Shein, Temu, AliExpress : le textile européen réclame 10 euros de frais sur chaque petit colis
Le commerce en ligne venu d’Asie fait face à une nouvelle offensive des industriels européens. Les principales fédérations du textile sur le continent demandent à Bruxelles de fixer à 10 euros par petit colis les frais de traitement envisagés pour les marchandises importées, principalement depuis la Chine.
La proposition intervient alors que l’Union européenne cherche à réduire l’essor spectaculaire des envois de faible valeur et à rééquilibrer les conditions de concurrence entre les plateformes numériques asiatiques et les acteurs européens.
Le textile européen veut aller plus loin
Réunis à l’occasion du salon professionnel Première Vision, les représentants de l’industrie textile européenne ont appelé la Commission européenne à retenir un montant nettement supérieur à celui actuellement envisagé.
Les institutions européennes prévoient en effet la mise en place, à partir de novembre, de frais de traitement supplémentaires pour les petits colis. Leur montant n’est pas encore définitivement arrêté et pourrait, selon les éléments disponibles, se situer autour de 2 euros par colis.
La demande des fédérations textiles représente donc une proposition beaucoup plus ambitieuse.
Des volumes d’importation devenus considérables
La multiplication des commandes en ligne a profondément modifié le paysage du commerce européen. En 2025, près de 5,9 milliards de petits colis sont entrés sur le marché de l’Union européenne.
La Chine représentait à elle seule 93 % de ces envois, soit un volume considérable de marchandises expédiées directement aux consommateurs européens.
Le rythme est également spectaculaire : plus de 180 petits colis par seconde auraient ainsi pénétré sur le marché européen en 2025, un volume quatre fois supérieur à celui observé en 2022.
Pour les professionnels du textile, cette progression alimente une concurrence qu’ils jugent difficile à soutenir dans les mêmes conditions.
Shein, Temu et AliExpress dans le viseur
Les plateformes telles que Shein, Temu et AliExpress se sont imposées auprès des consommateurs européens grâce à une offre extrêmement large et à des prix particulièrement bas.
Leur modèle, largement fondé sur l’expédition directe de produits depuis l’Asie, est toutefois de plus en plus contesté par les acteurs traditionnels.
Les fédérations européennes dénoncent notamment les conséquences environnementales liées à la multiplication des petits envois, mais aussi ce qu’elles considèrent comme des conditions de concurrence déséquilibrées.
L’objectif des mesures européennes est donc double : encadrer davantage ces flux et faire supporter une partie des coûts liés à leur traitement aux opérateurs concernés.
Une première taxe déjà appliquée
L’Union européenne a déjà franchi une première étape. Depuis le 1er juillet 2026, les petits colis importés sont soumis à une taxe de 3 euros par catégorie de produits.
Cette mesure aurait déjà eu un effet significatif sur les volumes d’importation. Selon les chiffres communiqués la semaine précédente par le ministère français de l’Économie, les arrivées de petits colis sur le marché européen auraient diminué de 30 à 40 %.
L’évolution montre que les nouvelles règles commencent à modifier le fonctionnement du marché, même si leur impact à long terme reste encore difficile à mesurer.
Une bataille qui dépasse le secteur de la mode
Derrière la demande de 10 euros formulée par les industriels du textile se joue une question plus large : celle de l’avenir du modèle économique des plateformes de commerce électronique à bas prix en Europe.
Une hausse importante des frais pourrait rendre certaines commandes moins attractives pour les consommateurs et modifier les stratégies logistiques des plateformes asiatiques. Elle pourrait également favoriser les entreprises européennes qui supportent déjà des obligations réglementaires, fiscales et environnementales différentes.
La Commission européenne devra désormais arbitrer entre la volonté de mieux contrôler les flux de marchandises, la protection du marché intérieur et les conséquences potentielles de nouvelles charges sur les consommateurs.
Avec des milliards de colis concernés chaque année, le débat autour des petits paquets est devenu un enjeu majeur du commerce européen.
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