Vieillissement et climat : le Maroc face à un double défi d’ici 2050
À l’horizon 2050, le Maroc devra affronter deux transformations majeures et étroitement liées : l’accélération du vieillissement de sa population et l’aggravation des menaces climatiques. C’est ce que révèle le dernier rapport des Nations unies intitulé « Frontières 2025 : le poids du temps », qui place le Royaume au cœur d’une zone de convergence entre risques environnementaux et fragilité démographique.
Un pays exposé à des pressions croisées
Situé dans la région « Afrique du Nord et Asie de l’Ouest », le Maroc apparaît dans une zone à risque « moyen-élevé » sur la carte mondiale des menaces climatiques. Le pays partage ce couloir de vulnérabilité avec la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte et le Sahel, régions soumises à des conditions météorologiques extrêmes et à des transformations sociales rapides.
Selon le rapport, les Marocains âgés de plus de 65 ans représentent actuellement environ 8 % de la population, un taux qui pourrait dépasser les 15 % d’ici 2050. Cette évolution démographique se déroule dans un contexte d’exposition accrue aux vagues de chaleur, sécheresses, inondations et pénuries d’eau autant de phénomènes qui touchent particulièrement les personnes âgées, souvent les plus vulnérables lors des crises climatiques.
Une capacité d’adaptation encore limitée
Si le Maroc présente un risque naturel modéré en matière de séismes ou de tempêtes, le véritable défi réside dans sa capacité à s’adapter et à se remettre des catastrophes. Le rapport souligne les faiblesses structurelles du pays : couverture sociale inégale, manque d’infrastructures résilientes et coordination insuffisante entre urbanisme, santé et politiques environnementales.
Les zones rurales, où vivent près de la moitié des seniors, restent les plus exposées. Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), environ 60 % des personnes âgées au Maroc ne bénéficient d’aucune pension de retraite. Ce déficit social aggrave la vulnérabilité face aux crises environnementales, notamment lors des épisodes de sécheresse ou de chaleur extrême.
Des efforts tangibles mais insuffisants
Malgré ces fragilités, le Maroc dispose d’atouts notables. Les investissements massifs dans les énergies renouvelables à l’image du complexe solaire Noor de Ouarzazate et la politique nationale de transition écologique témoignent d’une volonté d’anticipation. Toutefois, les experts des Nations unies insistent sur la nécessité d’une approche intégrée, combinant adaptation climatique et planification démographique.
Autrement dit, la résilience du pays dépendra de sa capacité à articuler politiques sociales, sanitaires et environnementales, en plaçant les personnes âgées au centre des stratégies d’adaptation.
Le « coffre de Pandore gelé » et les nouveaux risques mondiaux
Le rapport de l’ONU s’attarde également sur des phénomènes globaux aux répercussions potentielles pour le Maroc. Le « coffre de Pandore gelé » désigne la libération de micro-organismes anciens emprisonnés dans les glaces, conséquence directe de la fonte accélérée du pergélisol. Si ces découvertes représentent une opportunité scientifique, elles comportent aussi des risques biologiques inédits.
De même, la fonte des glaciers libère d’importantes quantités de méthane et de carbone, aggravant le réchauffement climatique et ses effets sur des régions déjà fragiles, comme l’Afrique du Nord.
Les rivières marocaines sous pression
Le rapport met aussi en lumière la pression croissante exercée sur les cours d’eau marocains, tels que l’Oum Er-Rbia, le Sebou, le Tensift et la Moulouya. La combinaison du changement climatique, de la pollution industrielle et des barrages obsolètes compromet l’équilibre hydrique du pays.
À l’échelle mondiale, un mouvement vise désormais à restaurer les rivières en supprimant les infrastructures devenues inefficaces pour redonner vie aux écosystèmes. Une démarche que le Maroc pourrait intégrer à sa stratégie nationale de gestion durable de l’eau.
Vieillissement, pollution et « polluants oubliés »
Enfin, l’ONU alerte sur les « polluants oubliés » substances toxiques enfouies dans les sols ou les sédiments et remises en circulation par les inondations et tempêtes. Ces résidus chimiques menacent la qualité de l’eau et la santé publique, accentuant les risques pour les populations âgées et fragiles.
Les experts préconisent le recours à des solutions fondées sur la nature : restauration des zones humides, reboisement, protection des vallées et suivi constant des sols pour prévenir les catastrophes.
Vers une justice climatique et démographique
Le Maroc, à l’image de nombreux pays du Sud, se trouve aujourd’hui face à un double défi : protéger son environnement tout en accompagnant le vieillissement de sa population. À défaut d’une planification coordonnée, les risques climatiques pourraient se transformer en crise sociale.
Mais en misant sur la cohésion sociale, la solidarité intergénérationnelle et la convergence entre politiques vertes et sociales, le Royaume peut transformer ce double enjeu en opportunité : celle de bâtir un modèle de résilience à la fois écologique et humaine.
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