Syrie : la Turquie accuse Israël de vouloir déstabiliser le pays
La tension reste vive autour de la Syrie, où Ankara et Damas affichent une convergence croissante face aux actions israéliennes. En visite dimanche en Syrie, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a directement accusé Israël de chercher à fragiliser le pays, alors que les autorités syriennes réaffirment leur préférence pour une issue diplomatique aux tensions régionales.
Les déclarations du chef de la diplomatie turque interviennent dans un contexte particulièrement sensible, marqué par la multiplication des frappes israéliennes sur le territoire syrien et par les inquiétudes de Damas concernant le respect de sa souveraineté.
Ankara dénonce une stratégie de déstabilisation
Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien Assaad al-Chaibani, Hakan Fidan a estimé que les initiatives israéliennes constituaient désormais l’un des principaux obstacles au processus engagé en Syrie.
Le ministre turc a notamment fait référence aux frappes menées contre la base aérienne d’Abou Dhouhour, dans le nord-ouest du pays. Cette installation avait été visée près d’un mois auparavant, Israël affirmant alors vouloir empêcher une éventuelle implantation militaire turque sur le site. Ankara avait, de son côté, rejeté ces accusations et démenti toute présence militaire dans la base.
Pour Hakan Fidan, la Syrie doit pouvoir assurer elle-même la sécurité de son territoire. Ankara considère ainsi que les actions militaires israéliennes risquent de compromettre les perspectives de stabilisation du pays.
Damas privilégie la voie diplomatique
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a lui aussi condamné l’attaque contre Abou Dhouhour. Selon lui, cette opération constitue un signal susceptible de perturber le processus de reconstruction des institutions et de consolidation de l’État syrien.
Damas juge par ailleurs que cette attaque ne dispose d’aucune justification légitime ou juridique et assure qu’elle ne remet pas en cause la qualité actuelle des relations entre la Syrie et la Turquie.
Le gouvernement syrien réaffirme parallèlement sa volonté de privilégier la négociation. Assaad al-Chaibani a renouvelé la demande de retrait des forces israéliennes et insisté sur le choix de la diplomatie, dans un contexte où les autorités syriennes disent mesurer le coût humain, économique et politique d’une nouvelle escalade militaire.
Une présence israélienne contestée
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, Israël a multiplié les opérations militaires en Syrie, ciblant notamment des infrastructures et des équipements liés aux forces armées.
Israël a également renforcé sa présence dans la zone tampon surveillée par les Nations unies, à proximité du plateau du Golan, dont une partie est occupée par Israël depuis 1967 et annexée en 1981. Cette situation demeure l’un des principaux points de tension entre Israël et la Syrie.
La récente visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu auprès de soldats déployés sur le versant syrien du mont Hermon a d’ailleurs suscité une vive réaction de Damas. Les autorités syriennes ont dénoncé une démarche considérée comme une atteinte à leur souveraineté.
Des contacts indirects malgré la tension
Les tensions n’empêchent toutefois pas l’existence de canaux de discussion. Assaad al-Chaibani avait rencontré, le 23 août en Jordanie, le chef du Mossad dans le cadre de démarches destinées à réduire les risques d’escalade.
Ces contacts témoignent de la complexité de la situation : alors que les opérations militaires se poursuivent, plusieurs acteurs tentent parallèlement de maintenir un espace pour la négociation.
Pour Damas, l’objectif affiché reste celui d’un retrait israélien et d’un règlement par la voie diplomatique.
La Turquie renforce son partenariat avec les nouvelles autorités syriennes
Dans ce contexte, Ankara apparaît comme l’un des principaux partenaires des nouvelles autorités syriennes. Les relations entre la Turquie et Israël se sont fortement dégradées depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, tandis que la Turquie a développé une relation étroite avec les autorités installées à Damas après la chute de Bachar al-Assad.
Les deux pays souhaitent désormais approfondir leur coopération dans plusieurs domaines, notamment l’énergie et le commerce. Selon Assaad al-Chaibani, les discussions pourraient déboucher sur l’élaboration d’un « document stratégique global » destiné à encadrer cette nouvelle phase des relations bilatérales.
La dimension politique de ce rapprochement pourrait également prendre une nouvelle ampleur avec la visite annoncée du président turc Recep Tayyip Erdogan en Syrie. Hakan Fidan a confirmé que cette visite était prévue, sans toutefois avancer de date précise.
À travers cette séquence diplomatique, Ankara entend ainsi consolider son rôle dans l’évolution de la Syrie, tandis que Damas cherche à restaurer son autorité territoriale et à éviter une nouvelle confrontation militaire régionale.
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