Suède : le gouvernement propose de l’argent aux immigrés pour quitter le pays
Pendant des décennies, la Suède a été associée à une politique d’accueil relativement généreuse envers les réfugiés. À quelques jours des élections législatives, le pays affiche désormais une tout autre ligne. Le gouvernement suédois propose notamment des aides financières aux immigrés qui acceptent de quitter volontairement le territoire, une mesure qui symbolise le profond changement de cap opéré par Stockholm.
De pays d’accueil à modèle de fermeté
Le contraste avec la situation observée il y a une dizaine d’années est particulièrement marqué. En 2015, au plus fort de la crise migratoire européenne, la Suède avait accueilli environ 163 000 demandeurs d’asile, soit l’un des taux les plus élevés d’Europe rapporté à la population.
Depuis, la politique migratoire s’est considérablement durcie. En 2025, le nombre de demandeurs d’asile avait diminué de 96 % par rapport au niveau enregistré dix ans plus tôt.
Cette évolution ne relève pas uniquement d’un changement administratif. Elle traduit une transformation profonde du débat politique suédois, dans lequel la question migratoire occupe désormais une place centrale.
Une politique soutenue par la droite
Le gouvernement de droite cherche aujourd’hui à encourager certains immigrés à retourner dans leur pays d’origine en leur proposant une compensation financière.
Cette politique s'inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire l’immigration et à renforcer les dispositifs favorisant les départs volontaires. Elle intervient alors que les Sweden Democrats, formation nationaliste et anti-immigration devenue incontournable dans le paysage politique suédois, ont contribué à déplacer le débat national vers des positions beaucoup plus restrictives.
La question migratoire est ainsi devenue un enjeu électoral majeur à l’approche du scrutin du 13 septembre.
Une mesure qui séduit peu pour l’instant
Malgré les ambitions affichées par le gouvernement, le dispositif rencontre jusqu’ici un intérêt limité parmi les personnes auxquelles il s’adresse.
Pour de nombreux immigrés installés depuis plusieurs années en Suède, le départ représente une décision lourde, qui ne dépend pas uniquement d’une incitation financière. Les attaches familiales, professionnelles et sociales construites dans le pays peuvent peser davantage que le montant proposé.
Le cas d’Elena Ibrahim illustre cette réalité. Cette immigrée ayant fui le Soudan il y a huit ans vit aujourd’hui à Stockholm, dans un pays où elle a progressivement reconstruit sa vie.
Une stratégie électorale assumée
À quelques jours du scrutin, le durcissement migratoire constitue aussi un choix politique. La droite au pouvoir entend démontrer sa capacité à répondre à une préoccupation devenue importante pour une partie de l’électorat.
Le contexte européen renforce cette orientation. Plusieurs gouvernements cherchent désormais à limiter les arrivées, à accélérer les procédures et à favoriser les retours. La Suède, longtemps considérée comme l’un des pays européens les plus ouverts aux réfugiés, apparaît ainsi comme l’un des exemples les plus spectaculaires de ce changement d’époque.
Les sondages annoncent par ailleurs une compétition électorale serrée. Dans ce contexte, la politique migratoire pourrait jouer un rôle déterminant dans la mobilisation des électeurs et dans les négociations politiques qui suivront le scrutin.
Le spectaculaire retournement d’un modèle
Le changement de politique suédois dépasse donc la seule question des aides au retour. Il marque la remise en cause d’un modèle migratoire qui avait longtemps contribué à définir l’image internationale du pays.
En dix ans, la Suède est passée d’une politique d’accueil particulièrement ambitieuse à une stratégie beaucoup plus restrictive. Reste à savoir si les mesures financières destinées à encourager les départs permettront d’obtenir les résultats recherchés ou si elles resteront avant tout un symbole du nouveau virage migratoire du pays.
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