Wang Fuk Court : tragédie historique et tensions politiques autour de la gestion de l’information
Hong Kong traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Le bilan humain du gigantesque incendie qui a ravagé mercredi le complexe résidentiel Wang Fuk Court, dans le district de Tai Po, s’est alourdi à 151 morts, selon les autorités. Il s’agit du sinistre d’habitation le plus meurtrier au monde depuis 1980, hors incendies survenus dans des lieux de divertissement ou de détention, d’après les données de l’Université de Louvain.
Au lendemain de la catastrophe, les autorités ont durci le ton face aux critiques et à la circulation d’informations jugées « inexactes » sur les réseaux sociaux. Le chef de la sécurité, Chris Tang, a déclaré que le gouvernement prendrait des « mesures appropriées » contre ceux qui propagent en ligne des rumeurs susceptibles, selon lui, de « mettre en danger la sécurité de Hong Kong et de la Chine ».
Ces déclarations interviennent alors que la société hongkongaise est sous le choc, et que des appels à établir clairement les responsabilités se multiplient.
La police poursuit l’examen minutieux des huit tours de 31 étages, entièrement noircies par les flammes. Les recherches menées dans les appartements, les escaliers et les couloirs continuent de révéler de nouvelles victimes. À ce stade, treize personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête, selon Chan Tung, directeur de la police criminelle et de la sécurité.
L’attention se porte désormais sur les conditions de rénovation du complexe, habité malgré les travaux. Plusieurs éléments interrogent, notamment l’usage de matériaux inflammables, comme les filets de protection censés empêcher la chute d’objets. D’après Eric Chan, responsable du gouvernement, des échantillons récoltés à différents étages « ne répondaient pas aux normes de résistance au feu », un constat susceptible de peser lourd dans la détermination des responsabilités.
La gestion post-catastrophe a connu un tournant ce week-end lorsque les médias ont annoncé l’arrestation de Miles Kwan, étudiant de 24 ans à l’origine d’une pétition exigeant des comptes sur les circonstances du drame. Le document, qui avait recueilli plus de 10.000 signatures en moins de 24 heures, a été supprimé. L’interpellation du jeune homme, observée lundi par un journaliste de l’AFP, alimente un débat brûlant autour de la liberté d’expression dans un territoire où la loi sur la sécurité nationale, imposée en 2020, continue de redessiner les contours du discours public.
Alors que la ville pleure ses morts et que la colère monte, les autorités promettent transparence et détermination. Mais la frontière entre lutte contre la désinformation et contrôle de la contestation reste, à Hong Kong, plus sensible que jamais.