Tunisie : des Marocains refoulés à l’aéroport de Tunis-Carthage témoignent
Des témoignages de voyageurs marocains relancent le débat sur les conditions d’entrée en Tunisie à travers l’aéroport international de Tunis-Carthage. Plusieurs citoyens affirment avoir été empêchés d’entrer sur le territoire tunisien, retenus pendant plusieurs heures puis renvoyés au Maroc sans avoir, selon eux, obtenu d’explication officielle précise.
Ces témoignages interviennent après la publication d’un premier article consacré à des plaintes similaires. De nouveaux voyageurs ont depuis fait part de leur expérience, décrivant des procédures qu’ils jugent difficiles à comprendre et un traitement qu’ils ont vécu comme humiliant.
Face à ces accusations, une source au sein du consulat général du Maroc à Tunis écarte l’hypothèse d’un traitement visant spécifiquement les ressortissants marocains. Selon cette source, les contrôles effectués à l’arrivée relèvent des prérogatives souveraines des autorités tunisiennes et concernent certains voyageurs lorsqu’un doute apparaît sur le motif réel de leur déplacement ou lorsqu’un risque de migration irrégulière est suspecté.
Un séjour touristique qui tourne court
Parmi les nouveaux témoignages figure celui de trois jeunes Marocains âgés de 24 à 27 ans. Les intéressés affirment disposer d’emplois stables et de revenus réguliers et expliquent avoir préparé un séjour touristique de huit jours en Tunisie, avec billets d’avion et réservation hôtelière.
Ils indiquent être arrivés à l’aéroport Tunis-Carthage le 3 octobre 2026 vers 6 heures du matin. Selon leur récit, leurs passeports auraient été conservés par les autorités et l’accès au territoire leur aurait été refusé.
Après avoir répondu à des questions portant notamment sur leur identité et leur profession, les trois voyageurs disent avoir été conduits dans une salle d’attente, où ils auraient attendu plusieurs heures une décision concernant leur situation.
Ils affirment avoir découvert sur place d’autres ressortissants marocains confrontés à une situation comparable. Au total, six Marocains auraient été concernés selon leur témoignage.
Des soupçons de migration irrégulière
Les voyageurs assurent qu’aucune raison officielle ne leur aurait été communiquée par écrit. Ils rapportent toutefois qu’un agent leur aurait indiqué oralement que les autorités soupçonnaient certains passagers de vouloir utiliser la Tunisie comme étape vers une migration irrégulière.
Les intéressés estiment que leur âge aurait pu contribuer à alimenter ces soupçons. Ils soutiennent également qu’aucun justificatif relatif à leur situation professionnelle ou financière ne leur aurait été demandé, alors qu’ils se disaient prêts à présenter ces documents.
Leur attente aurait duré de 6 heures à 23h05. Les voyageurs affirment notamment avoir été maintenus dans une salle qu’ils décrivent comme froide et indiquent que leur demande concernant la climatisation n’aurait pas été prise en compte.
Ils disent également avoir dû acheter de nouveaux billets pour quitter la Tunisie le soir même, pour un montant annoncé de 800 dirhams, alors qu’ils disposaient déjà de billets retour prévus quelques jours plus tard. À cela se seraient ajoutées les pertes liées aux réservations hôtelières.
Un départ vécu comme humiliant
Les voyageurs racontent avoir été conduits à bord de l’avion avant les autres passagers au moment de leur retour, tandis que leurs passeports seraient restés entre les mains des agents de sécurité jusqu’à leur départ.
Cette séquence aurait renforcé leur sentiment d’être traités différemment des autres voyageurs. Ils estiment que les conditions dans lesquelles ils ont été retenus et reconduits vers le Maroc ont été particulièrement éprouvantes.
Au-delà de leur propre expérience, les trois hommes s’interrogent sur les critères appliqués aux voyageurs à l’arrivée. Ils souhaitent notamment savoir si des exigences particulières existent pour certains profils de voyageurs marocains et pourquoi les personnes concernées ne peuvent pas toujours présenter leurs justificatifs avant qu’une décision de refus d’entrée ne soit prise.
Le consulat marocain défend le caractère normal des contrôles
Interrogée sur ces témoignages, une source du consulat général du Maroc à Tunis considère que les procédures appliquées à l’aéroport de Tunis-Carthage correspondent à des pratiques de contrôle utilisées par de nombreux pays.
Selon cette source, les autorités disposent du pouvoir de vérifier les conditions d’entrée sur leur territoire lorsqu’elles soupçonnent une tentative de migration irrégulière. Les refus d’entrée et les refoulements seraient ainsi liés à des situations individuelles et non à la nationalité marocaine.
Le responsable consulaire souligne par ailleurs que les ressortissants marocains continuent d’entrer quotidiennement en Tunisie sans rencontrer de difficultés particulières. Les cas de refoulement évoqués seraient donc, selon lui, limités et ne permettraient pas de conclure à l’existence d’une politique systématique visant les Marocains.
Les incohérences dans les motifs de séjour au cœur des contrôles
La même source estime que certains éléments présentés par les voyageurs peuvent renforcer les interrogations des agents chargés du contrôle aux frontières.
Elle évoque notamment des réservations dans des localités ou des régions considérées comme peu adaptées à un séjour touristique classique, voire identifiées comme des points de passage utilisés par des réseaux de migration clandestine.
Le profil des bagages ou la cohérence entre les déclarations des voyageurs, leur destination annoncée et la durée du séjour pourraient également entrer en ligne de compte lors des contrôles.
La période actuelle serait particulièrement sensible en raison de la hausse saisonnière des tentatives de migration irrégulière depuis le territoire tunisien vers l’Europe. Dans ce contexte, les autorités renforceraient leur vigilance à l’égard de certains profils de voyageurs.
Une question récurrente autour de la transparence
Les témoignages recueillis soulèvent néanmoins une question plus large concernant l’information des voyageurs et la transparence des procédures aux frontières.
Pour les personnes refoulées, la principale difficulté réside dans l’absence alléguée d’explications détaillées sur les motifs du refus d’entrée et dans l’impossibilité, selon leurs récits, de faire valoir certains justificatifs avant la décision.
De son côté, la partie consulaire marocaine insiste sur le caractère souverain du contrôle des frontières et sur le fait que les mêmes procédures peuvent être appliquées dans d’autres pays lorsqu’un risque de migration irrégulière est identifié.
Le débat se situe ainsi entre deux réalités : celle de voyageurs qui estiment avoir subi une procédure disproportionnée et celle des autorités qui invoquent leurs prérogatives de contrôle et la nécessité de prévenir les départs irréguliers vers l’Europe.
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