des incendies et leur remise en fonctionnement pouvait prendre plusieurs semaines.
Quelques jours plus tard, la raffinerie de Perm, l'une des principales installations russes, a également cessé ses opérations après une attaque ayant endommagé plusieurs infrastructures du site. L'installation avait traité environ 12,6 millions de tonnes de pétrole en 2024.
D'autres sites ont connu des interruptions similaires. À Syzran et Saratov, des raffineries appartenant à Rosneft ont suspendu une partie de leurs activités après des attaques de drones ayant endommagé des unités de production.
Cette succession d'incidents pèse directement sur la disponibilité des carburants destinés au marché intérieur.
Des files d'attente et des restrictions dans plusieurs régions
La baisse de la production de carburants raffinés a entraîné des tensions sur le marché russe. Plusieurs régions ont été confrontées à des difficultés d'approvisionnement en essence, poussant les autorités à prendre des mesures destinées à préserver les stocks disponibles.
Moscou a notamment renforcé les restrictions sur les exportations de produits pétroliers afin de donner la priorité au marché intérieur. Le gouvernement a également prolongé jusqu'à la fin octobre l'interdiction d'exporter du diesel, une mesure destinée à limiter les tensions sur l'approvisionnement national.
La situation est suffisamment sensible pour que le gouvernement russe cherche à réduire la visibilité sur les données du secteur. Un décret signé le 28 septembre par Vladimir Poutine restreint désormais l'accès à plusieurs informations concernant les volumes traités par les raffineries, la production de produits pétroliers et les exportations énergétiques.
Une production pétrolière au plus bas depuis plusieurs années
Les difficultés ne concernent pas uniquement le raffinage. La production de pétrole brut russe devrait également reculer en 2026.
Selon des données citées par le Centre for Eastern Studies, les autorités russes envisagent une prévision annuelle d'environ 494 millions de tonnes, soit une baisse par rapport aux estimations précédentes. Ce niveau serait le plus faible depuis 2009. La production russe était déjà tombée à environ 8,8 millions de barils par jour en juillet, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie.
Cette évolution intervient alors que les attaques contre les raffineries réduisent les capacités de transformation du brut. Une partie du pétrole ne peut donc plus être transformée dans les mêmes proportions en essence, diesel ou autres produits raffinés.
Le pétrole reste essentiel aux finances russes
La fragilisation du secteur énergétique intervient dans un contexte budgétaire particulièrement contraint. Les hydrocarbures restent une source importante de revenus pour l'État russe, alors que les dépenses militaires continuent de peser fortement sur les finances publiques.
Le gouvernement prévoit pour 2026 un déficit budgétaire pouvant atteindre 3 % du produit intérieur brut, contre un objectif initial de 1,6 %. Moscou compte notamment sur davantage d'emprunts et sur des mesures fiscales pour financer ses dépenses.
Le gouvernement russe prépare par ailleurs de nouvelles hausses d'impôts pour les années 2027 à 2029, destinées notamment à soutenir les dépenses militaires. Cette stratégie intervient alors que la croissance économique ralentit et que les investissements sont attendus en baisse en 2026.
Une pression croissante sur le marché intérieur
Pour tenter de préserver l'approvisionnement national, Moscou utilise désormais plusieurs leviers : restrictions sur les exportations, intervention sur le marché intérieur et mesures destinées à protéger les infrastructures énergétiques.
Les frappes ukrainiennes compliquent cependant cette stratégie. Reuters estimait mi-septembre que la moitié des six principales raffineries russes spécialisées dans la production de diesel avaient réduit fortement leur activité ou cessé temporairement leur production en raison des dommages causés par les attaques.
La Russie doit donc gérer simultanément la sécurité de ses infrastructures, la disponibilité des carburants et la préservation de ses recettes énergétiques.
Une crise qui dépasse les stations-service
La situation du carburant constitue finalement le symptôme le plus visible d'une pression plus large exercée sur le secteur pétrolier russe. Les attaques contre les raffineries réduisent les capacités de production de carburants, tandis que les restrictions à l'exportation cherchent à éviter que les tensions ne s'aggravent sur le marché intérieur.
Pour Moscou, l'enjeu dépasse donc le prix payé par les automobilistes. Il concerne également la capacité du pays à maintenir ses exportations énergétiques, à financer ses dépenses publiques et militaires et à assurer l'approvisionnement de son économie.
Alors que plusieurs installations restent vulnérables aux attaques, le secteur pétrolier russe entre ainsi dans une période où chaque interruption de raffinerie peut avoir des répercussions bien au-delà de la région directement touchée.
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