Syrie : Un décret historique reconnaît la langue kurde et restaure la nationalité de milliers de Kurdes
Vendredi soir, le président syrien Ahmad al-Chareh a signé un décret qui marque un tournant symbolique et politique dans l’histoire récente du pays. Le texte reconnaît officiellement la langue kurde comme « langue nationale », ouvre la voie à son enseignement dans les écoles publiques des régions où la population kurde est fortement présente, et établit Nowruz, le nouvel an kurde célébré le 21 mars, comme jour férié officiel.
Au-delà de la reconnaissance culturelle, le décret s’attaque à une fracture ancienne : il accorde la nationalité syrienne à des dizaines de milliers de Kurdes qui en avaient été privés à la suite d’un recensement controversé mené en 1962. Environ un cinquième de la communauté kurde s’était retrouvée, depuis lors, dans une situation d’apatridie, avec des conséquences lourdes sur l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux droits civiques.
Dans le texte publié par la présidence, les autorités affirment que « les citoyens syriens kurdes constituent une partie essentielle et authentique du peuple syrien », et que leur identité culturelle et linguistique fait pleinement partie de l’identité nationale. Une formulation qui rompt avec des décennies de politiques d’assimilation et de marginalisation menées par les régimes précédents.
Un geste politique dans un contexte militaire tendu
Cette annonce intervient toutefois dans un climat loin d’être apaisé. L’armée syrienne est actuellement engagée dans des affrontements avec des forces kurdes dans le nord du pays, après avoir repris la ville d’Alep la semaine dernière. Ces combats rappellent la fragilité du processus politique, alors même que le décret se veut un signal d’ouverture.
Depuis le début de la guerre civile en 2011, close officiellement en 2024, les forces kurdes avaient profité du vide sécuritaire pour étendre leur contrôle sur de larges zones du nord et du nord-est de la Syrie, riches notamment en ressources pétrolières et gazières. Avec l’appui d’une coalition multinationale, elles avaient joué un rôle central dans la défaite du groupe jihadiste Etat islamique, consolidant au passage leurs structures civiles et militaires.
Un accord en suspens, une reconnaissance qui interroge
En mars 2025, un accord avait été signé entre Damas et des représentants kurdes afin d’intégrer progressivement leurs institutions au sein de l’Etat syrien. Mais les négociations sur sa mise en œuvre sont aujourd’hui dans l’impasse. Le décret présidentiel apparaît ainsi comme une tentative de relancer un dialogue enlisé, en offrant des garanties symboliques fortes sur le terrain des droits culturels et civiques.
Reste à savoir si ces mesures sauront dépasser le cadre déclaratif. La reconnaissance du kurde comme langue nationale et l’officialisation de Nowruz sont saluées comme des avancées majeures, mais leur traduction concrète — dans les programmes scolaires, l’administration ou la vie publique — dépendra de la capacité des autorités à instaurer un climat de confiance durable.
Dans une Syrie encore marquée par plus d’une décennie de conflit, ce texte ouvre une fenêtre politique inattendue. Entre gestes d’apaisement et réalités militaires, il illustre la complexité d’un pays qui tente de redéfinir son identité nationale sans avoir encore refermé toutes ses lignes de fracture.
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