Espionnage présumé en Allemagne : trois hommes jugés pour un complot attribué aux services russes

Mardi 09 Décembre 2025 - 09:44
Espionnage présumé en Allemagne : trois hommes jugés pour un complot attribué aux services russes

La justice allemande ouvre ce mardi à Francfort un procès sensible aux fortes implications géopolitiques. Trois hommes – un Russe, un Ukrainien et un Arménien – sont accusés d’avoir agi pour le compte des services de renseignement russes afin de surveiller un ancien soldat ukrainien résidant en Allemagne, potentielle cible d’un assassinat. Une affaire qui s’inscrit dans le contexte tendu de la « guerre hybride » que Berlin attribue au Kremlin depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Le procès, qui doit s’étendre jusqu’au 26 mars 2026, porte sur des faits considérés comme « particulièrement graves ». Les trois suspects ont été arrêtés en juin 2024 après plusieurs semaines de surveillance. Selon le parquet fédéral allemand, l’Arménien Vardges I. aurait reçu mission, début mai 2024, d’espionner un ancien combattant ukrainien ayant affronté les forces russes au début de la guerre. Moscou aurait visé cet homme, selon la presse allemande, en raison de son implication présumée dans l’exécution de soldats russes.

Pour mener sa mission, Vardges I. aurait recruté un Ukrainien, Robert A., et un Russe, Arman S. Le 19 juin 2024, le trio organise une rencontre avec leur cible dans un café du centre de Francfort, sous un prétexte inventé. L’objectif : récolter des informations permettant d’évaluer les mouvements et habitudes de l’ancien soldat ukrainien. Mais celui-ci, méfiant, avait prévenu la police allemande, qui a interpellé les trois hommes avant qu’ils ne puissent agir davantage.

Les autorités estiment que cette rencontre aurait pu constituer une étape vers une opération plus grave : la préparation d’un assassinat sur le sol allemand. Depuis leur arrestation, les trois suspects sont en détention provisoire.

L’affaire intervient alors que l’Allemagne fait face à une multiplication d’accusations d'espionnage, de sabotage et d’intimidation attribuées à la Russie. Berlin, devenu l’un des principaux soutiens de Kiev en Europe, estime être une cible privilégiée de stratégies clandestines visant à déstabiliser ses institutions.

La Russie n’a pas commenté cette procédure, conformément à sa ligne habituelle de démenti systématique. Plusieurs cas similaires ont récemment alimenté les tensions : condamnation d’un Germano-Russe pour espionnage, arrestation de trois Ukrainiens liés à des projets de sabotage, ou encore procès en cours d’un ancien agent allemand accusé d’avoir transmis des informations au FSB.

L’histoire rappelle également un précédent retentissant : l’assassinat d’un ex-combattant tchétchène au cœur de Berlin en 2019. Moscou avait nié toute implication avant de reconnaître en 2024 que l’homme condamné en Allemagne n’était autre qu’un agent du FSB, finalement intégré à un échange de prisonniers.

Alors que l’Allemagne accueille près d’un million de réfugiés ukrainiens depuis 2022, ce nouveau procès illustre la dimension transnationale d’un conflit qui dépasse largement les champs de bataille et se joue aussi dans l’ombre, au cœur de l’Europe.



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