Sebta : un élan de solidarité locale pour protéger les femmes et les mineures migrantes

Mardi 11 Août 2026 - 11:19
Par: ELMIR Barae
Sebta : un élan de solidarité locale pour protéger les femmes et les mineures migrantes

À Sebta, la crise migratoire récente a fait émerger une initiative citoyenne destinée à mettre à l’abri des femmes et des jeunes filles sans solution d’hébergement. Dans le quartier Príncipe Alfonso, des habitants et des bénévoles ont transformé un terrain situé derrière l’école Reina Sofía, à proximité de l’ancien quartier militaire, en espace d’accueil provisoire.

Baptisé par ses initiateurs « zone sûre », ce lieu est né de la mobilisation spontanée de riverains confrontés à la présence croissante de jeunes filles dormant dans les rues après la récente vague de traversées collectives.

Une réponse née de l’urgence

L’initiative s’est développée sans attendre la mise en place d’un dispositif institutionnel. Des habitants du quartier, où vit une importante population d’origine marocaine, ont commencé à organiser l’accueil des personnes les plus vulnérables.

Le fonctionnement repose principalement sur la mobilisation bénévole. Les femmes et les mineures accueillies peuvent y trouver un endroit pour passer la nuit, de la nourriture, des vêtements ainsi que des produits d’hygiène.

Les riverains participent également à la surveillance du site, notamment durant la nuit, afin de limiter les risques auxquels les bénéficiaires pourraient être exposées dans la rue.

La protection des mineures au centre des préoccupations

La présence de jeunes filles sans hébergement est devenue l’un des principaux motifs de mobilisation des habitants. Selon les éléments rapportés par El Faro de Ceuta, plusieurs enquêtes portant sur des agressions sexuelles étaient en cours au moment de la publication des informations.

Face à cette situation, les bénévoles ont choisi de donner la priorité aux femmes et aux mineures, considérées comme particulièrement vulnérables lorsqu’elles restent sans protection dans l’espace public.

Ahmed Infidal, président de l’association des habitants de Príncipe Alfonso, explique que la création de cet espace a été décidée après que les riverains ont constaté la présence régulière de mineures dans les rues, parfois dans des conditions particulièrement précaires.

Plus de 160 mineures recensées

L’ampleur du phénomène apparaît également à travers les chiffres disponibles. Lors d’une opération de recensement menée par la police, près de 160 mineures auraient été identifiées.

De son côté, Fatiha Abdellah, secrétaire de l’association du quartier, évoque un nombre supérieur à 180 femmes et jeunes filles enregistrées dans le cadre de l’initiative, tandis que de nouvelles arrivées continuaient d’être signalées.

Le dispositif ne s’adresse d’ailleurs pas exclusivement aux mineures. Des jeunes femmes âgées d’une vingtaine d’années ont également trouvé refuge dans cet espace, les bénévoles estimant qu’elles pouvaient elles aussi être exposées à des risques lorsqu’elles restaient livrées à elles-mêmes dans les rues.

Une mobilisation qui dépasse l’aide matérielle

Pour les habitants impliqués, l’objectif ne consiste pas à intervenir dans le débat politique entourant la crise migratoire, mais à répondre à une situation humanitaire immédiate.

Les bénévoles ont progressivement assumé plusieurs tâches : identification des personnes présentes, organisation des espaces de couchage, distribution de produits de première nécessité et surveillance du site.

Abdelkamel Mohamed, ancien président de l’association du quartier, décrit une mobilisation née de la nécessité de venir en aide à des mineurs et à des migrants dépourvus de protection.

Cette organisation citoyenne illustre ainsi la manière dont une partie des habitants a tenté de répondre directement aux conséquences humaines de la crise.

Des moyens limités face à une situation qui perdure

Malgré la mobilisation locale, les capacités du dispositif restent limitées. Les bénévoles reconnaissent que cet espace ne peut constituer une réponse durable à une situation qui relève également des responsabilités des institutions publiques.

Après plusieurs jours consacrés à l’accueil et à la protection des personnes vulnérables, ils demandent la mise en place de structures adaptées et souhaitent notamment que les mineures ne soient plus contraintes de dormir dans la rue.

L’initiative du quartier Príncipe Alfonso met ainsi en lumière une autre facette de la crise migratoire à Sebta : celle de personnes particulièrement vulnérables ayant besoin d’un hébergement, d’une protection et d’un accompagnement adaptés.

Au-delà de l’urgence, la question posée est désormais celle de la capacité des dispositifs institutionnels à prendre durablement le relais de cette mobilisation citoyenne.


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