SIEL 2026 : Mohamed Achaâri met en garde contre les fractures invisibles de la modernisation urbaine
À l’occasion du Salon international de l’édition et du livre 2026, l’écrivain marocain Mohamed Achaâri a proposé une réflexion profonde sur les mutations urbaines en cours à Rabat. Dans une intervention marquée par la lucidité et l’émotion, il a souligné que ces transformations ne se limitent pas à des projets d’aménagement, mais touchent directement à la mémoire et à l’identité des habitants.
Selon lui, les dynamiques urbaines actuelles s’accompagnent d’une forme de rupture souvent sous-estimée. La disparition progressive de certains quartiers anciens, au profit de projets immobiliers d’envergure, entraîne bien plus que des changements de paysage. Elle provoque une perte de repères pour les populations concernées, dont les histoires personnelles sont intimement liées à ces espaces.
L’exemple du quartier de l’Océan illustre cette réalité. Une partie importante de cette zone a été rasée dans le cadre de projets présentés comme structurants pour la ville. Toutefois, derrière ces opérations, ce sont des vies entières qui se trouvent bouleversées. Les souvenirs, les relations de voisinage et les moments fondateurs d’une existence disparaissent avec les lieux.
Mohamed Achaâri a également insisté sur la nécessité de porter un regard plus nuancé sur les quartiers populaires. Souvent réduits à leurs difficultés socio-économiques, ils constituent pourtant des espaces riches en humanité. On y trouve des formes de solidarité, des récits de vie et des expériences collectives qui participent pleinement à l’identité urbaine.
Dans cette perspective, il critique une approche de l’urbanisme qu’il considère trop centrée sur les aspects techniques et économiques. Cette vision tend à négliger ce qu’il qualifie de « perte poétique », c’est-à-dire l’effacement progressif des dimensions sensibles et symboliques de la ville.
Enfin, l’écrivain a attiré l’attention sur la manière dont ces transformations sont intégrées dans le récit collectif. Il observe que les discours officiels valorisent souvent les projets urbains comme des signes de modernité, sans toujours reconnaître les sacrifices humains qu’ils impliquent. Cette forme d’amnésie, selon lui, mérite d’être interrogée afin de construire une mémoire plus juste et plus inclusive.
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