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Transition verte au Maroc : des avancées sectorielles mais pas encore de stratégie publique unifiée

Mercredi 29 Octobre 2025 - 14:45
Par: Naji khaoula
Transition verte au Maroc : des avancées sectorielles mais pas encore de stratégie publique unifiée

Une étude récente menée par le ministère des Finances dresse un état des lieux de l’intégration des enjeux climatiques au sein des établissements et entreprises publics (EEP) marocains. Si certains secteurs, comme l’énergie, l’eau ou la finance, montrent des progrès significatifs, d’autres, notamment l’urbanisme, le tourisme et la santé, accusent encore un retard notable. L’absence d’un cadre harmonisé de suivi et de reporting freine la cohérence de l’action climatique à l’échelle du portefeuille public.

L’analyse, qui porte sur un échantillon de 44 EEP, révèle une intégration hétérogène des questions climatiques dans les documents stratégiques. Une partie des établissements mentionne le climat ou le développement durable, mais rarement sous forme de stratégie structurée avec objectifs mesurables et indicateurs de suivi. Les entités opérant dans des secteurs fortement exposés ou émetteurs, comme l’énergie, l’eau et les transports, présentent une meilleure articulation avec la Stratégie nationale de développement durable (SNDD) et les engagements internationaux du Maroc, notamment la Contribution déterminée au niveau national (CDN) et les Objectifs de développement durable (ODD).

Agriculture et pêche maritime : un potentiel sous-exploité

Le secteur agricole, maritime et rural, clé pour la souveraineté alimentaire et la résilience climatique, reste fortement dépendant des ressources naturelles et vulnérable aux aléas climatiques tels que sécheresses et dégradation des sols. Les EEP de ce secteur participent à la mise en œuvre des stratégies « Génération Green » et « Halieutis », au financement des projets ruraux et à la recherche agronomique et halieutique.

Pourtant, peu disposent de stratégies climatiques formalisées. L’Agence pour le développement agricole (ADA) mobilise des financements via le Fonds Vert pour le Climat (FVC) et le Fonds d’adaptation (FA) sans pour autant disposer de stratégie climat dédiée. L’Institut national de recherche agronomique (INRA) et l’Institut national de recherche halieutique (INRH) contribuent à la recherche et à l’adaptation des filières, mais ne disposent pas d’un cadre ESG ni de plan climat formalisé. Quelques initiatives, comme celles de l’Office régional de mise en valeur agricole du Gharb (ORMVAG) et de l’Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), montrent des démarches innovantes mais nécessitent un alignement renforcé sur les standards internationaux.

Eau et forêts : des modèles de résilience

Les secteurs de l’eau et de l’environnement jouent un rôle stratégique face au changement climatique. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) se distinguent par des actions combinant adaptation et atténuation, notamment à travers le déploiement d’énergies renouvelables et la séquestration du carbone. Néanmoins, d’autres EEP restent encore peu transparents dans leurs reportings environnementaux, limitant la vision consolidée des efforts climatiques.

Énergie et mines : vers une transition bas carbone

Les EEP du secteur énergétique et minier – Masen, ONEE, ONHYM, Groupe OCP – affichent une maturité avancée en matière climatique. Les stratégies sont globalement alignées sur la Stratégie énergétique 2030 et la SNDD, avec des projets concrets dans le solaire, l’éolien, l’hydrogène vert et la décarbonation industrielle. L’étude souligne cependant la nécessité d’un reporting climat harmonisé pour assurer la comparabilité entre opérateurs.

Transport, infrastructures et urbanisme : besoins de structuration

Les entreprises publiques du transport et des infrastructures (ONCF, ADM, ONDA, ANP, SNTL) intègrent le climat de façon opérationnelle via l’efficacité énergétique et la mobilité propre, mais sans stratégie globale et objectifs chiffrés. Le secteur de l’urbanisme et de l’habitat reste parmi les moins avancés, avec des projets durables émergents mais sans mécanismes de suivi systématiques.

Santé, recherche, logistique et finance : renforcer la cohérence

Les établissements de santé et de recherche scientifique abordent le climat de manière indirecte, tandis que la logistique publique et la finance intègrent progressivement la durabilité et le financement vert. La Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I) sont des acteurs majeurs du financement climatique, mais un cadre unifié reste essentiel pour consolider la traçabilité des investissements et harmoniser les actions climatiques à l’échelle nationale.

En conclusion, l’étude du ministère des Finances montre que le Maroc dispose de leviers importants pour accélérer sa transition verte au sein des EEP. Si certains secteurs sont en avance, la mise en place d’un cadre stratégique harmonisé et de mécanismes de reporting standardisés apparaît indispensable pour transformer les initiatives dispersées en une politique publique cohérente et mesurable.



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