Une nouvelle ère financière au maroc avec le déploiement de la supply chain finance
Le Maroc franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son système financier avec le lancement officiel de sa stratégie nationale de Supply Chain Finance (SCF). Cette initiative vise à répondre à un problème structurel majeur qui freine la compétitivité des entreprises, en particulier des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) : la difficulté d’accès au financement du besoin en fonds de roulement.
Représentant près de 99,5 % du tissu entrepreneurial et plus de 70 % de l’emploi formel, les TPME jouent un rôle central dans l’économie nationale. Pourtant, leur contribution reste en deçà de leur poids réel, avec environ 36,3 % du PIB et seulement 20,1 % des exportations. Cette faiblesse s’explique notamment par des délais de paiement souvent longs, une trésorerie sous tension et un accès limité aux financements bancaires classiques.
La Supply Chain Finance se présente comme une réponse innovante à ces contraintes. Elle repose sur la mobilisation des flux financiers au sein des chaînes de valeur entre donneurs d’ordre, fournisseurs et institutions financières. Grâce à des outils comme l’affacturage, l’affacturage inversé ou encore le financement des bons de commande et des stocks, ce mécanisme permet de sécuriser les transactions et d’améliorer la liquidité des entreprises à différentes étapes du cycle commercial.
Lors de la présentation de cette stratégie, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza, a souligné que la SCF contribue à renforcer la confiance entre les acteurs économiques, à améliorer l’évaluation du risque et à optimiser la gestion de la trésorerie. Au-delà d’un simple instrument financier, il s’agit d’un levier de transformation des relations commerciales.
Le diagnostic établi est révélateur d’un important potentiel inexploité. Le marché marocain de la SCF est estimé à plus de 80 milliards de dirhams, alors que les encours actuels ne dépassent pas environ 6 milliards. À titre de comparaison, l’affacturage représente jusqu’à 11 % du PIB dans certains pays européens, contre seulement 2 à 3 % au Maroc. Un écart qui met en lumière les marges de progression considérables.
Pour la Société financière internationale (IFC), partenaire du projet, cette dynamique constitue une opportunité stratégique pour offrir aux PME des financements plus rapides, plus accessibles et mieux adaptés à leurs besoins, tout en renforçant la solidité des chaînes d’approvisionnement des grandes entreprises.
Le lancement de cette stratégie intervient dans un contexte mondial marqué par de fortes incertitudes : tensions géopolitiques, perturbations logistiques et hausse des coûts de transport. Dans cet environnement, la SCF apparaît comme un outil de résilience permettant de sécuriser les flux commerciaux et de renforcer la continuité des approvisionnements.
La stratégie marocaine s’articule autour d’une approche progressive. Le premier axe consiste à consolider les solutions existantes, notamment l’affacturage. Le deuxième vise à développer de nouveaux produits financiers adaptés aux besoins des entreprises, tandis que le troisième ouvre la voie aux transactions internationales et à la finance participative.
Cependant, plusieurs obstacles persistent, notamment des incertitudes juridiques, un faible niveau de digitalisation, une complexité comptable et une sensibilisation encore limitée des acteurs économiques. Pour y répondre, cinq leviers ont été identifiés : amélioration du cadre réglementaire, renforcement des capacités, développement des garanties, digitalisation des infrastructures et implication accrue des donneurs d’ordre.
Les plateformes technologiques occupent une place centrale dans cette transformation. Elles permettront de connecter efficacement banques, entreprises et fintechs, avec la possibilité de recourir à des solutions privées ou à une plateforme nationale intégrée.
Le rôle des grandes entreprises et du secteur public est également déterminant. En structurant des programmes pilotes et en facilitant l’accès des PME au financement, ils peuvent générer un effet d’entraînement. Une expérience notable remonte à 2018, avec une opération d’affacturage des crédits de TVA ayant injecté 26 milliards de dirhams dans l’économie.
La gouvernance du projet repose sur une architecture à trois niveaux associant Bank Al-Maghrib, le ministère de l’Économie et des groupes de travail spécialisés. Le déploiement, prévu sur environ quatre ans, sera accompagné d’un suivi rigoureux basé sur des indicateurs de performance.
Au-delà de l’aspect financier, cette réforme pourrait transformer en profondeur les relations économiques au Maroc. En favorisant la transparence, la digitalisation et la fluidité des échanges, la Supply Chain Finance s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation du système économique national.
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