Sahara marocain : les principales nouveautés du projet américain au Conseil de sécurité
Le dossier du Sahara marocain entre dans une nouvelle phase diplomatique à l’approche du renouvellement du mandat de la Minurso. Le projet préliminaire de résolution élaboré par les États-Unis propose de faire du plan d’autonomie marocain sous souveraineté marocaine le cadre exclusif des négociations et prévoit une transformation profonde de la mission onusienne à partir de 2027. Cette orientation, qui va plus loin que la résolution 2797 adoptée en 2025, suscite une opposition du Front Polisario et ouvre une nouvelle séquence de discussions au Conseil de sécurité des Nations unies.
Washington propose de revoir le mandat de la Minurso
Le projet américain, daté du 20 octobre 2026 et diffusé auprès des membres du Conseil de sécurité, prévoit de mettre fin au mandat de maintien de la paix de la Minurso le 30 avril 2027. À compter du 1er mai suivant, la mission serait maintenue sous la forme d’une mission politique spéciale jusqu’au 31 octobre 2027.
Le texte prévoit également de rebaptiser la mission « Mission des Nations unies pour le Sahara occidental », sous l’acronyme Minuso, en supprimant la référence au référendum présente dans son appellation actuelle.
La transformation institutionnelle envisagée s’accompagnerait d’une réduction progressive des effectifs militaires. Le projet demande une diminution d’au moins 50 % de la composante militaire autorisée d’ici au 31 janvier 2027, ainsi que la fermeture ou le regroupement de plusieurs positions sur le terrain.
Le secrétaire général des Nations unies devrait par ailleurs présenter, au plus tard le 15 décembre 2026, des propositions détaillées concernant le mandat, la structure, les effectifs et les ressources de la future mission politique.
Ces dispositions traduiraient une réorientation du rôle de la présence onusienne, avec une place accrue accordée à l’accompagnement du processus politique. Elles restent néanmoins soumises aux négociations entre les membres du Conseil de sécurité et ne constituent pas, à ce stade, des décisions définitivement adoptées.
Le plan d’autonomie marocain devient la référence exclusive du projet
Le changement le plus significatif concerne le cadre politique proposé pour parvenir à un règlement du conflit. Le texte américain présente l’autonomie sous souveraineté marocaine comme la seule solution réalisable et propose d’en faire l’unique base des négociations.
Cette formulation marque une évolution par rapport à la résolution 2797 de 2025. Celle-ci avait retenu la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations, sans lui accorder la même formulation exclusive que celle figurant dans le nouveau projet.
Le document de Washington souligne également l’élargissement et l’actualisation de la proposition marocaine, présentée comme la référence des discussions engagées entre les parties.
Il prévoit que les consultations conduites par l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, puissent associer un éventail plus large de composantes et d’interlocuteurs sahraouis, y compris des acteurs situés en dehors des parties directement engagées dans les négociations, dans le territoire, les camps de réfugiés et la diaspora.
Le texte mentionne par ailleurs les efforts de Staffan de Mistura et des États-Unis pour faciliter trois cycles de négociations directes organisés à Washington et à Madrid entre le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie.
Cette approche vise à élargir les consultations tout en conservant le plan d’autonomie marocain comme référence centrale du processus politique.
Des différences importantes avec la résolution 2797 de 2025
La comparaison entre le projet américain et la résolution adoptée en 2025 fait ressortir plusieurs évolutions.
La première concerne la formulation relative à l’autonomie : le nouveau texte ne la présente plus simplement comme une base de négociation, mais comme le seul cadre proposé pour parvenir à un règlement.
La deuxième porte sur la place accordée à la souveraineté marocaine. Le projet fait explicitement référence à la reconnaissance de cette souveraineté par un nombre croissant d’États membres, alors que la résolution précédente mettait notamment en avant le soutien international à la proposition d’autonomie.
La troisième évolution concerne la Minurso. Le projet prévoit la fin de son mandat de maintien de la paix et son remplacement temporaire par une mission politique spéciale. Il propose également une réorganisation de ses effectifs et de ses implantations.
Le texte envisage en outre que le Conseil de sécurité puisse considérer des mesures supplémentaires si les parties ne s’engagent pas de manière constructive dans le processus politique.
Enfin, il demande au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés de mener à bien l’enregistrement de la population réfugiée des camps de Tindouf dans un délai de six mois, sans ingérence et avec un accès sans entrave.
L’ensemble de ces dispositions montre que le projet ne se limite pas au renouvellement technique d’un mandat. Il cherche également à redéfinir les paramètres politiques et opérationnels de la gestion du dossier.
