Sécheresse au Maroc : Nizar Baraka tire la sonnette d’alarme sur l’avenir agricole
Le Maroc est appelé à repenser en profondeur sa politique hydrique et agricole afin de préserver sa sécurité alimentaire face à la raréfaction des ressources en eau. C’est l’avertissement lancé par le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, lors d’une rencontre organisée par Alliance des ingénieurs istiqlaliens.
Selon le ministre, les transformations climatiques en cours imposent au Royaume de gérer simultanément deux réalités contradictoires : une pénurie d’eau persistante et des épisodes de pluies parfois violents. Cette alternance entre sécheresses prolongées et précipitations extrêmes constitue désormais une nouvelle équation climatique pour Maroc.
Sept années consécutives de stress hydrique
Les chiffres présentés illustrent l’ampleur de la pression qui pèse sur les ressources hydriques nationales. Entre 2018 et 2025, les apports en eau n’ont pas dépassé 3,87 milliards de mètres cubes par an, soit le niveau le plus faible enregistré depuis 1945.
Durant cette période, le pays a connu sept années consécutives de déficit hydrique, avec des baisses variant entre 54 % et 85 % selon les années. Cette situation a eu des répercussions directes sur l’agriculture, secteur particulièrement dépendant de l’irrigation.
Parmi les conséquences les plus visibles figure la disparition d’environ 40 000 hectares de plantations d’agrumes en cinq ans, révélant la fragilité de certaines filières agricoles face au manque d’eau.
Une pression croissante sur les nappes souterraines
La surexploitation des nappes phréatiques constitue un autre sujet d’inquiétude. Les prélèvements annuels atteignent aujourd’hui 5,4 milliards de mètres cubes, alors que la capacité d’exploitation durable est estimée à seulement 2,2 milliards de mètres cubes.
Autrement dit, les ressources souterraines sont exploitées à plus du double de leur capacité naturelle de renouvellement. Dans certaines régions agricoles comme Souss, le niveau des nappes phréatiques a chuté de 7 à 34 mètres entre 2012 et 2023.
L’eau, pilier de la souveraineté alimentaire
Pour le ministre, la question de la souveraineté alimentaire est désormais indissociable de celle de la gestion de l’eau. Aujourd’hui, près de 75 % des ressources hydriques mobilisées au Maroc sont destinées à l’agriculture irriguée.
La disponibilité de l’eau influence donc directement la production nationale de produits essentiels tels que les céréales, les légumineuses ou les agrumes. Dans ce contexte, les autorités plaident pour une adaptation progressive du modèle agricole aux nouvelles contraintes hydriques.
Parmi les mesures envisagées figurent :
- la généralisation de l’irrigation localisée
- l’amélioration du rendement des réseaux d’eau potable jusqu’à 85 %
- l’extension de la réutilisation des eaux usées pour atteindre 100 millions de m³ d’ici 2027
- le développement de variétés agricoles plus résistantes à la sécheresse
Des infrastructures hydrauliques en expansion
Malgré les défis climatiques, le Maroc poursuit le renforcement de ses infrastructures hydrauliques. Le pays dispose aujourd’hui de :
- 156 grands barrages
- 150 barrages moyens et petits
- 17 stations de dessalement d’eau de mer
- 18 projets de transfert d’eau entre bassins hydrauliques
La capacité annuelle de dessalement a atteint environ 350 millions de mètres cubes en 2025, tandis que la réutilisation des eaux usées représente désormais près de 52 millions de mètres cubes.
Vers une souveraineté alimentaire flexible
Face aux mutations climatiques, Nizar Baraka estime que l’objectif du Maroc ne doit plus être une autosuffisance alimentaire totale.
Il plaide plutôt pour une souveraineté alimentaire « flexible », fondée sur trois axes principaux :
- une production nationale stratégique pour les produits essentiels
- une production mixte combinant transformation locale et importations encadrées
- une ouverture maîtrisée aux marchés internationaux pour les produits non vitaux
Dans un contexte marqué par l’accélération du changement climatique, la gestion durable de l’eau apparaît désormais comme un enjeu central pour la résilience économique et alimentaire du Royaume.
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