Le Parlement grec approuve la journée de travail de 13 heures malgré la contestation sociale
Après deux jours de débats intenses et de manifestations dans tout le pays, le Parlement grec a adopté jeudi un projet de loi autorisant des journées de travail allant jusqu’à 13 heures, une mesure que les syndicats et les partis de gauche qualifient de « retour au Moyen Âge du travail ».
Le texte, porté par le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis, a été adopté à la majorité simple, malgré une forte opposition au sein de la classe politique et de la société civile. Il prévoit qu’un employé puisse, sur la base du volontariat et en échange d’une rémunération supplémentaire, travailler jusqu’à 13 heures par jour pour un seul employeur, dans la limite d’un certain nombre de jours par an.
Le gouvernement défend cette réforme comme une adaptation nécessaire aux nouvelles réalités économiques et aux formes flexibles d’emploi. Il affirme que cette loi permettra de lutter contre le travail non déclaré et d’offrir plus de liberté contractuelle entre salariés et employeurs.
« Ce projet vise à protéger les travailleurs tout en répondant aux besoins des entreprises dans une économie moderne et compétitive », a déclaré le ministre du Travail grec, Adonis Georgiadis, devant le Parlement.
Mais pour les syndicats, il s’agit d’une régression historique. La Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE) a dénoncé « une attaque frontale contre les droits sociaux fondamentaux », estimant que cette mesure met en danger la santé et la dignité des salariés. Des milliers de manifestants se sont rassemblés à Athènes et Thessalonique, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Le travail ne doit pas tuer ».
Les partis de gauche, menés par SYRIZA et le Parti communiste grec (KKE), ont également fustigé le gouvernement, l’accusant de céder aux pressions du patronat et de la Commission européenne, dans un contexte de reprise économique fragile. « Au lieu de protéger les travailleurs, vous les livrez à l’exploitation moderne », a déclaré le député de SYRIZA, Sokratis Famellos, lors du vote.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte européen plus large, marqué par des débats autour de la flexibilisation du marché du travail et de la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. En Grèce, où la crise économique a profondément fragilisé les protections sociales, cette loi ravive les tensions héritées des années d’austérité imposées par les bailleurs internationaux.
Malgré la polémique, le gouvernement reste déterminé à aller de l’avant. Kyriakos Mitsotakis a assuré que cette mesure « ne remet pas en cause la semaine de 40 heures », mais qu’elle vise à « offrir des options supplémentaires aux travailleurs qui souhaitent augmenter leurs revenus ».
Cependant, pour de nombreux Grecs, cette « flexibilité » ressemble davantage à une déréglementation du droit du travail. Les syndicats ont d’ores et déjà annoncé de nouvelles grèves nationales dans les prochains jours pour exiger le retrait de la loi.