Trafic d’eau au Maroc : un marché parallèle qui menace l’équilibre hydrique
Face à une pression hydrique croissante, le Maroc voit émerger un phénomène préoccupant : le développement d’un marché parallèle de l’eau. Dans plusieurs régions, notamment rurales, des pratiques illégales de revente et de distribution se multiplient, mettant en péril l’accès équitable à une ressource vitale.
Selon l’Observatoire marocain pour la protection du consommateur, ces circuits informels reposent sur l’achat d’eau à très bas coût, parfois inférieur à 1,80 dirham le mètre cube, pour être ensuite revendue jusqu’à 7 dirhams aux populations les plus fragiles. Cette spéculation sur un bien essentiel reflète une exploitation directe de la rareté, dans un contexte marqué par la sécheresse et le stress hydrique.
Une pression accrue en milieu rural
Ces pratiques sont particulièrement répandues dans les zones rurales, où les infrastructures d’accès à l’eau restent limitées. L’absence de régulation stricte et la faiblesse des contrôles favorisent l’émergence d’intermédiaires non autorisés, qui tirent profit de la situation. Pour de nombreux habitants, ces circuits deviennent parfois la seule solution d’approvisionnement, malgré des coûts élevés.
Cette réalité contraste avec les ambitions du Programme national pour l’eau, qui vise à garantir une distribution équitable et durable sur l’ensemble du territoire. Ce programme repose notamment sur la diversification des ressources, à travers le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées traitées et le développement des infrastructures hydrauliques.
Un cadre légal mis à l’épreuve
Le droit d’accès à l’eau est reconnu par la Constitution marocaine et encadré par plusieurs dispositifs législatifs relatifs à la protection du consommateur, à la concurrence et à la gestion des ressources naturelles. Pourtant, la multiplication des pratiques illégales révèle des failles dans l’application de ces lois.
Les activités de revente non réglementées, souvent menées en dehors de tout cadre légal, échappent aux mécanismes de contrôle et contribuent à désorganiser le marché. Elles accentuent également les inégalités d’accès, en pénalisant les populations les plus vulnérables.
Renforcer les contrôles pour préserver la ressource
Face à cette situation, les acteurs de la société civile appellent à un renforcement des contrôles et des sanctions contre les pratiques spéculatives. Une meilleure coordination entre les institutions chargées de la gestion de l’eau apparaît également indispensable.
L’accélération des projets hydrauliques et la mise en place de mécanismes de régulation plus efficaces pourraient permettre de limiter l’expansion de ces réseaux informels. À long terme, l’enjeu reste de garantir une sécurité hydrique durable, dans un contexte de changements climatiques et de raréfaction des ressources.
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