Transition énergétique : le Maroc face au défi du financement malgré un potentiel vert exceptionnel
Le Maroc poursuit ses ambitions en matière de transition énergétique, mais se heurte à un obstacle majeur : le financement. Une analyse récente publiée par Atlantic Council met en lumière les limites structurelles qui freinent l’évolution du royaume vers un modèle bas carbone, malgré des atouts naturels considérables.
Une ambition climatique affirmée mais conditionnée
Installé à Rabat, le gouvernement marocain a renforcé en 2025 ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris. L’objectif est clair : réduire de 53 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, sous réserve d’un soutien international. Sans cette aide, la réduction serait limitée à 21,6 %.
Pour y parvenir, 61 mesures sectorielles ont été définies, couvrant notamment l’énergie, les transports, l’agriculture et l’industrie. Toutefois, près de la moitié de ces actions dépend de financements extérieurs, révélant une forte dépendance aux capitaux internationaux.
Un mix énergétique encore dominé par les énergies fossiles
Malgré les progrès réalisés, la structure énergétique du Maroc reste marquée par une forte dépendance aux combustibles fossiles. Le pétrole et le charbon représentent encore une large part de l’approvisionnement énergétique.
Les importations de charbon, notamment en provenance des États-Unis, ont même atteint des niveaux records ces dernières années. Cette situation alourdit le bilan carbone du pays et expose son économie à la volatilité des marchés internationaux.
Paradoxalement, les énergies renouvelables progressent : leur part dans la production électrique est passée de 6 % en 2000 à 17 % en 2022. Le Maroc vise désormais 52 % d’électricité renouvelable d’ici 2030.
Un potentiel naturel et stratégique majeur
Grâce à son ensoleillement exceptionnel et à ses ressources éoliennes, le Maroc dispose d’un avantage comparatif important. Sa proximité avec l’Europe renforce également son positionnement comme futur exportateur d’énergie verte vers l’Union européenne.
Des projets concrets illustrent cette dynamique, notamment à Agadir, où une usine de dessalement alimentée par des énergies renouvelables contribue à atténuer le stress hydrique.
Autre symbole fort : le complexe solaire Noor, situé à Ouarzazate, l’un des plus grands au monde, développé avec le soutien d’institutions financières internationales et piloté par MASEN.
Des besoins d’investissement colossaux
La transition énergétique du Maroc nécessite des investissements estimés à près de 96 milliards de dollars entre 2026 et 2035. À cela s’ajoutent les ambitions liées à l’hydrogène vert, un secteur stratégique en pleine émergence.
Le royaume espère produire jusqu’à 1,2 million de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030, ce qui représenterait une part significative du marché mondial. Toutefois, ces projets exigent des infrastructures coûteuses, notamment en électrolyseurs et en capacités renouvelables.
Des avancées, mais une transparence perfectible
Le Maroc a su mobiliser des financements climatiques importants, se positionnant parmi les principaux bénéficiaires en Afrique, aux côtés de pays comme l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Nigeria.
Cependant, l’absence d’un système clair de suivi des dépenses climatiques constitue un frein à l’optimisation des investissements. Cette lacune limite la visibilité pour les investisseurs et complique l’évaluation de l’efficacité des politiques publiques.
Une solution innovante pour attirer les capitaux privés
Face à ces défis, les experts proposent un mécanisme innovant : l’« Emerging Market Climate Investment Compact » (EMCIC). Ce dispositif vise à mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements privés dans les pays émergents.
L’EMCIC fonctionnerait comme une garantie couvrant jusqu’à 80 % des risques non financiers, facilitant ainsi l’accès au financement pour les projets énergétiques. Contrairement aux mécanismes traditionnels, il ne nécessiterait pas de garanties souveraines, un avantage clé pour des pays comme le Maroc.
Vers une nouvelle ingénierie financière
L’étude souligne que l’avenir de la transition énergétique marocaine dépendra de sa capacité à diversifier ses sources de financement et à renforcer la confiance des investisseurs.
En misant sur des projets solaires, le dessalement et l’hydrogène vert, le Maroc pourrait transformer ses contraintes – dépendance énergétique, stress hydrique et pression budgétaire – en opportunités de développement durable.
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