Syrie : la flambée des carburants provoque de nouvelles manifestations contre le gouvernement
La contestation sociale gagne du terrain en Syrie. Des rassemblements ont de nouveau eu lieu lundi dans plusieurs régions du pays, pour la deuxième journée consécutive, après une forte hausse des prix des carburants annoncée par les autorités. Cette mobilisation intervient dans un contexte économique particulièrement fragile et constitue l’un des premiers mouvements de protestation de cette ampleur depuis le changement de pouvoir intervenu en décembre 2024.
La hausse des carburants met le feu aux poudres
À Maaret al-Noomane, dans la province d’Idleb, des manifestants ont brièvement bloqué la principale route à la sortie de la ville en utilisant des pneus incendiés. La contestation s’est également étendue à plusieurs autres localités, notamment Hassaké, Atareb, Azaz et Khan Cheikhoun.
Au cœur de la colère figure la nouvelle tarification des carburants. Le prix du diesel est passé de 125 à 175 livres syriennes, soit une progression de 40%. L’essence a également subi une hausse de 26%.
Pour une population déjà confrontée à une forte dégradation du pouvoir d’achat, cette augmentation intervient à un moment particulièrement sensible, alors que l’hiver approche et que les besoins en chauffage et en transport devraient s’accroître.
Une contestation inédite depuis le changement de pouvoir
Ces rassemblements revêtent une dimension particulière dans l’histoire récente du pays. Sous le régime de Bachar al-Assad, les manifestations publiques étaient sévèrement réprimées et toute contestation politique pouvait entraîner de lourdes conséquences.
La situation a profondément changé depuis la chute du régime en décembre 2024, lorsque Bachar al-Assad a été renversé par une coalition islamiste. Les mobilisations actuelles constituent ainsi un test important pour les nouvelles autorités, confrontées à des revendications qui portent directement sur les conditions de vie de la population.
Une économie sous forte pression
La question énergétique constitue un point particulièrement vulnérable pour la Syrie. Selon les explications données par le ministère de l’Énergie, le pays doit importer une large part de ses besoins en carburants : environ 74% de sa consommation de diesel et 81% de ses besoins en essence.
La production pétrolière nationale demeure, elle aussi, largement insuffisante. La Syrie ne produirait actuellement qu’environ 100.000 barils de pétrole par jour, alors que la consommation intérieure se situerait entre 300.000 et 325.000 barils quotidiens.
Cette dépendance rend le marché syrien particulièrement sensible aux fluctuations internationales des prix de l’énergie et aux perturbations des routes d’approvisionnement.
Le conflit au Moyen-Orient accentue les tensions
La nouvelle flambée des prix intervient alors que le conflit au Moyen-Orient a fortement perturbé les marchés énergétiques. Le blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz, a notamment contribué à accentuer les tensions sur les approvisionnements et les prix.
Pour Damas, la hausse des coûts d’importation complique davantage la gestion d’un secteur énergétique déjà fragilisé par des années de guerre et par l’insuffisance de la production nationale.
Les autorités présentent toutefois la hausse comme une mesure provisoire, destinée à répondre aux difficultés immédiates du marché.
Une population particulièrement exposée
La situation sociale rend la décision particulièrement sensible. Selon les données des Nations unies citées dans les informations disponibles, environ 90% des Syriens vivaient sous le seuil de pauvreté à la fin de 2024.
Dans ce contexte, une augmentation significative du prix des carburants risque d’avoir des répercussions bien au-delà du secteur énergétique. Transport, chauffage, production et prix des marchandises peuvent être directement affectés par le renchérissement des carburants.
La crainte d’une nouvelle dégradation des conditions de vie explique ainsi une partie de la mobilisation observée dans plusieurs régions.
Le gouvernement appelé à s’expliquer
La pression politique devrait désormais s’intensifier. Le Parlement syrien doit auditionner jeudi le ministre de l’Énergie, Mohammad al-Bachir, afin d’obtenir des explications sur la décision d’augmenter les prix des carburants.
De son côté, Abdul Hamid Salat, responsable du département des médias du ministère de l’Énergie, a défendu dimanche le caractère temporaire de la mesure. Il a également insisté sur le poids des importations dans l’approvisionnement énergétique du pays.
L’audition parlementaire pourrait donc constituer une première étape pour tenter de répondre aux inquiétudes suscitées par cette décision.
Une première épreuve pour les nouvelles autorités
Au-delà de la seule question du carburant, ces manifestations mettent en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées les nouvelles autorités syriennes. La transition politique ouverte après la chute de Bachar al-Assad s’accompagne d’un défi économique majeur : répondre aux besoins d’une population épuisée par plus d’une décennie de guerre tout en composant avec une économie fortement dépendante des importations.
La mobilisation de ces derniers jours pourrait ainsi devenir un indicateur important de la capacité du nouveau pouvoir à absorber la contestation sociale et à apporter des réponses concrètes aux difficultés quotidiennes des Syriens.
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