Pérou : Le Parlement destitue José Jeri à l’approche d’une présidentielle sous tension
Le Pérou traverse une nouvelle secousse institutionnelle. Mardi, le Parlement monocaméral a voté la destitution du président par intérim José Jeri, plongeant une fois encore le pays dans l’incertitude politique à quelques semaines d’une élection présidentielle prévue le 12 avril. La décision, adoptée par 75 voix contre 24 et trois abstentions, confirme la fragilité chronique de l’exécutif dans ce pays andin marqué par une instabilité persistante.
L’annonce officielle a été faite par Fernando Rospigliosi, président par intérim du Parlement, qui a déclaré la vacance du pouvoir exécutif. Conformément à la Constitution, l’assemblée doit élire dès mercredi un nouveau président du Parlement, lequel assumera automatiquement la fonction présidentielle jusqu’à l’investiture du futur chef de l’État le 28 juillet.
Une destitution alimentée par des soupçons judiciaires
Âgé de 39 ans, José Jeri était visé par deux enquêtes préliminaires ouvertes en janvier par le parquet. La première porte sur une intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son administration. La seconde concerne des soupçons de trafic d’influence et de parrainage illégal d’intérêts, liés à une rencontre confidentielle avec un homme d’affaires chinois impliqué dans des activités commerciales avec l’État.
Face aux accusations, l’intéressé avait publiquement rejeté toute faute, affirmant disposer de « toute la légitimité morale » nécessaire pour exercer ses fonctions. Ses déclarations n’auront toutefois pas suffi à enrayer une procédure soutenue à la fois par une minorité de gauche et par un bloc de formations de droite, unies pour dénoncer une « inconduite fonctionnelle » et un « manque d’aptitude » à gouverner.
Un climat politique délétère
Les critiques formulées lors du débat parlementaire illustrent la polarisation politique du pays. Le député de droite Jorge Marticorena a estimé que l’assemblée devait corriger « l’erreur » commise en le choisissant, tandis que la parlementaire de gauche Susel Paredes a dénoncé un président « inutile », pointant l’absence de résultats face à la montée de la criminalité.
Le contexte sécuritaire pèse en effet lourd dans l’équation politique. Longtemps considéré comme l’un des États les plus sûrs d’Amérique latine, le Pérou fait face à une progression rapide de la violence liée au crime organisé. En deux ans, les plaintes pour extorsion ont été multipliées par plus de dix, dépassant les 25 000 en 2025. Cette dégradation alimente la défiance envers les institutions et fragilise davantage les dirigeants successifs.
Une instabilité devenue structurelle
José Jeri devient ainsi le septième chef d’État en dix ans, symbole d’un système institutionnel marqué par un affrontement constant entre un Parlement puissant et un exécutif affaibli. Depuis 2016, les crises politiques se succèdent, empêchant l’émergence d’un consensus durable et alimentant un climat de défiance généralisée.
Pour l’analyste politique Augusto Alvarez, ce nouveau changement à la tête du pays ne devrait pas suffire à apaiser la situation. Selon lui, remplacer un président par un autre, dans un Parlement lui-même critiqué pour sa crédibilité, ne résoudra pas la crise profonde qui traverse le pays. Il souligne également qu’il sera difficile de trouver un successeur doté d’une légitimité politique réelle.
Une décision accélérée par le calendrier électoral
Plusieurs observateurs estiment que la rapidité de la procédure s’explique aussi par la proximité du scrutin présidentiel. Avec plus de trente candidats en lice, un record historique, la compétition s’annonce fragmentée. Dans ce contexte, certains partis auraient intérêt à hâter la destitution afin de renforcer leur position électorale.
La chute de popularité du président par intérim a sans doute facilité cette issue. Après avoir bénéficié d’un soutien proche de 60 % au début de son mandat grâce à ses annonces contre le crime organisé, son taux d’approbation est tombé à 37 % en février, signe d’un désenchantement rapide de l’opinion.
La transition qui s’ouvre désormais constitue une nouvelle épreuve pour les institutions péruviennes. À quelques semaines d’un scrutin décisif, le pays doit une fois de plus gérer une succession précipitée à la tête de l’État, dans un climat de défiance et d’incertitude qui continue de fragiliser son paysage politique.