Sardines marocaines : Bruxelles alerte sur une dépendance croissante de l’industrie européenne
À l’approche de la reprise des discussions entre Rabat et Bruxelles sur les accords de pêche, une nouvelle étude européenne met en lumière l’ampleur de la dépendance de l’Union européenne vis-à-vis du Maroc pour son approvisionnement en sardines, en particulier sous forme de conserves. Le royaume s’impose aujourd’hui comme un acteur central de la filière, concentrant l’essentiel de la ressource pélagique destinée aux usines européennes.
Selon un rapport transmis au Parlement européen par le département des politiques de cohésion, d’agriculture et de pêche (CASP), le Maroc est désormais le premier fournisseur extra-communautaire de produits issus de la pêche de capture et le leader mondial des exportations de sardines en conserve. Cette position repose sur une combinaison de facteurs économiques structurels qui permettent aux opérateurs marocains de proposer des volumes importants à des prix nettement plus compétitifs que ceux pratiqués au sein de l’Union.
L’étude souligne notamment l’avantage énergétique du Maroc. Le coût du carburant maritime y demeure sensiblement inférieur à celui observé dans les principaux pays pêcheurs européens. À terre, le prix moyen de l’électricité, avoisinant 0,09 euro par kilowattheure, réduit significativement les charges des unités de transformation. Cette configuration se traduit par une baisse notable des coûts de production dans les conserveries marocaines.
À ces éléments s’ajoute un différentiel salarial marqué. Les rémunérations dans les secteurs de la pêche et de la transformation restent largement inférieures aux standards européens, ce qui pèse directement sur le prix de revient final des conserves. Le rapport met également en avant le coût plus favorable de certains intrants industriels, comme l’aluminium utilisé pour les boîtes métalliques, renforçant encore la compétitivité de la filière marocaine.
Cette structure de coûts a profondément remodelé la chaîne de valeur. De nombreuses entreprises européennes dépendent désormais des approvisionnements marocains pour maintenir leur activité. D’après des estimations relayées dans le document, près de deux boîtes de sardines sur trois consommées dans l’Union seraient aujourd’hui produites au Maroc, illustrant une interdépendance devenue structurelle.
Une pression accrue sur les stocks et des fragilités environnementales
Le rapport met en parallèle cette domination commerciale avec des volumes de capture sans équivalent en Europe. Les prises de sardines déclarées par le Maroc ont frôlé le million de tonnes en 2022, très loin devant les captures cumulées de l’ensemble des États membres. Cette asymétrie traduit, selon les auteurs, une pression élevée sur les stocks de l’Atlantique oriental.
Les signaux de fragilisation se multiplient. Les années récentes ont été marquées par des tensions d’approvisionnement au Maroc, attribuées à la fois à la surexploitation de la ressource et aux effets du changement climatique. Ces perturbations ont eu des répercussions directes sur les industries locales, mais aussi sur les conserveries européennes étroitement liées à ces flux.
Une attention particulière est portée aux zones atlantiques méridionales. L’étude indique qu’environ 73 % des captures sardinières marocaines proviennent des eaux adjacentes au Sahara, considérées comme parmi les plus productives de la région. Toutefois, ces espaces seraient confrontés à un contrôle insuffisant des activités de pêche, favorisant certaines pratiques illégales menées par des flottes étrangères.
Dans ce contexte, Bruxelles se trouve face à un dilemme stratégique. Une part significative de l’approvisionnement européen repose sur des ressources dont la durabilité n’est pas pleinement assurée, alors même que la demande en produits de la mer transformés progresse, portée par l’évolution du coût de la vie et la recherche d’alternatives alimentaires abordables.
Le rapport élargit enfin la perspective à d’autres pays fournisseurs. La Turquie s’est imposée comme un acteur majeur sur les marchés de la dorade et du bar, tandis que le Chili figure parmi les leaders mondiaux de la production de moules. Autant d’indicateurs qui confirment l’exposition croissante des filières halieutiques européennes à des partenaires extérieurs bénéficiant de conditions économiques et environnementales très différentes.
À la veille de nouvelles négociations, ces constats rappellent l’urgence d’un dialogue équilibré entre l’Union européenne et le Maroc, conciliant impératifs économiques, sécurité d’approvisionnement et préservation durable des ressources marines.
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