Volaille au Maroc : une baisse des prix sous tension à l’approche de l’Aïd
Au Maroc, le marché de la volaille connaît actuellement une accalmie notable, marquée par une baisse sensible des prix du poulet de chair. Cette évolution intervient dans un contexte particulier, à l’approche de l’Aïd al-Adha, période durant laquelle les habitudes de consommation se modifient et influencent directement les équilibres du marché.
Depuis plusieurs semaines, les prix enregistrés au niveau des élevages oscillent entre 10,50 et 13 dirhams le kilogramme, soit une chute significative par rapport aux niveaux observés en avril, où ils atteignaient entre 16 et 17 dirhams. Cette diminution s’explique principalement par une hausse de la production, générant un excédent sur le marché.
Cette tendance baissière ne concerne pas uniquement le poulet. Les œufs ont également vu leurs prix reculer récemment, se stabilisant autour d’un dirham l’unité. Une évolution qui soulage temporairement les consommateurs, après une période prolongée de hausse des produits alimentaires.
Les professionnels du secteur attribuent cette situation à une augmentation anticipée de la production. Face à des contraintes économiques et à la nécessité de maintenir l’activité, de nombreux éleveurs ont intensifié la mise en place de poussins, élément clé du cycle de production. Cette stratégie a toutefois conduit à une offre excédentaire, obligeant certains acteurs à vendre à perte ou à des marges très réduites, dans un contexte marqué par l’endettement.
Selon les acteurs du secteur, cette baisse devrait se prolonger encore quelques semaines, portée par une demande moins soutenue à l’approche de l’Aïd al-Adha. Historiquement, cette période est caractérisée par un repli de la consommation de volaille, les ménages privilégiant l’achat de bétail pour la fête.
Cependant, cette situation reste fragile et temporaire. Les observateurs anticipent un retournement de tendance dès le début de la saison estivale. Avec l’afflux de touristes, la reprise de l’activité des restaurants et la multiplication des événements festifs comme les mariages, la demande en volaille devrait fortement augmenter, dépassant l’offre disponible.
Ce déséquilibre attendu pourrait entraîner une nouvelle hausse des prix, ramenant le marché à une phase de tension similaire à celle observée précédemment. Ainsi, la baisse actuelle apparaît davantage comme un ajustement conjoncturel que comme un changement durable.
Par ailleurs, l’évolution structurelle du secteur depuis la fin des années 2000 continue d’influencer ces dynamiques. L’industrialisation progressive de la filière et l’entrée de grands opérateurs ont modifié les équilibres traditionnels, rendant la production plus dépendante de facteurs tels que l’approvisionnement en poussins et les coûts d’exploitation.
Du côté des associations de consommateurs, la baisse actuelle est perçue comme une évolution positive, bien que passagère. Elles rappellent que les mécanismes du marché restent inchangés et que l’offre et la demande continueront de dicter les prix dans les mois à venir.
En définitive, si les consommateurs bénéficient aujourd’hui d’un répit, les perspectives à moyen terme laissent entrevoir un retour probable à la hausse, confirmant la volatilité persistante du marché de la volaille au Maroc.
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