Le Front Polisario rejette le texte et menace de se retirer
Le Front Polisario a fermement contesté le projet américain dans une lettre adressée à la présidente en exercice du Conseil de sécurité, l’ambassadrice grecque Aglaia Balta.
Le mouvement indépendantiste considère que le texte reflète de manière unilatérale les positions des États-Unis et du Maroc. Il estime que faire du plan d’autonomie marocain l’unique référence des négociations revient à prédéterminer les conditions du règlement et remet en cause le cadre juridique qu’il défend pour le Sahara occidental.
Le Polisario s’oppose également à la transformation de la Minurso et réclame le maintien de son mandat actuel. Il a averti qu’il pourrait se désengager de l’ensemble du processus de paix si le projet était adopté sans modifications substantielles.
Cette réaction place la poursuite des négociations au centre des incertitudes entourant le texte. Un retrait effectif compliquerait la recherche d’un accord politique et soulèverait des questions sur la capacité des Nations unies à maintenir un cadre de dialogue entre les parties.
Le projet américain prévoit toutefois de poursuivre les efforts diplomatiques sous l’égide du secrétaire général et de son envoyé personnel, avec le soutien des États-Unis. Son adoption définitive dépendra des discussions entre les membres du Conseil de sécurité.
Le Conseil de sécurité face à un nouvel arbitrage diplomatique
La rédaction du projet par Washington s’inscrit dans une pratique habituelle du Conseil de sécurité : les États chargés de préparer les textes sur un dossier proposent une première formulation qui fait ensuite l’objet de consultations et de négociations.
Le projet préliminaire ne constitue donc pas, à lui seul, la position collective du Conseil. Des modifications peuvent encore intervenir avant le vote.
Pour Brahim Belali Asouih, analyste politique et membre du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas), cette démarche traduit une évolution de l’approche américaine et une volonté de recentrer les négociations sur l’autonomie sous souveraineté marocaine.
Dans une déclaration rapportée par Hespress, il estime que Washington cherche également à conserver une marge de manœuvre diplomatique afin de parvenir à un compromis entre les membres du Conseil, notamment face aux réserves susceptibles d’être exprimées par certains d’entre eux.
L’analyste considère que la portée du projet doit être évaluée à partir de ses dispositions et de leurs conséquences pour le processus politique, plutôt qu’à travers la seule identité de son rédacteur.
Un éventuel retrait pourrait remettre en question le dispositif onusien
Abdelfettah Belamchi, président du Centre marocain de diplomatie parallèle et de dialogue des civilisations, estime pour sa part que la menace de retrait du Front Polisario soulève des interrogations sur l’avenir du processus conduit par les Nations unies.
Il souligne notamment les questions juridiques liées au recours aux mécanismes onusiens et aux principes du règlement pacifique des différends. L’article 35 de la Charte des Nations unies encadre la possibilité pour les États, y compris ceux qui ne sont pas membres de l’Organisation, d’attirer l’attention du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale sur un différend, sous certaines conditions.
L’application de cette disposition au statut et à la situation du Front Polisario ne peut toutefois être déduite automatiquement de la seule menace de retrait. Elle doit être distinguée des obligations plus générales relatives au règlement pacifique des différends et au respect des engagements liés au cessez-le-feu.
Pour Abdelfettah Belamchi, un retrait effectif pourrait conduire à réexaminer le fonctionnement du dispositif onusien et son adéquation aux évolutions diplomatiques récentes. Une telle éventualité relancerait également le débat sur les moyens de maintenir un cadre de négociation et d’éviter une nouvelle impasse.
Le contenu final de la résolution reste déterminant
Le projet américain intervient alors que le mandat actuel de la Minurso arrive à échéance le 31 octobre 2026. Les discussions au Conseil de sécurité doivent permettre de déterminer les dispositions qui seront conservées, modifiées ou abandonnées avant l’adoption du texte final.
L’enjeu dépasse le seul avenir de la mission onusienne. Il concerne également le cadre politique retenu pour les négociations, la place du plan d’autonomie marocain et la capacité des parties à poursuivre le dialogue.
Si les dispositions du projet étaient maintenues, elles marqueraient une évolution importante de l’approche du Conseil de sécurité, tant dans la définition du cadre de règlement que dans l’organisation de la présence des Nations unies.
L’issue dépendra toutefois des consultations diplomatiques et du vote final. D’ici là, le projet américain constitue une proposition de réorientation du processus, dont la portée réelle ne pourra être appréciée qu’à la lumière de la résolution effectivement adoptée.
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